»
»
»
Consultation

Le procès Méric retardé par un contrôle de police

Le procès Méric retardé par un contrôle de police
Crédit photo © Reuters

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La première audience du procès de trois ex-skinheads devant la cour d'assises de Paris pour la mort, il y a cinq ans, du jeune militant antifasciste Clément Méric, a été perturbée mardi par le retard d'un des accusés, retenu par un contrôle de police.

Esteban Morillo, agent de sécurité, et Samuel Dufour, boulanger, 25 ans tous les deux, doivent être jugés pour coups mortels aggravés, en réunion et avec une arme. Ils sont passibles de 20 ans de prison.

Le troisième prévenu, Alexandre Eyraud, encourt cinq ans de prison pour des coups portés contre deux camarades de Clément Méric. Les trois sont aujourd'hui libres, sous contrôle judiciaire.

Esteban Morillo et Alexandre Eyraud se sont présentés au tribunal avec leurs avocats en début de matinée. Mais plus d'une heure après l'heure prévue pour la première audience, Samuel Dufour était "introuvable" et "injoignable", selon les termes de la présidente de la cour, qui a suspendu l'audience jusqu'au début de l'après-midi.

"Hier, il avait peur des représailles et craignait que cela se passe mal à son arrivée. Il a peur des enjeux", a expliqué dans un premier temps à des journalistes un de ses avocats, Me Julien Fresnault. Samuel Dufour s'était déjà distingué pendant l'enquête en ne se présentant pas à la reconstitution des faits.

Me Fresnault faisait finalement savoir en fin de matinée que son client avait été interpellé pour un contrôle d'identité mardi matin à son arrivée au palais de justice, ce que Samuel Dufour a confirmé à la reprise de l'audience en début d'après-midi.

"Il y avait des manifestations. Apparemment ils cherchaient des signalements comme le mien (...). Je n'avais pas ma convocation", a expliqué le jeune homme aux cheveux ras, retenu près d'une heure et demie dans un commissariat voisin au moment où il aurait dû se présenter à la cour.

Le 5 juin 2013, la rencontre fortuite d'un petit groupe de militants antifascistes et de "skinheads" proches du mouvement d'extrême droite "Troisième voie" lors d'une vente privée de vêtements dans le quartier des grands magasins, à Paris, avait tourné à la bagarre de rue après des provocations verbales.

"PAS UNE BAGARRE, UNE AGRESSION"

Frappés à plusieurs reprises au visage, Clément Méric, un étudiant en sciences politiques de 18 ans originaire de Brest, s'était effondré. Ce jeune homme frêle, soigné pour une leucémie, était décédé le lendemain des suites d'une hémorragie cérébrale.

Sa mort avait suscité une vive émotion et des manifestations dénonçant la violence de l'extrême droite. Le gouvernement socialiste de l'époque avait décidé de dissoudre "Troisième voie" ainsi que deux autres organisations de l'ultra-droite, "L'Oeuvre française" et les "Jeunesses nationalistes révolutionnaires".

Esteban Morillo, que des témoins ont entendu crier "One shot!" ("Un de chute!") après que Clément Méric se fut effondré, a reconnu pendant l'enquête avoir porté deux des coups potentiellement mortels.

Plusieurs témoignages mettent aussi en cause Samuel Dufour, ce qui a conduit l'accusation à les considérer comme les coauteurs des coups mortels, bien que Samuel Dufour maintienne qu'il n'a pas frappé Clément Méric.

La cour d'assises devra également établir s'ils ont utilisé des "coups de poing américains" comme l'ont déclaré des témoins, ce que les deux prévenus nient.

Les avocats d'Esteban Morillo, Mes Patrick et Antoine Maisonneuve, entendent défendre la thèse d'une rixe qui a mal tourné et plaider la légitime défense".

Mais pour l'avocate de la famille Méric, Me Cosima Ouhioun, "ce n'est pas une bagarre, c'est une agression".

A leur arrivée au tribunal, Agnès et Paul-Henry Méric, les parents de la victime, ont pour leur part déclaré aux journalistes présents qu'ils espéraient que ce procès serait celui "des violences de l'extrême droite".

"Les agresseurs de Clément appartenaient à une mouvance politique d'inspiration néo-nazie qui fait de la violence un procédé d'action privilégié", ont-ils dit dans une brève déclaration.

Selon ses avocats, Esteban Morillo, qui s'est laissé pousser les cheveux et était vêtu mardi matin d'une veste et d'une chemise sombres, "n'a plus aucun lien avec Troisième voie" et le leader du groupe dissous, Serge Ayoub.

Serge Ayoub est l'un des témoins convoqués. Mais dans un courrier lu à l'audience par la présidente, il a fait état de raisons médicales et de craintes pour sa sécurité l'empêchant de se présenter.

L'avocat général et la présidente de la cour ont maintenu leur souhait de l'entendre, au besoin en recourant à la contrainte, ainsi qu'un autre membre du groupe de "skinheads" de 2013, Stéphane Calzaghe, qui a pour sa part prétexté des vacances en Corse pour ne pas venir témoigner.

Samuel Dufour n'a plus pour sa part "aucune appartenance d'aucune nature", assure son autre avocat Me Antoine Vey.

(Edité par Sophie Louet)


click here for restriction
©2018 Reuters

Reuters

Nombre de caractères autorisé : 500

Déjà inscrit ? Connectez-vous

Pas encore inscrit? Inscrivez-vous en quelques secondes !

Partenaires de Boursier.com