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Les scénarios économiques de la Fed trop beaux pour être vrais

Les scénarios économiques de la Fed trop beaux pour être vrais
Crédit photo © Reuters

par Jonathan Spicer et Howard Schneider

BOSTON (Reuters) - La Réserve fédérale a dépeint, lors de sa dernière réunion de politique monétaire, une image de l'économie américaine presque trop belle pour être vraie, faite d'une inflation qui serait contenue dans un avenir proche en dépit d'un taux de chômage au plus bas depuis 20 ans.

Les projections de la Fed "ne sont pas de ce monde", a même déclaré un économiste de la conférence annuelle de la National Association for Business Economics (NABE) à Boston cette semaine.

Dix ans après la crise financière de 2009, que la Fed mette l'accent sur la nécessité d'éviter un endettement excessif et de se prémunir des déséquilibres du marché financier est compréhensible mais elle risque par là même de passer à côté de la possibilité que la prochaine récession résulte d'un emballement de l'inflation.

"Il est évident que la Fed accorde dorénavant plus d'attention" aux ratios d'endettement, aux matelas financiers et aux autres paramètres de résistance du marché financier, constate Robert Gordon, économiste et professeur de sciences sociales de l'University Northwestern. "Elle a des gouverneurs dont le rôle spécifique tient à cela, ce qui n'est pas habituel".

Pour cet universitaire, il est difficile de croire aux prévisions d'inflation de la Fed et un marché de l'emploi dynamique finira inéluctablement par exercer des pressions sur les prix même si pour beaucoup cette menace n'est pas prégnante.

Les tensions commerciales internationales, un début de crise qui se signale sur le marché de la dette ou tout autre choc économique pourraient survenir mais ils devraient être de taille pour remettre en cause les 3,0% de croissance dont jouit actuellement la première économie mondiale.

Ils sont peu nombreux à croire que le marché immobilier américain représente un risque similaire à ce qu'il était au début des années 2000 et même si les crédits à la consommation et les crédits aux étudiants ont augmenté, l'endettement et l'encours de crédit des ménages restent gérables.

RELEVER LES "CCB"

Pour autant, si le gouvernement américain désigne à un poste de gouverneur Nellie Liang, ex-chantre de la stabilité financière de l'institut d'émission, comme on s'y attend, il se peut que la Fed s'intéresse beaucoup plus aux moyens d'éviter une prochaine crise financière.

Jerome Powell, le président de la banque centrale, n'est pas quelqu'un qui est influencé outre mesure par les signaux d'inflation traditionnels lorsqu'il établit la trajectoire des taux d'intérêt, observant par exemple que les deux dernières récessions ont trouvé leur origine dans les marchés financiers.

"Gérer le risque suppose de regarder au-delà de l'inflation pour détecter tout signe d'excès", avait-il dit fin août, à l'occasion de la conférence annuelle de Jackson Hole (Wyoming).

Powell avait aussi dit le mois dernier qu'il ne percevait que des risques modérés au travers de toute une batterie d'indicateurs, notamment l'endettement des ménages et les fonds propres bancaires.

De ce point de vue, le moment de vérité surviendra peut-être dans deux mois, lorsque les gouverneurs de la Fed décideront s'il y a lieu de relever ce que l'on appelle les "coussins de fonds propres contra-cycliques" (CCB) des banques. Dans l'affirmative, les banques devraient constituer encore plus de capital pour se prémunir d'une récession.

Pour le gouverneur Lael Brainard, ce coussin, à zéro, devrait être augmenté, évoquant l'effet stimulant des baisses d'impôts de la fin 2017 et des prix d'actifs élevés après dix années d'expansion économique.

NOTATION FAIBLE, ENDETTEMENT ÉLEVÉ

Les paramètres analysés par Liang, en tant que patronne de la division de stabilité financière de la Fed, n'ont encore rien de préoccupant mais ses études montrent clairement que des instruments tels que les CCB pourraient être employés à encadrer la croissance du crédit avant qu'elle ne pose problème.

Liang, qui fait également partie de la Brookings Institution, souligne qu'une politique monétaire plus resserrée et plus interventionniste est apte à parer à d'éventuelles crises, c'est pourquoi certains pensent qu'elle plaidera activement la cause de la stabilité financière au sein de l'institut d'émission.

Un déséquilibre du marché pourrait être provoqué par les dépenses induites par le coup de pouce fiscal de 2017 ou par une poursuite de la hausse des valorisations, écrivaient des économistes de Goldman Sachs récemment.

Mais avec un chômage de 3,9% et un secteur bancaire stabilisé par une réglementation post-crise durcie, nombre d'experts jugent que la fin de ce long cycle économique sera marquée par une habituelle résurgence de l'inflation, impliquant de la part de la Fed de poursuivre son resserrement monétaire.

La Fed elle-même pense que le chômage fluctuera entre 3,5% et 3,7% jusqu'en 2021, soit un point en deçà, à peu près, du niveau considéré comme étant compatible avec une inflation stable.

La Fed a relevé progressivement les taux depuis la fin 2015 pour prévenir tout souci mais on ne sait pas bien dans quelle mesure cela peut influer sur la prise du risque du "shadow banking", un compartiment du marché occupé par les fonds spéculatifs et d'autres intermédiaires moins régulés qui prêtent à des entreprises à risque.

De fait, la Fed remarquait en juillet que "l'emprunt parmi les entreprises faiblement notées et hautement endettées reste élevé".

Dans un document récemment présenté à la Brookings Institution par Ben Bernanke, un ex-président de la Fed, ce dernier observe que l'une des leçons à tirer de la crise est que les autorités monétaires doivent incorporer à leurs projections les interactions entre le marché du crédit et l'économie réelle, modélisant dans les faits les préoccupations de stabilité financières dans l'étude des réactions de l'économie aux chocs.

Interrogé sur la manière dont il interprétait les signaux du marché financier, Eric Rosengren, président de la Fed de Boston, déclarait lundi, lors de la conférence de la NABE: "Je ne pense pas que l'alarme soit déclenchée mais je crois vraiment qu'il y a beaucoup de feux à l'orange".

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)


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