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Netanyahu accuse l'Iran d'avoir menti sur ses intentions nucléaires

Netanyahu accuse l'Iran d'avoir menti sur ses intentions nucléaires

Crédit photo © Reuters

par Stephen Farrell et Lesley Wroughton

TEL AVIV/WASHINGTON (Reuters) - Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dévoilé lundi ce qu'il a qualifié de preuves d'un programme secret d'armes nucléaires mené par l'Iran, ce qui pourrait être une motivation supplémentaire pour l'administration Trump de sortir d'un accord nucléaire conclu en 2015 avec Téhéran.

Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a estimé que les documents présentés montraient que les dirigeants iraniens avaient menti au sujet d'un programme d'armes nucléaires connu sous le nom "Projet Amad", tout en se refusant à dire qu'ils attestaient d'une violation de l'accord de juillet 2015.

Des diplomates et des spécialistes du renseignement ont déclaré que la présentation de Benjamin Netanyahu, qui s'est exprimé à la télévision à une heure de grande écoute, n'apportait aucune preuve tangible d'une telle violation.

Mais ils soulignent qu'elle pourrait renforcer l'argumentaire de conseillers de Donald Trump plaidant pour une dénonciation de l'accord de Vienne.

Donald Trump a donné aux signataires européens de cet accord jusqu'au 12 mai pour "réparer les affreuses erreurs", selon lui, de ce texte, faute de quoi il refusera de prolonger l'assouplissement des sanctions américaines contre la République islamique.

L'Iran a toujours affirmé que ses projets en matière de nucléaire ne visaient qu'aux usages civils de l'atome et accuse Israël de vouloir alimenter le soupçon à l'approche de cette échéance fixée par Donald Trump.

"Le garçon qui ne peut pas s'empêcher de crier au loup a recommencé", a tweeté le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, quelques minutes à peine après l'intervention de Netanyahu.

La télévision publique iranienne a dénoncé pour sa part de la propagande israélienne.

L'IRAN A MENTI À SON PEUPLE, ESTIME WASHINGTON

Sur le trajet le ramenant d'Amman, la capitale jordanienne, à Amman, Mike Pompeo a dit à des journalistes qu'il avait discuté dimanche avec Benjamin Netanyahu des documents présentés par le Premier ministre israélien.

Tout en admettant que l'existence du projet nucléaire Amad était connue depuis un certain temps, il a estimé que les nouveaux documents découverts par les Israéliens allaient permettre d'avoir une meilleure idée de l'ampleur et des visées de ce programme.

Mike Pompeo a ajouté que ces documents "montrent clairement que les (dirigeants) iraniens ont continué à mentir à leur propre peuple".

Prié de dire si les informations suggéraient une violation de l'accord de Vienne, il a répondu : "Je laisserai cette questions aux avocats. Au bout du compte, le président devra également prendre position sur ce sujet".

Après les déclarations de Benjamin Netanyahu, Donald Trump a réaffirmé tout le mal qu'il pensait de l'accord de 2015, laissant entendre qu'il était d'accord avec les propos du Premier ministre israélien.

Dans un communiqué publié après l'intervention, en anglais, de Benjamin Netanyahu, la Maison blanche a estimé qu'elle apportait de "nouveaux détails convaincants" concernant la volonté de Téhéran de développer des "(...) armes nucléaires".

"Ces faits sont dans la droite ligne de ce que les Etats-Unis savent depuis longtemps : l'Iran disposait d'un programme d'armes nucléaires solide et clandestin que le pays a, en vain, essayé de cacher au monde et à son propre peuple", a ajouté l'administration américaine.

Selon les termes de l'accord conclu il y a trois ans entre l'Iran et six puissances internationales - l'Allemagne, la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie - Téhéran a accepté de limiter le développement de son programme nucléaire en échange d'une levée des sanctions économiques.

Selon Benjamin Netanyahu, les archives présentées démontrent que cet accord est "fondé sur des mensonges".

"RIEN DE NEUF"

Pour appuyer ses affirmations, le Premier ministre israélien, qui s'exprimait en direct à la télévision depuis le ministère de la Défense à Tel Aviv, a présenté des vidéos, des photos, des graphiques et d'autres documents émanant, a-t-il dit, d'archives nucléaires secrètes de la République islamique qu'Israël s'est procurées il y a quelques semaines.

Ces documents portent pour l'essentiel sur des activités antérieures à l'accord de Vienne mais, a-t-il affirmé, l'Iran a conservé depuis 2015 des données importantes sur la technologie nucléaire et a continué de nourrir "son savoir-faire en matière d'armes nucléaires".

"Les dirigeants iraniens ont fréquemment nié avoir jamais cherché à obtenir des armes nucléaires. Ce soir, je suis ici pour vous dire une chose: l'Iran a menti", a-t-il dit, disant détenir "100.000 archives secrètes" qui le prouvent et qui ont été "partagées" avec les Etats-Unis.

Les informations fournies par Netanyahu, pour l'essentiel, ne devraient pas surprendre les puissances mondiales qui ont acquis longtemps avant l'accord de 2015 la conviction que l'Iran cherchait bien à se doter de l'arme atomique.

Cette préoccupation, née de révélations en 2002 sur l'existence d'un site clandestin d'enrichissement de l'uranium à Natanz et d'un réacteur à eau lourde à Arak, a précisément conduit à la longue et difficile négociation de l'accord de Vienne.

"Il est évident que la communauté internationale avait des doutes sur le fait que l'Iran menait un programme nucléaire exclusivement pacifique. C'est pour cette raison que l'accord nucléaire a été signé en 2015, intégrant la mise en oeuvre d'un système de surveillance sans précédent, minutieux et robuste par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)", a réagi un porte-parole du gouvernement allemand.

Pour Jeffrey Lewis, directeur du programme de Non-Prolifération en Asie orientale du Middlebury Institute of International Studies, "Netanyahu nous dit quelque chose que nous savions déjà, que l'Iran avait un programme d'armes nucléaires".

Interrogé par Reuters, un diplomate européen de haut rang confirme: "Nous savions tout ceci et ce qui ressort particulièrement, c'est que Netanyahu ne parle d'aucune violations documentées de l'accord de 2015." Un autre diplomate, en poste à Vienne, qui a travaillé pendant des années avec l'AIEA, lâche: "Rien de neuf, du théâtre."

(avec Rami Amichay, Ori Lewis et Ari Rabinovitch et les bureaux de Reuters, Henri-Pierre André et Benoît Van Overstraeten pour le service français)


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