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Un Royaume-Uni divisé quitte l'orbite de l'UE, plonge dans l'incertitude

Un Royaume-Uni divisé quitte l'orbite de l'UE, plonge dans l'incertitude
Crédit photo © Reuters

par Guy Faulconbridge

LONDRES (Reuters) -Le Royaume-Uni quitte de manière effective l'Union européenne jeudi soir, tournant le dos à 48 ans de relations tumultueuses avec le projet européen né sur les ruines de la Deuxième Guerre mondiale, pour se diriger vers un avenir incertain.

Le Brexit se produira dans les faits à 23h00 GMT, onze mois après que le Royaume-Uni a formellement quitté l'UE le 31 janvier dernier, date à laquelle s'est ouverte une période de transition pendant laquelle il restait intégré au marché unique et soumis aux normes communautaires.

Pendant près de cinq ans, les rebondissements frénétiques liés au feuilleton du Brexit ont dominé les affaires européennes, hanté les marchés et terni la réputation du Royaume-Uni en tant que pilier de la stabilité économique et politique de l'Occident.

Décrit par ses partisans comme le début d'une nouvelle ère pour une Grande-Bretagne à l'indépendance retrouvée et tournée vers le monde, le divorce avec l'UE a distendu les liens entre l'Angleterre, le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande du Nord - un marché économique de quelque 2.200 milliards de livres sterling.

"Le Brexit n'est pas une fin mais un début", a déclaré mercredi le Premier ministre britannique Boris Johnson devant le Parlement, quelques heures avant que les députés approuvent l'accord commercial conclu avec l'UE.

Le dirigeant conservateur, figure de proue des "Brexiters" en 2016, était d'humeur joviale et a assuré plus tard aux journalistes, sourire aux lèvres, qu'il avait lu l'accord signé avec Bruxelles - un document de plus de 1.200 pages.

"Si douce est la tristesse de nos adieux", avait pour sa part déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, citant un vers du Roméo et Juliette de William Shakespeare, alors que Londres et Bruxelles venaient de trouver un accord sur leurs relations à la veille de Noël.

Elle avait également emprunté au poète T.S. Eliot en ajoutant: "Ce que nous appelons commencement est souvent la fin. La fin, c'est l'endroit d'où nous partons."

"AVENIR MONDIAL"

S'il a assuré à l'UE que le Royaume-Uni resterait la "civilisation européenne par excellence", Boris Johnson n'a livré que peu de détails sur ce qu'il compte bâtir grâce à la nouvelle "indépendance" britannique, alors que le pays doit lourdement s'endetter pour faire face à la crise du coronavirus.

En juin 2016, quelque 17,4 millions d'électeurs britanniques s'étaient prononcés en faveur de la sortie de l'Union européenne, soit 52% des suffrages exprimés, et 16,1 millions s'y étaient opposés. Peu d'entre eux ont changé d'avis depuis.

L'Angleterre et le Pays de Galles étaient majoritairement favorables au Brexit, mais pas l'Ecosse ni l'Irlande du Nord.

Le référendum a mis en exergue des divisions au Royaume-Uni allant bien au-delà de la question européenne. Il a alimenté les interrogations sur un large spectre de thèmes, qu'il s'agisse de sécession, d'immigration, de capitalisme ou de l'essence même de l'identité britannique moderne.

Quitter l'UE fut jadis le rêve d'une bande hétéroclite d'eurosceptiques en marge de la politique britannique. C'est en tant que "malade de l'Europe" que le Royaume-Uni a rejoint le bloc en 1973 et les dirigeants britanniques débattaient deux décennies plus tard d'une éventuelle entrée dans la zone euro.

"L'institution britannique avait grosso modo perdu son charme et nous avons intégré ce qui était alors le marché commun pour, en fait, des raisons d'autoprotection - nous pensions que cela était pour nous le meilleur avenir, nous ne pouvions voir d'autre marche à suivre", a déclaré Boris Johnson.

Cela a changé. "Nous voyons pour nous un avenir mondial", a-t-il dit.

Arrivé au pouvoir à l'été 2019, l'ancien maire de Londres est parvenu à décrocher un accord de divorce puis un accord commercial post-Brexit avec Bruxelles, tout en obtenant entre-temps, il y a un an, la plus importante majorité parlementaire du Parti conservateur depuis Margaret Thatcher.

UNI, LE ROYAUME ?

Le Brexit, aux yeux de ses partisans, est une échappatoire à un projet européen dominé par l'Allemagne qu'ils jugent voué à l'échec car à la traîne face aux deux plus grandes puissances mondiales, les Etats-Unis et la Chine.

Les opposants au divorce avec l'UE y voient une sottise qui va affaiblir l'Occident, torpiller ce qui reste de l'influence du Royaume-Uni sur la scène internationale, nuire à l'économie britannique et, au final, laisser simplement un groupe d'îles moins cosmopolite.

"Le Brexit doit nous enseigner un certain nombre de leçons, d'abord sur les mensonges qui ont été proférés, et on verra que ce qui a été promis - une sorte de liberté totale, d'absence de contrainte, de rayonnement - (...) n'arrivera pas", a estimé en France le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, parlant d'un jour à la fois "historique et triste".

"Avec le Brexit, je crois que c'est le Royaume-Uni qui se punit lui-même", a-t-il poursuivi sur l'antenne de LCI.

Une fois que le Royaume-Uni aura quitté jeudi soir le marché unique et l'union douanière, des perturbations aux frontières sont quasi-certaines, avec des procédures plus longues et des coûts plus importants pour les transferts de produits.

Le divorce, après une vie commune de près de 50 ans, va provoquer un large éventail de changements, allant des passeports pour les animaux, aux normes pour le permis de conduire des Britanniques présents dans l'UE en passant par la réglementation sur les données privées.

En marge du feuilleton du Brexit, l'opinion publique en Ecosse s'est avérée de plus en plus favorable à l'indépendance du pays, à cause du divorce avec l'UE et de la crise sanitaire du coronavirus, jetant une ombre sur 300 ans d'union politique entre l'Angleterre et l'Ecosse.

La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a déclaré par le passé qu'un référendum sur l'indépendance devrait avoir lieu lors des premiers mois de la future législature l'an prochain.

(version française Jean Terzian et Henri-Pierre André, édité par Blanine Hénault)


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