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Une Française condamnée à la prison à vie en Irak

Une Française condamnée à la prison à vie en Irak

PARIS (Reuters) - Une Française a été condamnée dimanche à une peine de prison à perpétuité par un tribunal de Bagdad pour appartenance à l'Etat islamique, ont annoncé ses avocats, qui ont mis en cause le rôle "politique" des autorités françaises dans la décision du juge.

Mélina Boughedir, âgée de 27 ans et mère de quatre enfants, risquait la peine de mort. En vertu de la loi irakienne, sa condamnation pourrait se traduire par 20 ans d'emprisonnement, ont fait savoir ses défenseurs.

"Elle est évidemment totalement effondrée. Son anxiété absolue, c'est d'être séparée de sa dernière petite fille", a déclaré à la presse l'un de ses avocats, Me William Bourbon. "Evidemment qu'elle va former un recours devant la cour suprême."

Prenant acte de ce jugement, le ministère français des Affaires étrangères a dit son intention de "respecter la souveraineté des juridictions irakiennes et le déroulement indépendant des procédures judiciaires".

Le ministre des Relations avec le Parlement, Christophe Castaner, a lui aussi souligné le caractère "légitime" des autorités de Bagdad.

"La justice irakienne est légitime à juger. Elle a pris une décision. Il n'y a pas la peine de mort qui aurait conduit les autorités françaises à demander qu'elle ne soit pas appliquée. Dont acte", a-t-il déclaré au Grand Rendez-vous Europe 1-Les Echos-CNEWS.

A la question de savoir si la condamnée pourrait être rapatriée pour purger sa peine en France, le délégué général de La République en marche a répondu : "Il existe des procédures, elles seront longues. En attendant, elle est condamnée pour des faits dont la justice irakienne, que je ne remets pas en cause, considère que ça justifie de la condamner à perpétuité."

De l'avis de ses défenseurs, il n'y avait aucune preuve de l'appartenance à l'Etat islamique de Mélina Boughedir, qui avait écopé en février de sept mois de prison pour séjour illégal en Irak.

"INGÉRENCE"

Ses avocats ont en outre réitéré les reproches contenus dans une lettre adressée cette semaine au ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, accusé d'"ingérence inacceptable" dans le cours du procès pour avoir qualifié la Française de "combattante".

"Madame Boughedir est une combattante. Quand on va à Mossoul en 2016, c'est pour combattre et donc elle est jugée sur les lieux de ses exactions. C'est la logique normale. Elle a combattu contre les unités irakiennes, elle est jugée en Irak", avait déclaré Jean-Yves Le Drian jeudi sur LCI.

Pour Me Martin Pradel, "la position de la France" a "pesé très lourd" dans la décision finale.

"Quand le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, à 48 heures du procès, fait peser sur Mélina Boughedir, publiquement (...) des charges extrêmement lourdes la désignant comme une combattante alors que ce n'est absolument pas ce qui lui est reproché dans le dossier, ce message est entendu par la justice irakienne", a-t-il fait valoir sur LCI.

Dans un communiqué diffusé dimanche soir, le ministère français des Affaires étrangères réaffirme son respect de la justice irakienne.

La France "entretient un dialogue régulier avec les autorités de l'Irak, afin notamment de faire valoir, comme elle le fait toujours, son opposition à l'application de la peine de mort, ainsi que le respect des conventions internationales prohibant en particulier les traitements inhumains ou dégradants", ajoute-t-il.

Mélina Boughedir a été capturée l'été dernier à la fin de la bataille de Mossoul (Irak), ville qu'elle avait rejointe en famille en 2015 alors qu'elle était sous le contrôle de l'Etat islamique.

Selon ses avocats, la Française affirme avoir été sous l'influence de son compagnon, présenté comme "cuisinier de Daech" et qui aurait été tué lors de la bataille de Mossoul.

Leurs quatre enfants ont été arrêtés avec leur mère et trois sont déjà revenus en France. Le quatrième, une petite fille de 16 mois née en Irak, est resté avec sa mère.

(Elizabeth Pineau avec John Irish, édité par Tangi Salaün)


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