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Shire prêt à recommander une offre de 46 milliards de livres de Takeda

Shire prêt à recommander une offre de 46 milliards de livres de Takeda

Crédit photo © Reuters

par Ben Martin, Carl O'Donnell et Sam Nussey

LONDRES/NEW YORK (Reuters) - Shire s'est déclaré prêt à recommander à ses actionnaires une nouvelle proposition de reprise de Takeda Pharmaceutical de 46 milliards de livres (53 milliards d'euros), ce qui serait pour l'instant la plus importante acquisition dans le secteur pharmaceutique cette année.

Takeda a cependant chuté de 7% à la Bourse de Tokyo mercredi en raison des inquiétudes sur sa capacité à financer l'acquisition d'une entreprise représentant près de deux fois sa taille. Depuis l'annonce d'une éventuelle OPA, le titre du groupe pharmaceutique japonais a perdu 18% de sa valeur, rendant son opération en numéraire et en actions d'autant moins attractive pour les actionnaires de Shire.

Le titre Shire de son côté reflue de 1,12% à 3.885,5 pence à la Bourse de Londres vers 13h45 GMT.

Les derniers développements sur ce dossier montrent toutefois des avancées, les discussions entre les deux groupes ayant commencé le 28 mars et Takeda ayant déjà formulé cinq offres dont la dernière en date mardi.

Le japonais propose désormais 49,01 livres par action, en l'espèce 21,75 livres en cash et 27,26 livres en titres, valorisant Shire 46 milliards de livres ou encore 64 milliards de dollars.

Cela représente une prime de 4,3% par rapport à la quatrième proposition de Takeda présentée le 20 avril et une prime de 11,4% comparée à l'offre initiale du 29 mars.

Conformément au droit britannique des OPA, Takeda a jusqu'à mercredi 16h00 GMT pour présenter une offre ferme ou se désister. Mais Shire a dit accepter de reporter cette date butoir de deux semaines, voire davantage si nécessaire.

En mettant la main sur le laboratoire basé à Dublin, Takeda se renforcerait dans les maladies rares comme l'hémophilie, les troubles gastro-intestinaux et les neurosciences.

Takeda, dirigé par le Français Christophe Weber, réaliserait aussi la plus importante acquisition jamais effectuée par une société japonaise à l'étranger, qui le propulserait parmi les leaders mondiaux du secteur pharmaceutique.

PARI FINANCIER

La société fusionnée aurait sa principale cotation à Tokyo et offrirait également aux investisseurs de Shire des American Depository Receipts (ADR) qui permettent aux entreprises étrangères d'avoir une cotation sur les marchés américains.

L'opération a tout du pari financier, Shire affichant une valorisation boursière nettement supérieure à celle de Takeda. Les actionnaires de Takeda sont notamment sceptiques sur le bien-fondé de l'opération et redoutent qu'une augmentation de capital soit nécessaire pour financer la transaction. Une importante réduction des coûts est également jugée indispensable pour que l'opération soit financièrement attractive.

"L'action Takeda est appréciée en raison de sa stabilité et du dividende relativement élevé", observe Kazuaki Hashiguchi, analyste chez Daiwa Securities.

A l'inverse, Shire dispose d'une perspective beaucoup moins stable, ce qui créé le doute chez certains investisseurs, fait-il remarquer.

Fin décembre, Takeda disposait de liquidités et de quasi-liquidités pour un montant de 466,5 milliards de yens (3,5 milliards d'euros). Il a déclaré mercredi avoir l'intention de maintenir sa politique du dividende et sa note de crédit.

Le secteur pharmaceutique enregistre depuis le début de l'année une vague d'opérations de fusion et acquisition, les grands laboratoires étant à la recherche d'actifs prometteurs pour doper leurs portefeuilles. Un rapprochement entre Takeda et Shire, longtemps considéré comme opéable, serait de loin l'opération la plus importante.

Allergan, le fabricant britannique du Botox coté à Wall Street, a déclaré la semaine dernière envisager une offre sur Shire avant de renoncer. GlaxoSmithKline, qui publiait mercredi ses résultats trimestriels, a aussi dit ne pas être intéressé.

Shire avait suscité en 2014 l'intérêt du groupe américain AbbVie, qui était sur le point de racheter la société avant que l'opération ne tourne court en raison d'une modification des règles fiscales américaines.

Créé en 1986, Shire proposait à ses débuts des suppléments de calcium pour traiter l'ostéoporose, avant de connaître une croissance vertigineuse à coup d'acquisitions lui permettant de réaliser l'an dernier un chiffre d'affaires d'environ 15,2 milliards de dollars.

Le groupe est cependant sous pression depuis un an en raison de la concurrence accrue des médicaments génériques et du poids de la dette liée à l'acquisition de Baxalta en 2016, une opération largement critiquée.

Shire a annoncé le 16 avril la vente de son pôle oncologie au laboratoire français Servier pour 2,4 milliards de dollars.

(Ben Martin à Londres, Carl O'Donnell à New York et Sam Nussey à Tokyo, avec les contributions de Padraic Halpin à Dublin et de Ben Hirschler à Londres; Claude Chendjou pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat et Véronique Tison)


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