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Mis sur écoute, Sarkozy dénonce des méthodes dignes de la Stasi

Mis sur écoute, Sarkozy dénonce des méthodes dignes de la Stasi
Crédit photo © Reuters

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a rompu jeudi le silence qu'il s'était imposé depuis sa défaite à l'élection présidentielle de 2012 pour dénoncer des méthodes dignes de la Stasi, la police politique de l'ex-RDA, après la mise sous écoute de ses téléphones.

Dans une tribune au Figaro à paraître vendredi, l'ancien chef de l'Etat dénonce une "violence inédite" et une "absence de scrupules sans précédent" de la part de l'exécutif, poussant le Parti socialiste à fustiger une "attaque inouïe".

Prenant les Français à témoin, Nicolas Sarkozy récuse les accusations le visant depuis mai 2012 et épingle "la calomnie érigée en méthode de gouvernement" et l'instrumentalisation de la justice "par des fuites opportunément manipulées".

Le site d'informations Mediapart a révélé mardi la teneur des écoutes effectuées sur la ligne téléphonique ouverte de Nicolas Sarkozy sous une fausse identité et qui ont poussé la justice à ouvrir une information judiciaire pour "trafic d'influence" afin de déterminer s'il a tenté de peser sur le cours de la justice.

L'avocat de l'ex-président, Thierry Herzog, a annoncé jeudi qu'il déposerait une plainte pour violation du secret de l'instruction, dénoncé la publication d'écoutes "tronquées" et appelé le procureur national financier à rendre publics les éléments de la procédure prouvant ses dires.

Pour Nicolas Sarkozy, la mise sous écoute de ses téléphones ordonnée par des juges -alors que le parquet s'est posé la question dans un rapport sur leur légalité- revient à "fouler aux pieds les principes sacrés de la République."

"IL S'AGIT DE LA FRANCE"

"Qui aurait pu imaginer que, dans la France de 2014, le droit au respect de la vie privée serait bafoué par des écoutes téléphoniques? Le droit au secret des conversations entre un avocat et son client volontairement ignorés?", écrit-il.

"Les juges entendent les discussions que j'ai avec les responsables politiques français et étrangers. Les conversations avec mon avocat ont été enregistrées sans la moindre gêne", ajoute-t-il.

Pour Nicolas Sarkozy, qui se demande si ces écoutes n'ont pas pu aller jusqu'à l'Elysée, "l'ensemble fait l'objet de retranscriptions écrites dont on imagine aisément qui sont les destinataires!".

"Aujourd'hui encore, toute personne qui me téléphone doit savoir qu'elle sera écoutée. Vous lisez bien. Ce n'est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l'Allemagne de l'Est et les activités de la Stasi. Il ne s'agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l'endroit de ses opposants. Il s'agit de la France".

L'ancien président ironise sur les dénégations des ministres de la Justice et de l'Intérieur, Christiane Taubira et Manuel Valls, qui affirment ne pas avoir été informés -ou tardivement- de sa mise sous écoute.

"On pourrait en rire s'il ne s'agissait pas de principes républicains fondamentaux", ajoute-t-il, se félicitant que des milliers d'avocats, quelles que soient leur sensibilité, "aient décidé que trop, c'est trop".

PRESSION SANS PRÉCÉDENT, SELON LE PS

Nicolas Sarkozy, qui dit avoir subi quatre perquisitions ayant mobilisé trois juges et 14 policiers, se dit totalement innocent dans tous les dossiers judiciaires le visant, dénonçant la "prétendue affaire Karachi" ou le supposé financement de sa campagne de 2007 par Mouammar Kadhafi.

Se défendant de faire un plaidoyer pro domo, il affirme que son texte est "un appel à la conscience, aux convictions, aux principes de tous ceux qui croient en la République."

Visant François Hollande, qui avait dit vouloir être un président "normal", il conclut: "Tous ceux qui auraient à redouter mon retour, qu'ils soient assurés que la meilleure façon de l'éviter serait que je puisse vivre ma vie simplement, tranquillement. Au fond, comme un citoyen 'normal'!"

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, a dénoncé jeudi "l’attaque inouïe" portée contre les institutions françaises par Nicolas Sarkozy.

Le patron du PS estime dans un communiqué que Nicolas Sarkozy "s’autorise une pression sans précédent sur les magistrats chargés de faire la lumière sur des faits, qui, s’ils étaient avérés, seraient très graves".

"Je dénonce avec force l’attaque inouïe portée aujourd’hui par Nicolas Sarkozy contre les institutions de la République", ajoute-t-il. "Sans aucune retenue, il va jusqu’à comparer son pays à l’Allemagne de l’Est du rideau de fer, ou à une dictature! Il mène aussi sans preuve aucune, tout en insinuations, une guerre ouverte contre la ministre de la Justice et le ministre de l’Intérieur."

Mais le camp de Nicolas Sarkozy estime qu'il a le droit de se défendre comme tous les Français.

"Les Français, grâce au travail de juges indépendants, prendront bientôt la mesure du complot médiatico-politique qui s’est abattu sur l’ancien chef de l’Etat, au mépris de toutes les valeurs qui fondent une démocratie", a déclaré le député UMP Georges Fenech sur i>TELE.

(Gérard Bon, avec Marion Douet, édité par Yves Clarisse)


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