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Une majorité inquiète remonte aux racines de la colère

Une majorité inquiète remonte aux racines de la colère
Crédit photo © Reuters

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - La crise des "Gilets jaunes" incite pour la première fois les députés de la majorité à se pencher sur les erreurs commises depuis l'élection d'Emmanuel Macron il y a 18 mois, exerçant ainsi un "droit d'inventaire" qui préserve pour l'instant un président de plus en plus décrié dans l'opinion.

Rythme des réformes, manque de pédagogie, faiblesse du parti présidentiel La République en marche, erreurs de communication, "péché originel" de la réforme de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) : après un début de quinquennat discipliné, les élus, souvent des nouveaux venus en politique, s'interrogent.

Depuis sa brève condamnation, en marge du G20 de Buenos Aires, du déchaînement de violences de samedi à Paris, le chef de l'Etat a laissé son Premier ministre, Edouard Philippe, consulter les formations politiques et annoncer un moratoire des hausses du prix de l'énergie et des carburants.

"Il va devoir parler", dit un député de LaRem qui souligne la difficulté de répondre à une colère exprimée de plus en plus radicalement, de manière "irrationnelle".

"Quelle mesure pourrait arrêter ça ? La motivation des 'Gilets jaunes' c’est Macron. Ils veulent lui casser la gueule parce qu'il a la tête du jeune premier et ça devient quasi-obsessionnel", explique-t-il.

Alors que le gouvernement s'évertue à expliquer que les racines du mal sont à puiser dans les politiques "menées depuis 30 ans", des élus font un mea culpa sur leur propre action.

"Sachons reconnaître que, depuis un an et demi, tout n'a pas fonctionné, nous avons fait des erreurs, mais nous pouvons corriger non pas le fond de la politique mais les choses qui n'ont pas été suffisamment performantes, car nous avons une part de responsabilité - je pense aux corps intermédiaires" négligés, déclarait jeudi à Sud Radio le député Hughes Renson.

Pour Sébastien Nadot, élu LaRem de Haute-Garonne, "le problème de fond est l'inégale répartition de l'effort fiscal".

ISF : "ON A FAIT UNE CONNERIE"

Dès le début de son quinquennat, l'ancien banquier Emmanuel Macron a été taxé par ses opposants de "président des riches", une image notamment liée à la réforme de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) dès le premier budget de son mandat.

"Quand j’ai appuyé sur le bouton, je me suis dis : 'on fait une connerie'", regrette aujourd'hui un député.

L'un de ses collègues se dit au contraire "absolument contre tout rétablissement de l'ISF. Ce n'est pas un cadeau fiscal mais une bouffée d'oxygène donnée aux entrepreneurs."

"Ce qu'il faut, c'est faire basculer le président des riches vers le président de la prospérité. Et pour cela, il faut des résultats", plaide-t-il.

Mais malgré les réformes engagées, le chômage reste très élevé et les Français n'ont pas eu le temps d'assimiler des réformes menées au pas de charge, conformément au programme d'Emmanuel Macron mais pas au mandat de tous ses électeurs, dont beaucoup ont voté pour lui pour faire barrage à Marine Le Pen.

"La difficulté est d'avoir légiféré beaucoup à un rythme deux fois supérieur à celui des précédentes législatures et nous n'avons peut-être pas assez été attentifs à la perception dans les territoires de nos politiques menées", dit Bruno Questel, un député de La République en marche.

Le "parler-vrai" d'Emmanuel Macron, qui a notamment invité un jeune chômeur à "traverser la rue" pour trouver du travail et évoqué le "pognon de dingue" des dépenses sociales n'a pas aidé, même si le président s'en est excusé depuis.

LE HOLD-UP DU SIÈCLE

Tous les élus constatent, à l'image des sondages d'opinion, que quelque chose s'est cassé cet été au moment de l'affaire Alexandre Benalla, du nom du collaborateur du président surpris en train de violenter des manifestants.

"Il y a un avant et un après Benalla. Et depuis, la chute de Macron est aussi irrationnelle que fut sa montée", constate un député du MoDem, qui fait partie de la majorité.

Au chapitre des regrets, certains pointent aussi la faiblesse de La République en marche, jeune parti né il y a 30 mois en manque d'ancrage local et de colonne vertébrale idéologique, qui a élu à sa tête samedi dernier un entrepreneur méconnu du grand public, Stanislas Guerini.

"Nous ne sommes pas totalement là où nous devrions être", a reconnu le député de Paris dans son discours de délégué général élu. "Nous avons parfois perdu le sens de nos adhérents."

Christophe Castaner, parti au ministère de l'Intérieur en octobre après 11 mois à la tête du parti présidentiel, "n'a pas fait le boulot", grogne un député. "Le mouvement doit montrer qu'il est sur le terrain. "

"Une majorité, c'est un tabouret à trois pieds : l'exécutif, le groupe parlementaire et le parti. Là, il est bancal", ajoute cet élu expérimenté, qui demande de "remettre l'église au milieu du village en revenant aux rapports humains" loin de "l'e-politique."

Et le député de résumer ainsi la problématique de la fin de quinquennat du président de 40 ans : "Emmanuel Macron a réussi le hold-up du siècle, mais après, comment gérer le magot ?"

(Edité par Yves Clarisse)


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