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Portrait: Saikawa, un intransigeant à la tête de Nissan

Portrait: Saikawa, un intransigeant à la tête de Nissan
Crédit photo © Reuters

par Norihiko Shirouzu et Maki Shiraki

TOKYO (Reuters) - En écartant sans ménagement son mentor Carlos Ghosn, Hiroto Saikawa, directeur général de Nissan et désormais président par intérim du constructeur japonais, a confirmé sa réputation de dirigeant sans état d'âme dans la défense des intérêts de son entreprise.

Le conseil d'administration de Nissan a voté jeudi à l'unanimité l'éviction de son président Carlos Ghosn, en détention depuis lundi au Japon en raison d'accusations de fraude financière et de détournement de fonds.

En interne chez Nissan, Hiroto Saikawa est décrit comme un homme intelligent et exigeant, pour lequel seuls comptent les résultats. Il devra s'appuyer sur ces qualités pour permettre à Nissan de surmonter la tempête actuelle et faire taire les rumeurs selon lesquelles l'éviction de Carlos Ghosn est le fruit d'un complot ourdi par des administrateurs du groupe japonais mécontents de l'alliance avec Renault.

Carlos Ghosn est l'architecte de cette alliance, par laquelle Renault contrôle 43,4% du capital de Nissan, qui ne détient pour sa part que 15% de Renault mais sans droit de vote.

"Il est très fort et énergique", dit un membre de la direction de Nissan, selon lequel Hiroto Saikawa ne craint pas de bousculer ses subordonnés en pleine réunion si leurs résultats ne sont pas à la hauteur de ses attentes.

"Certains l'adorent, d'autres le détestent, il y a des gens qui ne l'aiment pas parce qu'il est très strict", ajoute ce dirigeant.

Nissan accuse Carlos Ghosn de ne pas avoir déclaré tous ses revenus et d'avoir utilisé l'argent de l'entreprise à des fins personnelles.

Hiroto Saikawa n'est devenu directeur général de Nissan que l'an dernier, après avoir été préparé pendant des années par Carlos Ghosn. Il assure depuis jeudi la présidence par intérim du constructeur japonais.

"DES LARMES DANS LES YEUX"

D'après un autre dirigeant de Nissan, Hiroto Saikawa est d'une rigueur sans faille et ce trait de caractère a certainement influé sur sa réaction lorsque les premiers soupçons sur Carlos Ghosn sont apparus au sein de l'entreprise.

"Il est vraiment du genre à respecter les règles 'à la lettre'. Il dispose d'un téléphone à usage personnel et d'un autre à usage professionnel et quand il appelle sa famille, il n'utilise jamais le téléphone de l'entreprise", dit ce dirigeant.

Ce dernier pense que le scandale survenu l'an dernier chez Nissan, lié à des failles dans les procédures d'inspection des véhicules, a dû renforcer la vigilance d'Hiroto Saikawa.

Nissan n'a pas souhaité s'exprimer sur son directeur général et ce dernier n'a pas pu être joint.

Après la conférence de presse organisée lundi par Nissan pour s'expliquer sur l'arrestation de Carlos Ghosn, Hiroto Saikawa, qui s'exprime habituellement avec un débit très rapide, a été salué pour le ton posé et calme avec lequel il a répondu seul pendant près d'une heure et demie aux questions des journalistes sans l'aide d'avocats ni d'autres responsables du groupe.

"Le fait qu'il ne se soit pas incliné en signe de repentance est aussi assez révélateur", relève un ancien dirigeant de Nissan, selon lequel Hiroto Saikawa a ainsi certainement voulu signifier qu'il n'avait lui-même commis aucune faute.

Lors de cette même conférence, Hiroto Saikawa a aussi franchement mis en cause Carlos Ghosn en dénonçant une concentration de pouvoir excessive à la tête de l'entreprise. Au-delà des soupçons de fraude financière, Hiroto Saikawa a reproché à Carlos Ghosn de prendre parfois des décisions sans prendre les avis nécessaires.

Le directeur général de Nissan n'a toutefois pas affiché sa maîtrise habituelle lors d'une réunion avec des cadres de l'entreprise mardi, ont dit deux participants. Il semblait avoir "des larmes dans les yeux", a dit l'un; sa voix a tremblé à un moment, a dit l'autre.

Comme pour beaucoup d'autres chez Nissan et Renault, la carrière d'Hiroto Saikawa s'est longtemps déroulée dans l'ombre de Carlos Ghosn, charismatique patron salué pour le redressement énergique du constructeur japonais, au prix de la fermeture de cinq usines et de la suppression de 21.000 emplois.

DISCRET ET DUR AVEC LUI-MÊME

Hiroto Saikawa s'est désormais placé en première ligne alors que Carlos Ghosn était perçu par de nombreux analystes comme le seul capable de faire fonctionner l'alliance entre Renault, Nissan et Mitsubishi.

"Cela va être extrêmement difficile pour Saikawa", dit Takeshi Miyao, directeur général du cabinet de conseil Carnorama, en s'interrogeant sur l'attitude qu'aura Renault à son égard.

Hiroto Saikawa a siégé au conseil d'administration de Renault pendant 10 ans mais il ne possède pas l'expérience de Carlos Ghosn, notamment dans les relations avec l'Etat français, premier actionnaire du constructeur avec 15% du capital.

"Mais il est dur en négociations. Ghosn ne l'aurait pas choisi comme directeur général s'il ne l'était pas", dit Takeshi Miyao.

Agé de 65 ans, Hiroto Saikawa n'a que quelques mois de plus que Carlos Ghosn. Diplômé de la prestigieuse université de Tokyo, il est entré chez Nissan il y a plus de 40 ans.

Décrit par certains comme discret, on sait peu de choses sur sa vie privée, sinon qu'il est marié.

Il a passé une grande partie de sa carrière dans les achats et la logistique et a aidé Carlos Ghosn à briser le réseau de fournisseurs de Nissan pour réduire les coûts.

Responsable de la compétitivité de 2013 à 2016, il a été chargé d'abaisser les coûts de production via des économies sur les matières premières, les dépenses, la planification et le développement.

Hiroto Saikawa a également joué un rôle prépondérant pour faire entrer Mitsubishi dans l'alliance, via Nissan.

"C'est un homme de chiffres, il est dur envers ceux qui n'obtiennent pas de résultats mais il est aussi dur avec lui-même", dit un ancien dirigeant de Nissan. "Certains pourraient dire qu'il n'est pas chaleureux."

(Claude Chendjou pour le service français, avec Elaine Lies, Makiko Yamazaki et Sam Nussey, édité par Bertrand Boucey)


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