Revers pour Macron qui devra diriger sous la pression de la Nupes et du RN

Revers pour Macron qui devra diriger sous la pression de la Nupes et du RN
Revers pour Macron qui devra diriger sous la pression de la Nupes et du RN
Crédit photo © Reuters

par Elizabeth Pineau et Marc Angrand

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron a essuyé dimanche un revers aux lourdes conséquences politiques, son camp échouant loin de la majorité absolue à l'Assemblée nationale, un scénario inédit qui va contraindre le gouvernement à des compromis et pourrait freiner la marche des réformes voulues par le chef de l'Etat.

Le second tour des élections législatives françaises, marqué par une forte abstention de l'ordre de 54%, est en revanche synonyme de pari réussi pour la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes), alliance de gauche emmenée par Jean-Luc Mélenchon, bien qu'en deçà de ses espérances.

C'est en revanche une percée historique pour le Rassemblement national, qui deviendrait le premier groupe d'opposition d'une chambre basse fracturée.

Le camp présidentiel ne devrait avoir qu'une majorité relative qui l'obligera à composer avec d'autres forces politiques, comme Les Républicains, pour faire adopter les textes au Parlement.

"Jamais l'Assemblée nationale n'a connu une telle configuration sous la Ve République", a souligné la Première ministre, Elisabeth Borne, lors d'une allocution à Matignon.

"Mais ce vote, nous devons le respecter et en tirer les conséquences. (...) Nous travaillerons dès demain à construire une majorité d'action", a-t-elle ajouté.

Selon les résultats partiels du ministère de l'Intérieur, sur la base de 97% des électeurs inscrits, la confédération présidentielle "Ensemble" - Renaissance, MoDem, Horizons et Agir notamment - est créditée de 235 sièges. Loin de la majorité absolue de 289 sièges.

La Nupes, issue de l'accord entre La France insoumise, le Parti socialiste, le Parti communiste et les écologistes, compte 128 élus.

Le Rassemblement national, finaliste de la dernière élection présidentielle avec Marine Le Pen, a au moins 89 élus, alors qu'il en comptait moins de 10 dans l'assemblée sortante. Les Républicains et leurs alliés UDI disposent d'au moins 61 sièges.

Elisabeth Borne a été élue pour la première fois de sa carrière politique dans le Calvados avec 52,4% des voix, un score loin du plébiscite.

"La question de la capacité d'Emmanuel Macron à gouverner se pose, et la réforme institutionnelle devient incontournable, de même qu'un changement dans l'attitude des partis", a déclaré Mathieu Gallard (Ifop) à Reuters.

"UNE SITUATION INÉDITE"

Victimes du "séisme", comme l'écrivent Les Echos en une de leur édition de lundi, et de "La gifle", pour reprendre Libération, trois ministres et plusieurs figures de la "macronie" sont battus dans les urnes.

Christophe Castaner, proche d'Emmanuel Macron, s'est incliné dans son fief des Alpes-de-Haute-Provence tout comme le président de l'Assemblée nationale sortante Richard Ferrand, battu de justesse dans le Finistère par une socialiste.

La ministre de la Transition écologique Amélie de Montchalin a été défaite dans l'Essonne tout comme sa collègue de la Santé Brigitte Bourguignon dans le Pas-de-Calais et la ministre de la Mer Justine Benin en Guadeloupe.

Toutes devront quitter le gouvernement, selon la règle édictée par l'Elysée.

"Ce n'est pas une victoire. Nous sommes loin de la majorité absolue. Et des figures de la majorité tombent", a dit à Reuters un membre du gouvernement sous couvert d'anonymat. "Mais on reste la première force politique du pays et les Français ne sont pas schizophrènes : ce n'est ni le président de la République ni son projet qui est désavoué, car ils ont voté pour lui il y a deux mois", a-t-il jugé.

Parmi les ministres victorieux figurent le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin dans le Nord, son collègue des Solidarités Damien Abad dans l'Ain, Olivier Dussopt (Travail), Franck Riester (Commerce extérieur), Marc Fesneau (Agriculture), Olivier Véran (Relations avec le Parlement), Yaël Braun-Pivet (Outre-mer) et Gabriel Attal (Comptes publics).

La porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire et ses collègues Stanislas Guerini (Fonction publique) et Clément Beaune (Europe) l'ont emporté à Paris après une bataille acharnée face à des candidats de la Nupes.

"On a connu une meilleure soirée", a concédé Olivia Grégoire sur France 2, ajoutant que l'exécutif serait appelé à "composer".

"Cette culture de compromis, il faudra que nous l'ayons, mais que nous l'ayons autour de valeurs, d'idées, de projets très clairs pour la France", a renchéri sur la même chaîne le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, qui s'est inquiété de possibles "blocages" après "un choc démocratique".

"TSUNAMI"

Emmanuel Macron va devoir "faire avec la gauche", a estimé sur TF1 la candidate de la Nupes Sandrine Rousseau.

"Le bloc Nupes va perturber les débats à l'Assemblée, va chercher à déstabiliser le gouvernement", déplorait Antoine Basty, 29 ans, agent de la fonction publique, militant En marche depuis 2017, au QG d'"Ensemble". "La réforme des retraites va être plus difficile à mettre en oeuvre".

Alexis Corbière, député Nupes proche de Jean-Luc Mélenchon, a estimé sur BFM TV que le projet de retraite à 65 ans avait "sombré" dimanche soir.

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI), a évoqué "une situation totalement inattendue, inouïe", porteuse d'"opportunités incroyables".

"La déroute du parti présidentiel est totale et aucune majorité ne se présente", a-t-il dit lors d'une allocution.

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, s'est réjoui pour sa part d'un "tsunami" pour le parti d'extrême droite, qui dispose d'au moins 86 sièges. "Jupiter est devenu un président minoritaire", a-t-il dit sur BFM TV.

La finaliste de la présidentielle Marine Le Pen, réélue dans le Pas-de-Calais avec 61%, a salué l'avènement d'"un groupe d'opposition déterminant face aux déconstructeurs d'en haut, les macronistes, et d'en bas, la Nupes".

Elle a promis, dans une allocution, une opposition "ferme", "sans connivence", "responsable" et "respectueuse des institutions".

Les Républicains, qui jouaient leur survie dans cette élection, sont en position de devenir une force pivot à l'Assemblée. "Pour des morts, on est bien vivants", a lancé l'ancienne ministre LR Rachida Dati sur BFM TV.

Alors que des figures de LR, comme Jean-François Copé, appellent à un pacte de gouvernement avec le camp présidentiel, le président du parti de centre-droit, Christian Jacob, a affirmé dimanche soir que ses troupes resteraient "dans l'opposition", "une opposition constructive".

"C'est un échec cinglant pour Emmanuel Macron qui paye le cynisme qui a été le sien d'avoir en permanence instrumentalisé les extrêmes", a-t-il dit lors d'une allocution.

A la direction du parti, on précise toutefois que "si des lois vont dans le bon sens", LR les votera.

(Reportage Elizabeth Pineau avec la contribution de Michel Rose et le bureau de Paris, édité par Sophie Louet)

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