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Le gouvernement fait volte-face sur les carburants

Le gouvernement fait volte-face sur les carburants
Crédit photo © Reuters

PARIS (Reuters) - Le gouvernement a annoncé mardi la suspension de trois mesures fiscales qui devaient entrer en vigueur le 1er janvier, dont la hausse de la taxe carbone, une volte-face justifiée par la volonté d'éviter la répétition des graves violences commises samedi lors de la manifestation des "Gilets jaunes".

En dépit des exhortations des manifestants, de quasiment toute l'opposition et d'une part croissante de la majorité, l'exécutif s'était jusqu'à présent refusé à tout moratoire des hausses de la taxe sur les carburants au nom de la "cohérence" et de la nécessité d'accélérer la transition énergétique.

Mais les scènes de chaos sur les Champs-Elysées samedi dernier et les nouveaux appels à manifester le week-end prochain ont contraint le gouvernement à lâcher du lest.

"Fixer le cap et le tenir est une nécessité pour gouverner la France mais aucune taxe ne mérite de mettre en danger l'unité de la Nation", a souligné Edouard Philippe lors d'une allocution télévisée de 10 minutes à Matignon.

"Depuis le début du mouvement, quatre de nos compatriotes ont trouvé la mort, plusieurs centaines de citoyens, en particulier des membres de nos forces de l'ordre, ont été blessés, parfois gravement", a-t-il poursuivi.

Trois mesures fiscales qui devaient entrer en vigueur le 1er janvier prochain - la hausse de la taxe carbone sur l'essence, le fioul et le diesel, la convergence de la fiscalité du diesel avec celle de l'essence et la hausse de la fiscalité sur le gazole entrepreneur non routier - vont être suspendues pour six mois dans un souci "d'apaisement".

Les taxes sur l'essence devaient augmenter de 2,9 centimes par litre au 1er janvier, celles sur le diesel de 6,5 centimes.

"Elles ne s'appliqueront pas avant d'être débattues avant toutes les parties prenantes", a dit Edouard Philippe. "Nous voulons dans ce laps de temps identifier et mettre en oeuvre des mesures d'accompagnement justes et efficaces. Si nous ne les trouvons pas, nous en tirerons les conséquences".

CONCERTATION DU 15 DÉCEMBRE AU 1ER MARS

Critiquées par les "Gilets jaunes", les nouvelles modalités du contrôle technique seront elles suspendues pour six mois, le temps de "trouver les justes adaptations". Une "prime mobilité" pourrait également voir le jour afin d'aider "les personnes travaillant loin de leur domicile".

Quant aux tarifs de l'électricité et du gaz, ils resteront stables "durant la concertation et donc pas durant l'hiver", a assuré le Premier ministre, sans plus de précisions. Les précédentes tentatives d'un gouvernement de geler les tarifs de l'électricité, notamment en 2014 sous le quinquennat de François Hollande, avaient été annulées par le Conseil d'Etat.

Ces mesures amputeront les recettes de l'Etat de deux milliards d'euros en 2019, a déclaré une source gouvernementale à Reuters, un coût qu'Edouard Philippe s'est engagé à compenser par une baisse des dépenses publiques.

Grâce à elles, le gouvernement espère que la "grande concertation territoriale" de trois mois promise par Emmanuel Macron pourra trouver des solutions dans la sérénité. Elle aura lieu du 15 décembre au 1er mars et associera organisations syndicales, patronales, ONG, associations, collectivités locales. Elle "devra déboucher sur des traductions concrètes dans la vie quotidienne de nos compatriotes".

SUFFISANT?

Reste à déterminer si l'annonce suffira à désamorcer la fronde des "Gilets jaunes", qui manifestent depuis plus de deux semaines en France et dont les revendications se sont élargies, entre autres, à la question du pouvoir d'achat en général.

Au vu des premières réactions, la partie semble loin d'être gagnée.

"Ce n'est pas ce que nous souhaitions, nous ne souhaitions pas un moratoire mais l'annulation", a dit sur BFM TV Benjamin Cauchy, un des porte-paroles du collectif des "Gilets jaunes libres".

Même déception sur Eric Drouet, autre porte-parole des "Gilets jaunes" qui a appelé à manifester samedi.

"C'est malheureux mais (...) c'est le seul moyen de montrer que pratiquement tous les 'Gilets jaunes' ne sont pas du tout d'accord avec les mesures annoncées. Et de toute façon, ça continuera tant qu'il n'y aura pas de réels changements".

Pour Christian Jacob, président du groupe Les Républicains (LR) à l'Assemblée nationale, le "gouvernement est complètement acculé, pris de panique."

"Le Premier ministre a présenté ses mesures au groupe au lieu de les présenter à la représentation nationale, c'est n'importe quoi", a-t-il dit à des journalistes, à la veille d'un débat prévu à l'Assemblée nationale qui sera suivi d'un vote.

Le secrétaire national d'Europe écologie-Les Verts, David Cormand, a déploré les annonces du gouvernement, estimant sur LCI que l'écologie et le social "y perdaient parce que le prix de l'essence va continuer d'augmenter avec ou sans taxe."

"Six mois ? Six mois... Sûrement un hasard si ça nous porte juste quelques jours après les élections européennes 2019", a de son côté déclaré la présidente du Rassemblement national (ex-FN) Marine Le Pen sur Twitter.

Silencieux depuis son retour du G20 en Argentine dimanche, Emmanuel Macron, dont la cote de popularité poursuit sa chute dans les sondages, n'a pas prévu de s'exprimer à ce stade, selon l'Elysée, où l'on nie par ailleurs tout recul.

"Se donner trois mois d'un débat intense, ce n'est pas botter en touche", a renchéri Edouard Philippe mardi à l'Assemblée nationale.

(Marine Pennetier et Simon Carraud, avec Myriam Rivet, Julie Carriat et Sophie Louet, édité par Yves Clarisse)


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