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Les européennes aiguisent les divisions à gauche

Les européennes aiguisent les divisions à gauche
Crédit photo © Reuters

par Julie Carriat et Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Les partis de gauche avancent leurs pions en ordre dispersé en vue des élections européennes de mai 2019, en dépit d'une volonté commune de refondation des traités, sur fond de désaccords sur la ligne à suivre et de guerres d'appareil.

Si les différents partis et La France insoumise s'accordent pour incarner une troisième voie face à la ligne jugée "libérale" d'Emmanuel Macron et Angela Merkel et un axe nationaliste incluant notamment Marine Le Pen et le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini, les convergences s'arrêtent là pour l'heure.

Sur le fond, la question des traités européens divise, tout comme elle le faisait lors du référendum de 2005 sur la Constitution, LFI maintenant la stratégie d'un plan A de renégociation des textes assortie de la menace d'en sortir (plan B), tandis que les communistes, s'ils réclament une refondation, réfutent l'idée d'abandonner l'Union, tout comme Benoît Hamon.

Le thème de l'immigration sépare également, avec d'un côté PCF et Génération.s qui fustigent une fermeture des frontières jugée illusoire, de l'autre La France insoumise qui défend leur utilité en tant qu'outil de protectionnisme social.

Signé par les premiers, le manifeste pour l'accueil des migrants publié par Mediapart, Politis et Regards, a concentré les critiques de LFI, sur fond de polémique avec le chef de file des communistes aux européennes, Ian Brossat.

"Personne ne m'a proposé de la signer. J'aurais dit pourquoi je suis en désaccord. Je suis internationaliste. Pas mondialiste. Je crois au bon usage des frontières parce que s'il n'y en a pas, on ne peut pas interdire le statut du travail détaché, ni faire de protectionnisme, avec des taxes sociales, écologiques", disait encore dimanche dans un entretien au groupe Ebra le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Outre ces désaccords, les différentes formations essuient pour certaines des divisions internes, accélérées par l'échéance électorale.

Selon les sondages les plus récents, la gauche est créditée de 28 à 34% des suffrages aux européennes, en adoptant une définition large allant du NPA au Parti socialiste.

Créditée d'environ 20% des voix dans les sondages, en deçà du score de 24% d'Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle, La République en marche devrait quant à elle annoncer en décembre le nom de sa tête de liste, dévoilée en janvier. Le Rassemblement national est crédité de 17 à 21% des voix, Les Républicains de 14 à 15%, et Debout La France autour de 6%.

LA FRANCE INSOUMISE SEULE EN TÊTE

Créditée de 11 à 14% des intentions de vote, derrière le Rassemblement national et Les Républicains, La France insoumise mise sur la responsable des programmes Charlotte Girard et l'ex-directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon Manuel Bompard pour mener la campagne des européennes en forme de "référendum anti-Macron".

Le comité électoral du mouvement se réunira les 20 octobre et 10 novembre pour soumettre au vote des Insoumis une proposition de liste ordonnée le 15 novembre. Le texte tranchera la question de la tête de liste, forcément unique, et l'ajout de personnalités de la société civile, voire des ralliements politiques individuels, par exemple depuis le PS où Emmanuel Maurel s'est récemment rapproché de LFI.

"On ne fait pas une liste d'ouverture, on fait une liste avec les gens qui sont d'accord sur le fond", a déclaré lundi à Reuters Manuel Bompard.

Jean-Luc Mélenchon a réitéré dimanche son refus de s'allier avec le PCF ou Benoît Hamon : "Un accord avec M. Brossat (PCF), qui nous traite de nazis ? Avec M. Hamon qui sert la soupe à Macron et Le Pen en proclamant faire de l'immigration le sujet central des européennes ? Avec tous ceux qui refusent de sortir des traités européens ? Quelle comédie !"

Au niveau européen, LFI est alliée à Podemos (Espagne), le Bloco de Izquerda (Portugal), l'Alliance Rouge-Verte danoise, le Parti de Gauche suédois et l'Alliance de gauche finlandaise, mais exclut d'appartenir à un groupe incluant Syriza, au gouvernement en Grèce, comme c'est le cas pour le moment au sein de la Gauche unitaire européenne (GUE).

DÉFECTIONS AU PS

Divisé en interne, comme en 2005, crédité d'environ 4% à 6% des intentions de vote pour l'instant, le Parti socialiste a quant à lui bien du mal à se mettre en ordre de marche.

Les militants sont appelés à voter jeudi pour choisir entre deux textes d'orientation : l'une intitulé "Changeons d'Europe" signée Olivier Faure, Luc Carvounas et Stéphane Le Foll et un deuxième, plus à gauche, porté par le député européen Emmanuel Maurel, "Une Europe au service du peuple".

Validé en conseil national samedi, ce texte sera ensuite présenté au Parti socialiste européen (PSE).

Après un suspense de plusieurs mois, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Pierre Moscovici a renoncé la semaine dernière à briguer la tête de liste en raison de désaccords avec la ligne d'un parti qu'il juge "en train de s'isoler".

L'ancien ministre a cité en exemple les accords de libre-échange, auquel lui-même se dit attaché tandis que "le PS semble vouloir renoncer à tout nouveau traité commercial et appelle à ne pas ratifier le Ceta (conclu avec le Canada-NDLR)".

Autre mauvaise nouvelle : le récent départ de la direction de l'ancien ministre de l'Intérieur Matthias Fekl, qui était chargé depuis avril des affaires internationales.

"Chaque jour qui passe, la voiture perd une roue", se désole un parlementaire PS.

La députée européenne Christine Revault d'Allonnes-Bonnefoy semble disposée à prendre la tête d'une liste appelée à être constituée entre novembre et décembre. Parallèlement, des voix s'élèvent en faveur d'une candidature d'Olivier Faure, qui repousse l'idée pour l'instant.

"Quand on présente le premier secrétaire du PS, les gens savent de qui on parle", souligne le parlementaire socialiste. "Quand on faisait entre 18 et 25% des voix, on pouvait installer un candidat. On n'a pas cette puissance de frappe aujourd'hui".

GÉNÉRATION.S EN QUÊTE D'ALLIÉ, EELV DÉJÀ LANCÉ

Faute d'accord avec Europe Ecologie-Les Verts (EELV), dont la tête de liste Yannick Jadot a refusé toute alliance, Benoît Hamon envisage pour sa part de prendre la tête de sa propre liste, appelée à être dévoilée mi-novembre.

"Benoît Hamon prépare une liste citoyenne la plus large possible pour laquelle il discute avec le Parti communiste et des mouvements citoyens", a dit à Reuters son entourage.

L'ancien candidat socialiste à l'élection présidentielle - où il avait recueilli 6,36% des voix - a emmené avec lui une partie des militants en quittant le PS pour créer le mouvement Génération.s, qui revendique 60.000 adhérents.

"Benoît Hamon cherche un nouvel allié, mais rien ne dit que les communistes seront intéressés. Et puis il n'a pas de moyens pour sa campagne, pas d'argent", tempère un cadre du PS.

Chez EELV, Yannick Jadot, parti en campagne dès juillet après un scrutin interne qui l'a vu l'emporter face à Michèle Rivasi, a fixé l'ambitieux objectif d'obtenir 15% des suffrages le 26 mai. Le parti écologiste compte actuellement six eurodéputés dont José Bové et Eva Joly, qui ne se représentent pas.

LE PCF FRAGILISÉ EN INTERNE

Crédité d'environ 2% des intentions de vote, le Parti communiste français (PCF), emmené aux européennes par l'adjoint au Logement de la mairie de Paris Ian Brossat, n'a pas encore renoncé à rassembler au-delà du parti, une position appelée à se préciser en congrès le 23 novembre après l'émergence ce week-end de remous contre la direction du parti.

Samedi, le secrétaire général Pierre Laurent a été désavoué lors d'un vote interne pour le choix de la base commune de discussion du 38e Congrès. Parmi les quelque 30.000 votes exprimés, 42% ont plébiscité le texte porté par le chef du groupe communiste à l'Assemblée nationale, André Chassaigne, "Pour un Manifeste du Parti communiste du XXIe siècle", devant celui porté par la direction, à 37,99% des voix.

"Nous avons une nouvelle base commune pour discuter et pas de majorité à ce stade pour avancer", a constaté sur Twitter Pierre Laurent, évoquant un "immense défi à relever pour la construction commune, l'unité et le rassemblement des communistes jusqu'au congrès". André Chassaigne a salué pour sa part un "formidable signal d'espoir".

Le résultat du vote sera en tout cas sur la table au conseil national du week-end prochain.

(Edité par Yves Clarisse)


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