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Le régime syrien prié de faciliter une enquête de l'Onu

Le régime syrien prié de faciliter une enquête de l'Onu

par Erika Solomon

BEYROUTH (Reuters) - La pression internationale s'accentue sur le régime syrien pour qu'il autorise leurs experts présents à Damas à inspecter les faubourgs est de la capitale touchés par une attaque présumée au gaz neurotoxique.

Pour leur part, les rebelles, qui diffusent depuis mercredi des images saisissantes de victimes présumées qui ont fait le tour du monde, s'emploient à transmettre des échantillons et des prélèvements aux experts de l'Onu.

Le président Barack Obama a fait part de sa "grave préoccupation" tout en prenant soin d'ajouter qu'il n'était pas question pour les Etats-Unis de "s'embourber" dans une nouvelle et coûteuse guerre.

"L'équipe de l'Onu a parlé avec nous et depuis, nous avons préparé des échantillons de cheveux, de peau et de sang et nous les convoyons à Damas grâce à des messagers de confiance", a déclaré Abou Nidal, un opposant s'exprimant d'Arbin, une ville sous contrôle rebelle.

L'opposition syrienne accuse les forces loyalistes d'avoir lancé des attaques chimiques et tué des centaines d'habitants dans la plaine de la Ghouta, à l'est de Damas.

D'autres opposants dans la région disent eux aussi avoir préparé des échantillons mais ajoutent qu'ils n'ont pas trouvé le moyen de pénétrer dans l'hôtel où sont logés les inspecteurs. "Le problème, c'est de localiser la commission de l'Onu dans l'hôtel. Ils sont sous bonne garde, surveillés par les gorilles du régime", explique un insurgé.

Les opposants affirment être en possession, en plus des échantillons, de photographies des sites bombardés, de prélèvements du sol et de témoignages écrits.

Les Nations unies disposent à Damas depuis dimanche d'une équipe d'experts en armes chimiques qui a été missionnée pour déterminer si des armes chimiques ont précédemment été utilisées dans le conflit syrien. L'Onu s'efforce désormais d'élargir son mandat pour qu'elle puisse enquêter sur l'attaque présumée de mercredi.

Le gouvernement du président Bachar al Assad n'a, pour l'heure, donné aucune réponse aux demandes de l'Onu.

OBAMA RESTE PRUDENT

Dans un entretien diffusé vendredi sur CNN, Barack Obama est resté prudent en estimant que la communauté internationale devait s'efforcer d'en savoir plus sur le sujet.

"Ce que nous avons vu indique qu'il s'agit clairement d'un événement important, un sujet de grave préoccupation", a déclaré le président américain en invitant le gouvernement de Damas à autoriser une enquête exhaustive. "Nous n'attendons pas de coopération, étant donné leur passé", a-t-il toutefois ajouté en forme d'aveu d'impuissance.

Une attaque chimique, si elle est avérée, serait "très problématique", explique Barack Obama. "Cela commencerait à toucher certains intérêts nationaux vitaux des Etats-Unis, d'abord parce que nous devons nous assurer que les armes de destruction massive ne prolifèrent pas et ensuite parce que nous devons protéger nos alliés, nos bases dans la région.

"C'est une chose qui va requérir l'attention de l'Amérique et je l'espère l'attention de l'ensemble de la communauté internationale". Il reconnaît toutefois que le coût humain et financier de la guerre en Afghanistan l'a rendu prudent.

"Il est parfois exagéré de penser que les Etats-Unis peuvent résoudre d'une manière ou d'une autre un problème religieux complexe à l'intérieur de la Syrie."

"Les Etats-Unis sont toujours le seul pays dont on attend qu'il fasse plus que de protéger ses frontières. Mais cela ne veut pas dire que nous devons nous impliquer à tout bout de champ. Il nous faut penser en termes stratégiques à la lumière de nos intérêts nationaux à long terme", a-t-il tempéré.

Interrogé par CNN sur ses propos tenus il y a un an sur la "ligne rouge" que constituerait, à ses yeux, un recours aux armes chimiques, Barack Obama répond évasivement:

"Si les Etats-Unis interviennent militairement dans un pays tiers sans mandat de l'Onu et sans que des preuves évidentes ne puissent être présentées, alors se poseront des questions au regard du droit international".

"S'AFFRANCHIR DES BLOCAGES DE L'ONU"

A Séoul, le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon a déclaré: "Je ne vois aucune bonne raison pour qui que ce soit, forces du gouvernement ou de l'opposition, de décliner cette invitation à aller au coeur de la vérité".

Pour le médiateur de l'Onu et de la Ligue arabe, l'Algérien Lakhdar Brahimi, cette affaire devrait permettre aux grandes puissances divisées sur le sujet - Russes et Chinois continuent de faire cavalier seul au Conseil de sécurité de l'Onu - de redoubler d'efforts en vue d'une nouvelle conférence internationale de type Genève II.

Moscou, qui pousse toutefois son allié Bachar al Assad à accepter une enquête, a accusé vendredi l'opposition syrienne d'empêcher une enquête objective sur l'attaque chimique présumée.

"Les signaux en provenance de l'opposition qui auraient été nécessaires, notamment montrer qu'elle était prête à garantir la sécurité et le travail efficace des experts de l'Onu sur un territoires contrôlé par des activistes, n'apparaissent malheureusement pas", a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

"Cela empêche justement une enquête objective sur l'utilisation possible d'armes chimiques en Syrie."

Pour la Chine, aucune partie en conflit ne doit préjuger du résultat de l'enquête.

La Grande-Bretagne, autre membre permanent du Conseil de sécurité, a mis directement en cause les forces loyales à Bachar al Assad en ajoutant que le gouvernement syrien avait "quelque chose à cacher".

"Je sais que certains dans le monde aimeraient pouvoir dire qu'il s'agit d'une forme de complot fomenté par l'opposition en Syrie", a dit le secrétaire au Foreign Office, William Hague. "A mon avis, cette probabilité est extrêmement faible et en fait, nous pensons que c'est une attaque chimique du régime Assad."

En France, l'ancien ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac, Alain Juppé, maire de Bordeaux, a pris une position en flèche en invitant la communauté internationale à "s'affranchir des blocages" persistants au sein du Conseil de sécurité pour venir en aide militairement à la "résistance syrienne".

La situation humanitaire sur le terrain s'aggrave: d'après l'Unicef et le HCR, le nombre d'enfants syriens contraints à fuir leur pays atteint désormais le million, soit la moitié du nombre total de réfugiés syriens chassés depuis mars 2011.

Avec Jack Kim à Séoul, Stéphanie Nebehay à Genève et Marinne Pennetier à Paris; Jean-Stéphane Brosse et Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Danielle Rouquié


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