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Macron veut revoir le modèle d'EDF, préserve son parc nucléaire

Macron veut revoir le modèle d'EDF, préserve son parc nucléaire
Crédit photo © Reuters

par Benjamin Mallet, Jean-Baptiste Vey et Simon Carraud

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron a annoncé mardi que la France n'envisageait pas de fermer d'autres réacteurs nucléaires que ceux de Fessenheim avant 2025, voire 2027, et demande à EDF de revoir son modèle pour garantir le financement de ses activités, ce qui pourrait entraîner une montée de l'Etat au capital du groupe. Le chef de l'Etat a ainsi officiellement reporté de dix ans la réduction d'environ 75% à 50% de la part de l'atome dans la production d'électricité du pays, désormais prévue pour 2035.

Pour atteindre cet objectif, 14 des 58 réacteurs du parc actuel seront arrêtés d'ici à cette date dont les deux unités de Fessenheim (Haut-Rhin) à l'été 2020, a précisé le président de la République lors de la présentation de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) de la France pour les dix ans à venir.

Deux réacteurs seront arrêtés en 2027-2028 mais deux pourraient également l'être dès 2025-2026 si les voisins européens de la France accélèrent leur transition énergétique, pour un total de quatre à six unités fermées avant 2030.

"Je ne veux pas que nous soyons dans une situation où, parce que nous irions plus vite sur le nucléaire, nous soyons amenés à fermer plus lentement les centrales à charbon (...) ou à devoir augmenter massivement pour les années à venir le coût de l'électricité", a expliqué Emmanuel Macron dans un discours.

"Cessons de dire qu'il faut renforcer la fermeture rapide de réacteurs nucléaires pour que les énergies renouvelables trouvent leur place (...). Le nucléaire nous permet aujourd'hui de bénéficier d'une énergie décarbonée et à bas coût", a ajouté le chef de l'Etat.

Les arrêts de réacteurs devraient concerner les plus anciennes centrales - Tricastin (Drôme), Bugey (Ain), Gravelines (Nord), Dampierre (Loiret), Blayais (Gironde), Cruas (Ardèche), Chinon (Indre-et-Loire) Saint-Laurent (Loir-et-Cher) -, dont EDF devra préciser la liste d'ici la fin des consultations sur la PPE, selon des éléments des éléments transmis à Reuters par la présidence.

"AUCUNE FERMETURE COMPLÈTE DES SITES"

"Je fixe d'emblée à EDF une règle : aucune fermeture complète des sites. Réduire la part du nucléaire, ce n'est pas pour autant renoncer au nucléaire", a précisé Emmanuel Macron, soulignant également la nécessité de limiter les conséquences sociales et économiques de ces décisions pour les territoires.

Toujours selon les éléments transmis à Reuters par l'Elysée, le président demande par ailleurs au groupe de proposer les évolutions de sa structure qui permettent de "faire face aux défis auxquels l'entreprise est confrontée dans le nucléaire, les énergies renouvelables, les services énergétiques et les réseaux".

Ces propositions "devront impérativement préserver l'intégrité du groupe et permettre de dédier les moyens et financements adéquats pour chaque activité".

Alors qu'EDF, dont l'Etat français détient 83,7% du capital, devra remettre ses propositions dans le cadre d'un plan stratégique élaboré à la suite de la PPE, l'Etat "ouvrira de son côté une réflexion sur le renforcement de sa participation au capital de l'entreprise en lien avec les enjeux et risques particuliers de l'activité nucléaire".

Selon une source au fait du dossier, une option consisterait à réguler les prix du nucléaire et à nationaliser le parc de centrales d'EDF pour le mettre à l'abri des soubresauts du marché et de la concurrence, en créant en parallèle une entité regroupant les actifs de production renouvelables, les réseaux et les services énergétiques.

Une nationalisation du parc nucléaire impliquerait cependant que les autorités de la concurrence européennes donnent leur aval à une nouvelle régulation des prix de vente d'EDF, aujourd'hui plafonnés par le mécanisme de l'Arenh (Accès régulé au nucléaire historique), dont l'électricien public souligne régulièrement l'impact négatif sur ses résultats.

"Nous allons engager un travail sur une nouvelle régulation du parc nucléaire existant, car le dispositif actuel qui permet aux Français d'avoir les prix de l'électricité parmi les plus bas d'Europe s'arrête en 2025", a déclaré Emmanuel Macron à ce sujet.

DÉCISION SUR D'ÉVENTUELS NOUVEAUX EPR PRÉVUE POUR 2021

L'enjeu pour l'Etat français sera notamment de convaincre Bruxelles que l'électricité nucléaire est un bien essentiel et que la restructuration d'EDF ne revient pas à subventionner ses autres activités.

Les décisions annoncées mardi au sujet du parc nucléaire sont plutôt favorables au groupe, même s'il souhaitait pour sa part attendre 2029 pour commencer à fermer d'autres réacteurs que celle de Fessenheim, ce qui laisse présager une indemnisation pour les arrêts d'unités anticipés.

EDF défend en effet la prolongation de la durée de vie des réacteurs français de 40 à 50 ans (voire 60 ans) - une opération qu'il a d'ailleurs déjà enregistrée en 2016 sur le plan comptable pour une partie de son parc - ainsi que la construction de nouveaux réacteurs de type EPR en plus de celui de Flamanville (Manche).

"Nous ne prenons aujourd'hui aucune décision quant à la construction de nouveaux réacteurs parce que nous n'avons pas de besoin immédiat et parce que nous n'avons pas le recul nécessaire", a dit Emmanuel Macron.

Le président demande cependant au groupe de "travailler à l'élaboration d'un programme de nouveau nucléaire en prenant des engagement fermes sur le prix pour qu'il soit compétitif ; tout doit être prêt en 2021 pour que le choix qui sera proposé aux Français puisse être un choix transparent et éclairé".

(Edité par Jean-Michel Bélot)


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