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Sept ans de prison requis contre Patrick Balkany

Sept ans de prison requis contre Patrick Balkany
Crédit photo © Reuters

PARIS (Reuters) - Le ministère public a requis jeudi sept ans de prison contre le maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), Patrick Balkany, jugé pour corruption passive et blanchiment de fraude fiscale, et quatre ans avec sursis contre son épouse Isabelle.

Ils sont accusés d'avoir constitué un important patrimoine immobilier, lui-même non déclaré, notamment aux Antilles et au Maroc, grâce au produit de cette fraude et un réseau de sociétés écran et de comptes bancaires à l'étranger.

"Patrick Balkany est coupable de la plus grave atteinte à la probité publique", a déclaré le procureur Serge Roques lors de son réquisitoire, en l'absence d'Isabelle Balkany, 71 ans, qui a fait une tentative de suicide le 1er mai.

"Une corruption de cette ampleur, c'est une atteinte à la démocratie, c'est une atteinte au lien social."

Outre la confiscation des biens immobiliers saisis ou du produit de leur vente, le procureur a demandé que Patrick Balkany soit privé de ses droits civiques et soit inéligible pendant dix ans.

L'avocat de Patrick Balkany, Eric Dupond-Moretti, a estimé que le réquisitoire était disproportionné.

"On marche sur la tête", a-t-il déclaré en affirmant qu'on avait requis contre son client "ce qu'on ne requiert pas pour les crimes de sang".

L'avocat de l'Etat, partie civile, Me Xavier Normand-Bodard, avait résumé en trois chiffres les faits reprochés aux époux Balkany : 30 ans de fraude fiscale "répétée et continue", 11 sociétés-écrans, notamment au Liechtenstein, au Panama, aux Seychelles et au Maroc, et 13 millions d'euros blanchis pour les seules années 2007 à 2014 grâce à ce système.

Les deux mêmes procureurs avaient déjà requis le 16 mai de la prison ferme contre ces amis de l'ancien président Nicolas Sarkozy (quatre ans pour Patrick Balkany, deux pour son épouse) dans un premier procès pour fraude fiscale.

VERSIONS CONTRADICTOIRES

S'ils ont reconnu une partie de la fraude, l'élu de 70 ans et sa femme contestent les montants avancés et l'accusation de blanchiment - ils nient notamment être propriétaires d'une villa somptueuse à Marrakech, qui a été au coeur des débats.

Patrick Balkany a expliqué avoir acquis cette villa en 2010 pour le compte d'un homme d'affaires saoudien, Mohamed Al-Jaber, qui avait un projet immobilier à Levallois-Perret - il ne verra finalement jamais le jour - et avait besoin d'une "planque".

Une version démentie par le milliardaire, qui a expliqué qu'il n'avait besoin de personne pour acheter une maison au Maroc et a nié avoir été menacé dans son pays d'origine.

Selon l'accusation, il a néanmoins financé une partie de l'acquisition de la villa Dar Guycy, ce qui lui vaut d'être sur le banc des accusés pour corruption active - le reste provenant d'une commission de cinq millions de dollars versée à Patrick Balkany par un industriel, Georges Arthur Forrest, à titre de commission sur une affaire minière en Afrique.

Pour les procureurs, le versement du prix officiel de la villa par Mohamed Al-Jaber est lié au projet immobilier à Levallois-Perret. Ils ont requis à son encontre quatre ans de prison dont deux avec sursis.

L'accusation a été sévère pour un collaborateur de Patrick Balkany, Jean-Pierre Aubry, ancien directeur d'une société d'économie mixte de Levallois-Perret, "prête-nom jusqu'au sacrifice", jugé pour complicité : il a requis pour lui trois ans de prison dont un avec sursis.

Pour l'avocat Arnaud Claude, accusé d'avoir joué un rôle essentiel dans le montage qui a permis l'acquisition de la villa de Marrakech et "sciemment apporté son concours à une opération de corruption", le procureur a demandé quatre ans de prison, dont deux avec sursis.

Le couple qui règne sur Levallois-Perret depuis 1983 n'a été à ce jour condamné qu'une fois, en 1996, à 15 mois de prison avec sursis pour "prise illégale d'intérêt" - ils utilisaient à leur seul service trois "employés municipaux".

Mais on ne compte plus les enquêtes les visant, dont plusieurs en cours, sur des soupçons de malversations, et les rapports dénonçant l'opacité et les irrégularités de la gestion par ce couple d'une des villes les plus endettées de France et d'une nébuleuse d'associations et entreprises publiques locales.

(Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)


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