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Lente amélioration à Fukushima, l'OMS s'inquiète

Lente amélioration à Fukushima, l'OMS s'inquiète

par Risa Maeda et Kiyoshi Takenaka

TOKYO (Reuters) - Les ingénieurs japonais engagés dans une course contre la montre pour empêcher une catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima font de lents progrès mais les premiers signes d'irradiation inquiètent.

La contamination d'aliments issus de la région de Fukushima signifie que la crise est plus grave que prévu, a estimé lundi l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Tokyo Electric Power (Tepco), opérateur de la centrale de Fukushima-Daiichi endommagée par le séisme du 11 mars, est parvenu à connecter tous les réacteurs au réseau électrique et à relancer la pompe de refroidissement du réacteur n°5.

Pour les réacteurs 3 et 4, les plus gravement endommagés, les autorités continuent à limiter les dégâts en arrosant de milliers de tonnes d'eau de mer les réacteurs et leurs piscines de combustible usagé, en attendant de tester les systèmes de refroidissement.

De la fumée, dont on ignore l'origine, s'est échappée lundi des réacteurs 2 et 3, ce qui a entraîné l'évacuation d'une partie du personnel.

La pression continue d'augmenter dans le réacteur n°3, qui contient du plutonium et où les ingénieurs envisagent toujours de libérer de la vapeur et donc des particules radioactives.

Le Premier ministre japonais a malgré tout affiché son optimisme. "Nous voyons la lumière qui nous guide vers la sortie de crise", a dit Naoto Kan dans des propos rapportés par un responsable gouvernemental.

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, s'est dit certain que cette crise serait surmontée, sans dissimuler qu'elle était "très grave".

"OUF DE SOULAGEMENT"

Il n'est pas certain que les pompes de refroidissement puissent fonctionner mais dans tous les cas le raccordement au réseau électrique va faciliter l'arrivée d'eau, disent les experts, qui voient là un progrès significatif.

"Une fois que les réacteurs pourront être à nouveau inondés, on pourra pousser un ouf de soulagement car la phase un sera terminée", dit Laurence Williams, professeur de sûreté nucléaire à l'institut John Tyndall, en Grande-Bretagne.

Les vents ont jusqu'ici soufflé vers Tokyo, située à 240 km au sud de la centrale endommagée par le séisme et le tsunami qui ont fait plus de 21.000 morts et disparus.

La pluie s'est mise à tomber lundi sur le site, ce qui peut conduire à concentrer localement les dépôts de radioactivité au sol selon l'Autorité française de sûreté nucléaire.

À mesure que s'éloigne la menace d'une fusion des coeurs des réacteurs, la crainte de la contamination radioactive augmente.

Des épinards et du lait contaminés ont été détectés samedi et le ministère de la Santé a enjoint des habitants des zones proches de la centrale de ne pas boire l'eau du robinet en raison d'un niveau élevé d'iode radioactive.

"C'est bien plus grave que ce qu'on pensait les premiers jours lorsqu'on croyait que ce genre de problème pouvait être cantonné dans un rayon de 20 à 30 kilomètres", a expliqué Peter Cordingley, porte-parole de l'OMS pour la région Pacifique ouest.

Le Japon exporte beaucoup de fruits et légumes, de produits laitiers et de poissons et fruits de mer. La Chine et la Corée du Sud vont augmenter leur surveillance des produits japonais.

Peter Cordingley estime qu'"on peut raisonnablement supposer que des produits contaminés sont sortis de la zone de contamination."

EAU RADIOACTIVE

Des experts s'inquiètent aussi des conséquences pour l'environnement des mesures prises à la centrale.

"Où s'écoule l'eau de mer" utilisée pour refroidir les réacteurs, demande Najmedin Meshkati, chercheur à l'université de Californie du Sud. "Ces sont maintenant des eaux usées radioactives (...) J'aimerais savoir ce que l'on fait de cette eau, est-ce qu'on la récupère ou est-ce qu'on la laisse simplement couler jusqu'à la mer. C'est la partie immergée de la catastrophe", poursuit Meshkati.

Les autorités japonaises ont reconnu qu'un peu de cette eau pourrait se retrouver dans l'océan mais doutent que cela ait un quelconque effet sur la santé humaine.

Parallèlement à cette crise se poursuivent les efforts pour retrouver des survivants du séisme de magnitude 9.0 et du mur d'eau de dix mètres de haut qui ont balayé le nord-est du pays.

Le dernier bilan fait état de 8.805 morts et 12.564 disparus mais la police dit redouter plus de 15.000 morts dans la seule préfecture de Miyagi, la plus touchée par la catastrophe.

Il restait lundi soir quelque 320.000 sans-abri, essentiellement dans le nord du pays où la neige et des températures glaciales entravent le travail des secours.

Le séisme et le tsunami pèseront ces prochains mois sur la croissance économique nippone mais la reconstruction, qui pourrait durer cinq ans, redonnera ensuite un coup de fouet à l'économie, a estimé la Banque mondiale dans un rapport publié lundi.

L'agence RMS estime que la catastrophe naturelle a coûté entre 200 et 300 milliards de dollars en pertes économiques. Le séisme de Kobé, qui a fait plus de 6.400 morts en 1995, avait coûté quelque 100 milliards de dollars.

Jean-Stéphane Brosse et Clément Guillou pour le service français, édité par Gilles Trequesser


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