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RPT - SocGen sous pression du marché sur son capital et sa rentabilité

RPT - SocGen sous pression du marché sur son capital et sa rentabilité
Crédit photo © Reuters

par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - (Répétition de la légende d'un graphique, texte sans changement)

Pour la Société générale, c'est un peu un "bis repetita" des années de crise financière de 2008-2009 et de 2011. La banque française est une nouvelle fois sous la pression du marché pour renforcer ses fonds propres et sa rentabilité.

Le titre SocGen reste la lanterne rouge des principales valeurs bancaires européennes, en repli de près de 3% depuis le début de l'année, alors que des banques comme l'italienne Unicredit et l'allemande Deutsche Bank, toutes deux en pleine restructuration, ont repris des couleurs avec des gains respectifs de 22% et 8,7% depuis le 1er janvier.

En France, BNP Paribas s'adjuge 13,4% et Crédit agricole SA +21,6%.

Ce n'est pas la révision à la baisse de ses objectifs financiers début février qui incitera les investisseurs à revenir sur le titre qui perd plus de 39% de sa valeur sur un an.

"La Société générale a aujourd'hui très peu de marge de manoeuvre sur son capital avec un ratio 'common equity tier one' de 11% proche du minimum réglementaire qui leur est fixé à 10%", souligne Thierry Le Clercq, gérant actions françaises chez Mandarine Gestion.

"Avec la transition vers Bâle 4, on va leur demander d'avoir un ratio de 13% en 2022. Or, la banque a eu ces dernières années une génération de capital très faible", poursuit-il.

En novembre dernier, lors des tests de résistance de l'Autorité bancaire européenne, la banque a fait partie des établissements bancaires dont les fonds propres sont ressortis proches du seuil minimum exigé par les autorités prudentielles dans le scénario de chocs extrêmes.

La direction de la banque est sur la corde raide. Interrogé en février sur le cours de Bourse, Frédéric Oudéa, directeur général de la SocGen depuis 2008 ainsi que président de 2009 à 2015, a reconnu que la banque devait désormais tenir et atteindre ses objectifs financiers pour redresser la barre.

La réussite du plan est d'autant plus impérative qu'à ce niveau de valorisation, la banque peut potentiellement s'exposer à une campagne d'activisme. Une telle campagne est toutefois jugée peu probable dans le milieu bancaire selon plusieurs observateurs même si la décote boursière est un des thèmes de prédilection des activistes.

DES ENGAGEMENTS SUR LE DIVIDENDE "CONTRE-PRODUCTIFS"

Bien qu'ayant abaissé son objectif de rentabilité (ROE) pour 2020, le groupe a en revanche maintenu sa feuille de route sur le capital avec un ratio de solvabilité attendu à 12% pour 2020. Mais les investisseurs n'en sont toujours pas convaincus.

"Les actionnaires demandent à la banque de les rassurer sur le capital. Ils sont du coup sceptiques sur la politique de dividende", analyse Thierry Le Clercq. "La direction s'est engagée sur un taux de distribution des bénéfices de 50% et un dividende minimum de 2,20 euros. Ces engagements semblent contre-productifs au vu des inquiétudes sur le capital."

Le marché n'a pas non plus oublié que la banque a plusieurs fois par le passé abandonné ses objectifs financiers. Début 2016, la SocGen avait été durement sanctionnée par le marché après avoir abandonné son objectif de ROE.

Elle avait déjà fait de même en août 2011 en pleine crise de la dette souveraine en zone euro en renonçant à sa promesse d'un bénéfice net pour 2012.

"Le management de Société générale a du mal à délivrer sur les objectifs. Il y a maintenant une lassitude de grands investisseurs après plusieurs plans stratégiques remaniés ou manqués", fait savoir Jérôme Legras, associé gérant et directeur de la recherche chez Axiom Alternative Investments, société spécialisée dans les valeurs financières.

"Sur la stratégie globale, ils n'ont pas su lire les attentes des investisseurs sur la rentabilité, sur le ROE", analyse-t-il.

RÉORGANISATION DES ACTIVITÉS EN COURS

Fin 2017, lors de la présentation de son dernier plan stratégique, les investisseurs jugeaient que les activités en Europe de l'Est mobilisaient trop de fonds propres.

"Lors de la présentation du plan stratégique fin 2017, nous avions perçu que la banque était dispersée sur l'ensemble de ses implantations à l'étranger et un peu optimiste sur la croissance de ses revenus", se souvient François-Xavier Deucher, directeur pour les institutions financières chez Fitch Ratings à Paris.  

"On assiste maintenant à un retour sur des projections plus prudentes avec un vrai travail de fond sur la réorganisation des activités", ajoute-t-il.

Pour renforcer sa solvabilité, la banque a commencé à céder des actifs comme ses filiales en Pologne, en Bulgarie, en Serbie, en Albanie et en Moldavie ou encore sa banque privée en Belgique. D'autres suivront car la direction a revu à la hausse en février son objectif de cessions.

Elle va aussi restructurer sa banque de financement et d'investissement pour y économiser quelque 500 millions d'euros. La direction compte arrêter des activités de trading tout en se renforçant sur les dérivés actions comme l'a montré le rachat des produits dérivés de Commerzbank.

Une source a indiqué vendredi à Reuters que la banque prévoyait de supprimer dans sa BFI environ 600 postes à Paris et quelques centaines de postes à Londres et New York.

"La banque a procédé à des cessions de filiales, notamment en Europe de l'Est, mais on reste loin du compte en terme de libération de capital", regrette Thierry Le Clercq.

DES ÉCONOMIES D'ÉCHELLE NÉCESSAIRES

Chez Fitch, on estime toutefois que ce recentrage va contribuer à clarifier les choix et positionnements stratégiques de la banque française.

"Avec ce recentrage, la Société générale va pouvoir réaliser des économies d'échelle et dégager une rentabilité plus importante et finalement mieux s'armer pour faire face demain à la consolidation bancaire européenne", note ainsi François-Xavier Deucher.

Alors que les rumeurs de rapprochement avec Unicredit reviennent régulièrement sur le devant de la scène, les dirigeants de la SocGen veulent voir la banque jouer un rôle actif dans la future consolidation bancaire en Europe.

Frédéric Oudéa, dont le renouvellement du mandat d'administrateur sera soumis au vote des actionnaires fin mai, a néanmoins indiqué ne pas anticiper de grandes manoeuvres à court terme.

En Europe, les régulateurs appellent eux-mêmes cette consolidation de leurs voeux pour doter le Vieux continent de poids lourds capables de rivaliser avec les banques américaines.

Dans un discours vendredi à Bucarest en Roumanie, François Villeroy de Galhau, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne et gouverneur de la Banque de France, a dit souhaiter un allègement des exigences de capital pour les filiales des banques européennes pour favoriser des mariages transfrontaliers.

Les regards sont actuellement tournés vers l'Allemagne où les deux principales banques, Deutsche Bank et Commerzbank, discutent d'un rapprochement. Selon des sources proches du dossier, Unicredit pourrait lancer une offre sur Commerzbank en cas d'échec du projet de fusion.

(Edité par Jean-Michel Bélot)


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