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Les "affaires" qui ternissent le quinquennat Macron

Les "affaires" qui ternissent le quinquennat Macron
Crédit photo © Reuters

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron, qui avait placé le début de son quinquennat sous le signe de la moralisation de la vie publique, ne cesse pratiquement depuis son arrivée à l'Elysée d'être confronté aux révélations de manquements présumés de membres de son entourage et de son gouvernement.

Certaines de ces "affaires" ont donné lieu à l'ouverture d'enquêtes par la justice, d'autres ont été classées sans suite mais toutes ont alimenté la guérilla d'une opposition qui peine par ailleurs à exister.

LAURA FLESSEL, UNE DÉMISSION PRÉVENTIVE ?

La démission surprise de la ministre des Sports, Laura Flessel, le 4 septembre, pour "raisons personnelles", serait en réalité liée, selon Le Canard Enchaîné, à l'intérêt porté par l'administration fiscale à son ancienne société, Flessel & Co, en cours de dissolution depuis un an.

La Direction générale des impôts aurait adressé un dossier à la Commission des infractions fiscales, précise l'hebdomadaire satirique dans sa dernière édition.

"Si ça arrive à ce niveau-là, c'est que l'administration fiscale a des billes et qu'il y a de fortes chances qu'une plainte pour fraude fiscale soit déposée à un moment ou un autre", estime une source familière de ce type de dossiers.

FRANÇOISE NYSSEN ET ACTES SUD

La ministre de la Culture est soupçonnée de s'être affranchie des règles d'urbanisme lors de l'agrandissement des locaux parisiens de la maison d'édition Actes Sud, qu'elle a dirigée avec son mari, Jean-Paul Capitani.

Le parquet de Paris a ouvert jeudi 23 août une enquête préliminaire sur cette affaire révélée par Le Canard enchaîné.

Françoise Nyssen avait déjà été épinglée par l'hebdomadaire satirique, qui avait évoqué des irrégularités lors de travaux effectués au siège d'Actes Sud, dans le centre classé d'Arles (Bouches-du-Rhône).

La ministre de la Culture, dont le bilan un peu plus d'un an après sa nomination en mai 2017 est contesté, avait alors regretté une "négligence".

Son passé de dirigeante d'Actes Sud lui a par ailleurs valu de se voir retirer la tutelle du secteur du Livre à la demande de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), soucieuse d'éviter un conflit d'intérêts.

Nombre d'observateurs la donnaient partante à la faveur du remplacement de Nicolas Hulot au portefeuille de la Transition écologique mais Emmanuel Macron a décidé de la garder.

AGNÈS BUZYN ET L'INSERM

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s'est vu privée, à son arrivée au gouvernement, de la tutelle sur l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), dirigé par son mari, Yves Lévy, depuis juin 2014.

En juin dernier, la perspective que ce dernier brigue un nouveau mandat avait suscité des remous dans la communauté scientifique et la revue médicale britannique The Lancet avait dénoncé l'"opacité" entourant la nomination du PDG de l'Inserm.

Yves Lévy a finalement annoncé le 30 juillet qu'il renonçait à briguer la direction de l'organisme de recherche. Il continue d'occuper ce poste par intérim.

ALEXANDRE BENALLA, L'ANGE GARDIEN DÉCHU

Le jeune chargé de mission, qui avait suivi Emmanuel Macron à l'Elysée après avoir assuré sa sécurité pendant la campagne présidentielle, a été mis en examen le 22 juillet à la suite de la diffusion d'une vidéo le montrant au milieu de CRS, casque sur la tête, malmenant de jeunes manifestants le 1er mai place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement de Paris.

Cette affaire, dont l'opposition s'est emparée au rythme des auditions de commissions d'enquête parlementaires retransmises en direct, a provoqué ce qui a été la crise politique la plus grave de ce début de quinquennat du chef de l'Etat, jusqu'à la démission de Nicolas Hulot.

Un gendarme réserviste salarié du parti présidentiel, La République en Marche (LaRem), Vincent Crase, qui se trouvait à ses côtés le 1er mai, a été mis en examen pour les mêmes faits.

Le parquet de Paris a ouvert le 30 juillet une autre enquête à la suite de deux plaintes pour des violences impliquant ces deux hommes le même jour, dans le Jardin des Plantes.

La présidence, qui avait d'abord mis à pied Alexandre Benalla, 26 ans, pendant 15 jours en mai, l'a finalement licencié après la révélation de ces faits par la presse.

ALEXIS KOHLER, SOUPÇONS AUTOUR DE LA COMPAGNIE MSC

Le parquet national financier (PNF) a ouvert début juin 2018 une enquête sur les conditions dans lesquelles le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, a pu exercer certaines fonctions publiques malgré des liens familiaux avec l'armateur italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC).

L'association de lutte anticorruption Anticor a porté plainte auprès du PNF pour prise illégale d'intérêt et trafic d'influence contre ce proche conseiller d'Emmanuel Macron.

Alexis Kohler est lié par sa mère aux Aponte, famille propriétaire de MSC, société dont il a été directeur financier d'août 2016 à mai 2017.

Or il a représenté à partir de 2010 l'Agence des participations de l'Etat (APE) auprès des Chantiers de l'Atlantique/STX France, dont l'armateur italo-suisse est un client, à partir de 2010.

Selon le site d'information Mediapart, c'est aussi à ce titre qu'il a approuvé des contrats entre une filiale de MSC et le port du Havre, où il siégeait au conseil de surveillance.

Toujours selon Mediapart, pendant la campagne présidentielle de 2017, il aurait plaidé auprès de l'Etat français la cause de MSC, dont il était alors salarié, dans le dossier des Chantiers de l'Atlantique/STX finalement repris par l'italien Fincantieri.

L'Elysée assure qu'Alexis Kohler "a toujours tenu sa hiérarchie informée" de ses liens personnels avec MSC" et s'est "systématiquement déporté de toute délibération et de toute décision ayant trait à cette entreprise".

MURIEL PÉNICAUD ET BUSINESS FRANCE

La ministre du Travail a été entendue comme témoin assisté le 22 mai 2018 au pôle financier du tribunal de Paris en tant qu'ex-patronne de Business France, dans le cadre d'une information judiciaire sur des soupçons de favoritisme.

La justice enquête sur les conditions dans lesquelles cet organisme de promotion de la France auprès des investisseurs étrangers a confié au publicitaire Havas l'organisation d'une coûteuse soirée autour d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie, en janvier 2016 à Las Vegas.

Le statut de témoin assisté a évité à Muriel Pénicaud une mise en examen synonyme de départ du gouvernement.

RICHARD FERRAND ET LES MUTUELLES DE BRETAGNE

Richard Ferrand, l'un des soutiens de la première heure d'Emmanuel Macron, a dû renoncer en juin 2017 à son portefeuille au gouvernement à la suite de l'ouverture par le parquet de Brest d'une enquête préliminaire sur ses activités passées à la tête des Mutuelles de Bretagne de 1998 à 2012.

Le parquet souhaitait alors établir s'il y avait lieu de le poursuivre pour avoir permis en 2011 à la société immobilière de sa compagne, Sandrine Doucen, d'emporter un marché lors de la location d'un local commercial par les Mutuelles de Bretagne.

Richard Ferrand avait finalement bénéficié d'un classement sans suite, en octobre 2017.

L'affaire a cependant rebondi en janvier 2018 avec l'ouverture par le PNF d'une information judiciaire pour prise illégale d'intérêts dans ce dossier, à la suite d'une plainte avec constitution de partie civile de l'association Anticor.

Richard Ferrand a obtenu en juillet 2018 que le tribunal de Paris soit dessaisi du dossier, dépaysé à Lille.

Si Emmanuel Macron n'a pu le reprendre au gouvernement, il a fait de Richard Ferrand le chef de file de sa majorité à l'Assemblée nationale. Après la nomination de François de Rugy au poste laissé vacant par Nicolas Hulot, Richard Ferrand fait désormais figure de favori pour la présidence de l'Assemblée.

BAYROU, SARNEZ ET GOULARD À PEINE NOMMÉS ET DÉBARQUÉS

Les éphémères ministres MoDem François Bayrou (Justice), Marielle de Sarnez (Affaires européennes) et Sylvie Goulard (Armées), ont renoncé à rester au gouvernement après les élections législatives de juin 2017 sur fond de soupçons d'emplois fictifs d'assistants au Parlement européen.

L'affaire des assistants parlementaires du Modem a donné lieu en juillet 2017 à l'ouverture d'une information judiciaire par le parquet de Paris pour abus de confiance, recel d'abus de confiance et escroqueries.

Sylvie Goulard a néanmoins été nommée à la Banque de France en janvier 2018, au poste de seconde sous-gouverneure.

HULOT ET DARMANIN ACCUSÉS ET BLANCHIS

Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, accusé de viol et d'abus de faiblesse par deux femmes dans la foulée de l'affaire Weinstein aux Etats-Unis a bénéficié de classements sans suite en février et mai 2018.

Il a été définitivement blanchi des accusations de viol de la première plaignante en août 2018.

Le journal Ebdo - disparu après quelques numéros - a pour sa part exhumé une plainte pour viol remontant à 2008 visant Nicolas Hulot, elle aussi classée sans suite la même année.

(Edité par Sophie Louet)


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