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Mehsud inhumé en secret, les taliban pakistanais vengeurs

Mehsud inhumé en secret, les taliban pakistanais vengeurs

par Saud Mehsud et Hafiz Wazir

DERA ISMAIL KHAN/WANA, Pakistan (Reuters) - Les taliban pakistanais ont secrètement inhumé aux premières heures de samedi leur chef Hakimullah Mehsud, tué par une frappe de drone américain le veille au soir, et promis de le venger par une vague d'attentats suicide.

Le gouvernement pakistanais a vivement réagi à la mort de Hakimullah Mehsud en accusant Washington de vouloir "saboter" les pourparlers de paix qu'Islamabad venait d'engager avec les taliban.

Hakimullah Mehsud, dont la tête était mise à prix pour cinq millions de dollars aux Etats-Unis, a été tué vendredi soir près de Miranshah, la capitale de la région tribale autonome du Nord-Waziristan.

Selon un combattant taliban, il a péri dans son véhicule après avoir assisté à une réunion de chefs de la milice islamiste. Son corps était "reconnaissable". Son chauffeur et son garde du corps ont également trouvé la mort.

Hakimullah Mehsud a été inhumé à la faveur de l'obscurité par une poignée de ses compagnons, qui craignaient que ses funérailles annoncées dans la journée à Miranshah ne soient l'occasion de nouvelles frappes de drones américains, ont dit des sources au sein du mouvement et des services de sécurité pakistanais.

"Chaque goutte de sang de Hakimullah se transformera en kamikaze", a déclaré un porte-parole des taliban, Azam Tariq.

"L'Amérique et ses alliés ne devraient pas se réjouir car nous allons venger le sang de nos martyrs."

Hakimullah Mehsud, qui était âgé d'une trentaine d'années, avait pris la direction des taliban pakistanais en 2009, après la mort des deux précédents chefs du mouvement dans des frappes de drones américains.

UN SUCCESSEUR DÉJÀ NOMMÉ

Les islamistes ont voté samedi pour nommer à leur tête l'ancien no2 du mouvement, Khan Said, alias "Sajna".

Khan Said est soupçonné d'être le "cerveau" d'une attaque qui avait permis de libérer 400 prisonniers d'une prison du nord-ouest du Pakistan en 2012, ainsi que d'une attaque contre une base navale pakistanaise.

Selon des sources au sein des taliban, sa nomination a cependant été jugée précipitée par certains commandants, ce qui pourrait augurer de tensions au sein du principal mouvement insurgé pakistanais.

A Washington, une porte-parole du Conseil de sécurité nationale, qui dépend de la Maison blanche, a dit ne pas être en mesure de confirmer la mort de Hakimullah Mehsud, mais jugé qu'il s'agirait d'une "perte importante" pour les taliban pakistanais.

Deux sources officielles américaines ont en revanche assuré que le chef islamiste avait bien été tué.

En 2010, Hakimullah Mehsud était apparu dans une vidéo au côté d'un kamikaze jordanien qui avait tué sept agents de la CIA sur leur base en Afghanistan.

Malgré sa réputation de dirigeant peu enclin au compromis, le nouveau gouvernement pakistanais avait entrepris de négocier avec lui pour tenter de mettre fin aux violences qui ont fait des milliers de morts dans le pays.

Jeudi, le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, en déplacement à Londres, avait ainsi informé le gouvernement britannique que des discussions avaient été engagées avec le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), le mouvement des taliban pakistanais.

COLÈRE AU PAKISTAN

La mort de Hakimullah Mehsud a provoqué de vives réactions au Pakistan.

"Les Etats-Unis ont essayé de saboter les pourparlers de paix avec cette frappe de drone mais nous ne les laisserons pas échouer", s'est indigné devant la presse le ministre de l'Information, Pervez Rashid.

Shah Farman, porte-parole du gouvernement de la zone tribale de Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest), où les taliban sont très actifs, a annoncé que les élus de la province voteraient lundi une résolution interdisant à l'Otan d'utiliser le territoire pakistanais pour ravitailler ses troupes en Afghanistan.

L'une des principales routes d'approvisionnement emprunte la Khyber Pass située dans la région.

Des dizaines de miliciens islamistes ont convergé samedi vers Miranshah, située près de la frontière afghane, en tirant sur une dizaine de drones vrombissant dans le ciel au-dessus de la ville, sans pouvoir les atteindre, racontent des habitants.

Ils disent avoir vu environ huit drones survoler la réunion des taliban, dont un qu'ils n'avaient jamais vu auparavant.

"On a pensé qu'il s'agissait d'un C-130 mais c'était un avion espion spécial, plus grand de taille", a dit Farhad Khan, joint par téléphone.

Marchés et boutiques sont restés ouverts samedi à Miranshah, a-t-il précisé. Les habitants ne s'inquiètent pas de risques de représailles dans la région, disant s'attendre plutôt à des attaques des taliban dans les grandes villes pakistanaises.

"Nous pensons que les combattants vont se venger en frappant les grandes villes, comme ils le font d'habitude", a dit l'un d'eux.

Avec Jibran Ahmad à Peshawar; Pierre Sérisier, Jean-Stéphane Brosse et Tangi Salaün pour le service français


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