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Midterms: Quelle réaction des marchés aux scénarios les moins probables ?

Midterms: Quelle réaction des marchés aux scénarios les moins probables ?
Crédit photo © Reuters

PARIS (Reuters) - La perspective d'un Congrès divisé avec une Chambre des représentants à majorité démocrate et un Sénat qui resterait républicain à l'issue des élections de mi-mandat de mardi aux Etats-Unis est considérée comme la plus probable et ce scénario ne devrait pas perturber outre mesure les marchés qui l'ont anticipé.

Deux scénarios alternatifs qui verraient soit les républicains maintenir voire renforcer leur majorité à la Chambre comme au Sénat, soit les démocrates remporter la majorité dans les deux Chambres auraient des conséquences plus inattendues mais Wall Street a généralement enregistré des performances très soutenues après les élections de mi-mandat.

Le scénario d'une majorité démocrate dans les deux chambres est le moins probable mais aussi celui que les marchés ont le moins pris en compte.

La situation de blocage qui en résulterait se traduirait dans un premier temps par une forte dépréciation du dollar qui a bénéficié de la politique budgétaire expansionniste de Donald Trump et du resserrement monétaire concomitant de la Réserve fédérale, prévient Esther Reichelt, analyste sur les changes à la Commerzbank.

Pour Antonio Garcia Pascual, économiste chez Barclays, un contrôle du Congrès par les démocrates limiterait considérablement les options de politique économique de Donald Trump pour le restant de son mandat.

"De nouvelles mesures de relance budgétaire n'étant probablement plus possibles, le président Trump pourrait concentrer ses efforts sur la guerre commerciale avec la Chine ou mettre à exécution ses menaces commerciales à l'encontre de l'Union européenne" au risque d'une accentuation du ralentissement de l'économie mondiale avec une croissance européenne passant sous les 1% l'année prochaine, prévient-il.

TRUMP TENTE DE CALMER LES INVESTISSEURS

Fidelity note toutefois qu'à l'approche des élections de mi-mandat, Donald Trump a mis de l'eau dans son vin sur les questions commerciales alors que les échanges commerciaux mondiaux ont déjà nettement ralenti.

"Le président américain a adopté la semaine dernière un ton lénifiant - qu'on ne lui connaissait pas - concernant les sujets sur lesquels il s'échinait jusqu'ici à entretenir les braises", relèvent les analystes de la société de gestion.

Donald Trump a dit vendredi sur son compte twitter avoir eu "de très bonnes discussions" avec son homologue chinois Xi Jinping sur le commerce et a confirmé qu'il devait le rencontrer ce mois-ci en marge du sommet du G20 en Argentine.

"Tout laisse à penser que ce tweet exhalant l'adoucissant avait surtout pour objectif de redonner un peu de baume au coeur des marchés après un mois d'octobre passablement déprimant", estiment les analystes de Fidelity.

Ils relèvent aussi les exemptions accordées par les Etats-Unis à certains pays sur l'importation de pétrole iranien destinées selon eux à éviter une flambée des cours pénalisante pour les entreprises américaines.

"Les premiers stigmates de sa politique sur les résultats des entreprises ayant précipité la baisse des marchés, Donald Trump avait l'obligation de faire preuve de realpolitik", estime Fidelity.

"Si cet adoucissement a au moins permis à Wall Street de rebondir, il est loin de lui assurer la victoire mardi soir", prévient la société de gestion.

QUID D'UNE VICTOIRE DES RÉPUBLICAINS ?

L'éventualité d'un Congrès demeurant républicain n'est toutefois pas exclue.

"Dans un tel cas de figure, les options de politique du président Trump seraient plus larges, y compris sur le plan budgétaire et en matière de déréglementation", estime Antonio Garcia Pascual (Barclays).

"Les marchés percevraient ce scénario comme le plus favorable à la croissance car il augmenterait la probabilité de baisses d'impôts encore plus importantes et de nouvelles dépenses, les républicains faisant tout leur possible pour prolonger le cycle économique au-delà de l'élection présidentielle de 2020", poursuit-il.

Pour lui, les marchés intégreraient la perspective de quatre hausses de taux par la Réserve fédérale l'année prochaine et le dollar se renforcerait. Les conditions de financement des pays émergents se détérioreraient rapidement avec les anticipations de hausses des taux aux Etats-Unis et l'appréciation du dollar.

Pour Esther Reichelt, l'appréciation du billet vert serait toutefois d'une ampleur plus limitée que celle enregistrée après l'élection surprise de Donald Trump à la Maison blanche en novembre 2016.

"D'abord parce que la surprise ne serait pas aussi marquée, ensuite parce que l'économie américaine se rapproche de plus en plus de ses limites en termes de capacités, ce qui réduira l'impact d'une stimulation budgétaire additionnelle, et troisièmement parce qu'une forte majorité républicaine au Congrès pourrait se traduire par un durcissement des critiques à l'encontre des hausses de taux de la Fed", explique-t-elle.

WALL STREET DOPÉE APRÈS LES MIDTERMS

En ce qui concerne Wall Street, les mois qui ont suivi les élections de mi-mandat ont été marqués par de solides performances, indépendamment des résultats des scrutins.

"Depuis 1922, année à partir de laquelle nous disposons de données pour l'indice S&P 500, il y a eu 24 élections de mi-mandat", rappelle Joseph Lavorgna de Natixis.

"Si les neuf mois précédant les scrutins ont généralement enregistré des performances décevantes avec une progression de l'indice de 0,6% seulement en moyenne et une médiane de 0,6% aussi, les trois mois qui ont suivi se sont traduits par des gains de l'ordre de 4% avec seulement cinq baisses trimestrielles (en 1922, 1930, 1974, 1978 et 1994)", souligne-t-il.

Sur les périodes allant du mois de septembre des années d'élection de mi-mandat jusqu'au mois de juin de l'année suivante, la performance du S&P 500 est en moyenne de 14,4%, avec là encore cinq années marquées par des baisses de l'indice (1922, 1930, 1938, 1946 et 1978).

Il est à noter qu'aucun de ces épisodes baissiers n'est récent et que dans trois cas (1922, 1930 et 1978), Wall Street avait baissé au cours du trimestre post midterms, souligne Joseph Lavorgna.

En prenant en compte les douze mois après le scrutin, les performances de Wall Street sont encore plus impressionnantes avec une hausse de 17,1% en moyenne et une médiane de 22,9%.

(Marc Joanny, édité par Blandine Hénault)


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