Les forces de la coalition russe vont commencer à quitter le Kazakhstan dans 2 jours

Les forces de la coalition russe vont commencer à quitter le Kazakhstan dans 2 jours

* Les forces de l'OTSC parties d'ici 10 jours, dit le président

* Un nouveau Premier ministre désigné

* L'appareil de sécurité mis en cause pour les violences

* Tokaïev prône un meilleur partage des richesses (Actualisé tout du long avec le discours de Kassim-Jomart Tokaïev)

par Tamara Vaal

NOURSOULTAN, 11 janvier (Reuters) - L'alliance sécuritaire emmenée par la Russie commencera d'ici deux jours à retirer ses forces du Kazakhstan après avoir rempli sa principale mission consistant à stabiliser ce pays d'Asie centrale, en proie à plusieurs journées d'émeutes meurtrières, a déclaré mardi le président kazakh Kassim-Jomart Tokaïev.

Le chef de l'Etat a annoncé la nomination au poste de Premier ministre d'Alikhan Smaïlov, haut fonctionnaire de carrière. Il a aussi évoqué des initiatives pour réduire les inégalités dans son pays riche en ressources naturelles, augmenter la fiscalité sur le secteur minier et mettre fin aux irrégularités dans les appels d'offres publics.

Kassim-Jomart Tokaïev, au pouvoir depuis 2019, a sollicité la semaine dernière une intervention de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance d'anciennes républiques soviétiques autour de la Russie, au paroxysme de ce qu'il a par la suite qualifié de tentative de coup d'Etat, sans en désigner explicitement les instigateurs.

Il avait précisé que la mission de l'OTSC, critiquée par les Etats-Unis au mécontentement de la Russie, consisterait en 2.030 soldats et 250 pièces d'équipements lourds militaires.

"La mission principale de la force de maintien de la paix de l'OTSC a été achevée avec succès", a dit Kassim-Jomart Tokaïev lors d'une intervention en visioconférence devant le Parlement.

"Dans un délai de deux jours, un retrait progressif du contingent unifié de maintien de la paix de l'OTSC commencera. Le processus de retrait du contingent ne durera pas plus de 10 jours", a-t-il ajouté.

Le président russe Vladimir Poutine a jugé lundi que ce déploiement de forces régionales avait joué un rôle décisif pour défendre le Kazakhstan face à ce qu'il a qualifié d'insurrection terroriste soutenue de l'étranger.

Les autorités kazakhes affirment que le calme est globalement revenu à travers leur vaste pays de 19 millions d'habitants. Près de 10.000 personnes ont été arrêtées et la traque d'autres suspects continue, ajoutent-elles.

Selon elles, des manifestants initialement pacifiques contre la hausse du prix du gaz et du carburant ont été débordés par des groupes désireux de renverser le gouvernement, qui s'en sont pris aux symboles de l'autorité en incendiant notamment des bâtiments officiels à Almaty, la plus grande ville du pays.

GARANTIR UNE MEILLEURE RÉPARTITION DES RICHESSES

Des spécialistes de l'Asie centrale pensent que des rivalités entre clans au sein de la riche élite au pouvoir ont joué un rôle majeur dans ces violences, les pires qu'ait connues le pays en 30 ans d'indépendance.

En pleine crise, Kassim-Jomart Tokaïev a annoncé que son prédécesseur et homme fort du pays depuis 1991, Noursoultan Nazarbaïev, quittait son poste de président du puissant Conseil national de sécurité, d'où, à 81 ans, il continuait à exercer son influence. Le chef de l'Etat a lui-même pris la tête de cet organe.

Les forces de l'OTSC ont dans un premier temps été déployées dans la capitale Noursoultan, alimentant les rumeurs selon lesquelles leur mission première était de protéger le gouvernement et Kassim-Jomart Tokaïev lui-même de ses propres forces de sécurité réunies au sein du KNB, dans lesquelles il n'avait plus totale confiance.

Kassim-Jomart Tokaïev a limogé le 5 janvier le président du Comité national de sécurité (KNB), Karim Massimov, arrêté pour haute trahison.

Le chef de l'Etat a déclaré mardi devant le Parlement que le KNB avait non seulement été aveugle à la menace mais qu'il s'était aussi montré impuissant durant les troubles.

"Dans certaines villes, les chefs des agences du Comité national de sécurité, bien qu'ils aient à disposition des arsenaux de combat suffisants, ont abandonné (des bâtiments) et laissé derrière eux des armes à feu et des documents classés", a-t-il dit.

Kassim-Jomart Tokaïev n'a pas désigné de nouveaux suspects mais a déclaré que l'incapacité de l'Etat à combattre la pauvreté et à garantir une répartition juste des richesses avait servi de terreau à la contestation.

Il a laissé transparaître sa volonté de contraindre les fidèles de Noursoultan Nazarbaïev à partager leurs richesses accumulées depuis l'indépendance via des dons réguliers à une fondation caritative nouvellement créée.

"Grâce au premier président (...) un groupe d'entreprises très rentables a émergé dans le pays ainsi qu'un groupe de personnes fortunées, même selon les normes internationales", a dit le président.

"Je pense qu'il est temps qu'ils paient leur dû au peuple du Kazakhstan et qu'ils l'aident sur une base systémique et régulière." (Reportage Tamara Vaal; rédigé par Olzhas Auyezov, version française Jean Terzian et Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault)

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