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Un grand débat toujours en quête de personnalités indépendantes

Un grand débat toujours en quête de personnalités indépendantes
Crédit photo © Reuters

PARIS (Reuters) - Edouard Philippe a dévoilé lundi les modalités du grand débat national organisé en réponse à la crise des "Gilets jaunes", un exercice qui, à la veille de son coup d'envoi, peine à convaincre opposition et manifestants en raison des lignes rouges fixées par l'exécutif, notamment en matière fiscale.

Le Premier ministre a annoncé lundi dans un communiqué qu'un "collège des garants" composé de cinq membres serait nommé pour garantir l'indépendance et l'impartialité du débat, alors que des noms de personnalités avaient été cités par des médias.

Deux membres seront désignés par le gouvernement et les trois autres respectivement par les présidents de l'Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental.

Les cinq noms seront annoncés vendredi, a précisé le chef du gouvernement lors d'une déclaration aux journalistes.

Le gouvernement propose en outre à toutes les formations politiques représentées à l'Assemblée ou au Sénat de participer à "un comité de suivi, chargé de veiller au plein respect du principe de pluralisme", poursuit le communiqué.

L'exécutif cherche la bonne gouvernance pour ce débat depuis la décision de la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), Chantal Jouanno, de ne pas le chapeauter, après une polémique sur son salaire.

Pour piloter l'"animation" du débat, Sébastien Lecornu (ministre chargé des Collectivités territoriales) et Emmanuelle Wargon (secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire) ont été désignés par Edouard Philippe.

"ENFUMAGE", "ARTIFICE GROSSIER"

Malmené dans les sondages, l'exécutif mise sur ce débat, dont le coup d'envoi sera donné dans l'Eure par Emmanuel Macron, pour éteindre l'incendie allumé à l'automne, notamment par l'annonce de la hausse de la taxe carbone - abandonnée depuis - et reprendre la main avant les élections européennes du 26 mai.

La tâche s'annonce délicate. La marge de manoeuvre budgétaire du chef de l'Etat, qui a déjà annoncé le 10 décembre une série de mesures en faveur du pouvoir d'achat chiffrées à 10 milliards d'euros, est étroite et la mobilisation des "Gilets jaunes", qui réclament plus de pouvoir d'achat et de démocratie participative, est repartie, ce samedi, à la hausse.

Sur le terrain, l'initiative peine à convaincre. Une partie des "Gilets jaunes" y voient une "manoeuvre politique" quand l'opposition, des Républicains au Rassemblement national en passant par la France insoumise, dénonce un "enfumage" et un "artifice grossier".

Dans leur collimateur, les lignes rouges fixées par le chef de l'Etat et le Premier ministre qui ont exclu tout "détricotage" de la politique menée depuis le début du quinquennat, notamment en matière fiscale.

"Je n'ai pas oublié que j'ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle", a réaffirmé Emmanuel Macron dans sa lettre aux Français diffusée dimanche. "Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises (...) afin d'encourager l'investissement et faire que le travail paie davantage."

"Elles viennent d'être votées et commencent à peine à livrer leurs effets. Le Parlement les évaluera de manière transparente et avec le recul indispensable", a-t-il ajouté, sans citer explicitement l'impôt sur la fortune (ISF) dont les "Gilets jaunes" réclament le rétablissement.

Très critique également, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a toutefois fait savoir qu'il souhaitait "participer personnellement" au débat et "que les socialistes y participent avec leurs propositions et se fassent entendre".

Même tonalité chez la porte-parole des Républicains, Laurence Sailliet, qui a indiqué lundi sur LCI que le parti de Laurent Wauquiez "apporterait ses contributions".

"Avant tout, ce que nous voulons c'est sortir du chaos et c'est ce qui nous différencie des partis extrémistes que sont La France insoumise mais surtout le Front national qui vit sur ce chaos et qui surfe sur la souffrance des Français", a-t-elle dit. "Nous sommes d'un parti de gouvernement et nous voulons participer à la sortie de la France du chaos."

Selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et France Info publié la semaine dernière, 81% des Français ont entendu parler du débat. Quelque 77% estiment qu'il ne sera pas mené "de façon indépendante du pouvoir" et 70% s'attendent à ce qu'il ne soit pas utile pour le pays.

(Marine Pennetier et Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)


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