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Les manifestants antiracistes résolus à poursuivre malgré la rhétorique sécuritaire de Trump

Les manifestants antiracistes résolus à poursuivre malgré la rhétorique sécuritaire de Trump
Crédit photo © Reuters

par Daniel Trotta

NEW YORK (Reuters) - Les manifestants antiracistes aux Etats-Unis sont bien conscients du risque que les violences qui éclatent parfois en marge de leur mouvement de protestation lancé après la mort de George Floyd soient récupérées par Donald Trump, qui a fait du maintien de l'ordre l'axe central de sa campagne électorale.

Mais les militants interrogés à Portland ou Kenosha, importants foyers de la contestation, sont convaincus que les électeurs seront à leurs côtés et refusent de renoncer à défiler dans les rues au nom du "Black Lives Matter".

"Nous ne sommes pas intimidés", assure Veronica King, qui dirige la cellule de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) à Kenosha, dans le Wisconsin.

"Les électeurs ont vu les vidéos (de répression policière contre des Afro-Américains). Je suis persuadée que les électeurs soutiennent ce mouvement et veulent du changement."

Devancé par son rival démocrate Joe Biden dans les sondages en vue de l'élection présidentielle du 3 novembre, Donald Trump dénonce régulièrement les violences survenues lors de manifestations, même si la majeure partie de ces dernières se déroulent dans le calme.

"Les Démocrates n'ont jamais mentionné les mots MAINTIEN DE L'ORDRE lors de leur convention nationale", a tweeté jeudi le président républicain. "Si je ne gagne pas, les banlieues d'Amérique seront ENVAHIES par des projets HLM, des anarchistes, des agitateurs, des pillards et bien sûr, 'des manifestants amicaux'."

A Portland, dans l'Oregon, qui a connu plus de cent nuits consécutives de manifestations, Demetria Hester, du mouvement Moms United for Black Lives (Mères unies pour les vies des Noirs), l'une des dirigeantes de la contestation, estime que l'argument de la peur n'est qu'un "coup de pub" et ne change en rien la détermination des militants.

"Des personnes continuent de mourir et la police n'est pas inculpée (...). Les gens voient ça et ne vont pas céder."

SOUTIEN EN HAUSSE POUR BLACK LIVES MATTER DANS L'OPINION

Des milliers de manifestations ont eu lieu aux Etats-Unis depuis la mort de George Floyd, un Afro-Américain mort étouffé le 25 mai dernier à Minneapolis sous le genou d'un policier blanc lors d'une interpellation. De nouvelles manifestations ont éclaté après l'affaire Jacob Blake à Kenosha, blessé par balles par la police le 23 août.

Dans cette ville comme à Portland, les manifestants se sont heurtés mortellement à des miliciens d'extrême droite. A Kenosha, un adolescent de 17 ans, partisan de Trump, a été inculpé pour le meurtre de deux manifestants. A Portland, un militant antifasciste a été tué par la police après avoir abattu un membre d'une "patrouille" armée.

Ces graves incidents ont fait la une des journaux mais selon une étude de l'ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), qui fait l'inventaire des violences politiques dans le monde et a commencé l'an dernier à surveiller les Etats-Unis, 93% des manifestations liées au mouvement Black Lives Matter se sont déroulées pacifiquement.

Sur plus de 7.750 événements dans 2.400 villes étudiés entre le 26 mai et le 22 août, l'ACLED a recensé moins de 220 lieux où des violences ont éclaté, qui se sont limitées pour la plupart à quelques pâtés d'immeubles.

Dans un récent sondage Reuters/Ipsos, 53% des Américains expriment leur sympathie à l'égard du mouvement de dénonciation des brutalités policières et des violences racistes.

Dans le même temps, le Black Lives Matter a vu son soutien grimper à 49%, soit 18 points de plus qu'il y a deux ans (+28 points chez les démocrates et +6 points chez les républicains).

Clyde McLemore, militant du Black Lives Matter dans l'Illinois, estime que les actions de son mouvement ont été injustement ternies par quelques-uns.

"Je ne suis pas pour piller ou incendier les biens. Ce n'est pas le Black Lives Matter qui provoque des violences. On se disperse à 08h00 du soir", dit-il, sans pour autant remettre en cause sa détermination. "Nous allons continuer à manifester. C'est notre droit constitutionnel."

(version française Jean-Stéphane Brosse)


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