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Le coronavirus assombrit les perspectives de l'industrie du luxe pour 2020

Le coronavirus assombrit les perspectives de l'industrie du luxe pour 2020
Crédit photo © Reuters

par Silvia Aloisi

MILAN (Reuters) - De Burberry à Estée Lauder, les grandes maisons de luxe tentent de chiffrer le coût de l'épidémie de coronavirus en Chine, fermant des boutiques et révisant à la baisse leurs perspectives financières tandis que leur premier marché mondial est pratiquement à l'arrêt.

"Les centres commerciaux sont fermés, quelques boutiques restent ouvertes mais sur des plages horaires réduites et, par-dessus tout, il n'y a pas de circulation", note Stefano Sassi, patron de la maison italienne Valentino.

"Depuis la mi-janvier, ajoute-t-il, toutes les marques du luxe ont été touchées."

Après Estée Lauder, Capri - la holding coiffant Michael Kors, Versace et Jimmy Choo -, et Tapestry, Burberry a ajouté vendredi son nom à la liste de plus en plus longue des entreprises du secteur ayant alerté les marchés financiers sur l'impact significatif que l'épidémie de 2019-nCoV aura sur ses comptes. Le groupe britannique a retiré ses perspectives pour 2020 et annoncé la fermeture d'un tiers de ses 64 magasins en Chine continentale.

Pour l'heure, les dépenses en Europe de touristes chinois n'ont pas été trop affectées. Mais avec l'accroissement des restrictions de déplacement, Burberry s'attend à ce que la situation se dégrade sur ce front aussi dans les semaines à venir.

Jean-Paul Agon, le PDG de L'Oréal, a souligné vendredi que le géant mondial des cosmétiques avait connu un bon mois de janvier avant que les choses ne deviennent plus difficiles avec le coronavirus. Le commerce en ligne, qui représente 50% de ses ventes en Chine, devrait toutefois amortir le choc.

SECONDE LAME

L'épidémie partie de Wuhan, dans le Hubei, a eu l'effet d'une seconde lame pour ce secteur d'activité qui avait déjà payé son écot aux troubles politiques à Hong Kong, l'une des cinq principales plateformes mondiales du luxe.

A des degrés divers, la plupart de ces marques avaient réussi à compenser par une forte croissance en Chine continentale les effets négatifs de la contestation dans l'ex-colonie britannique.

L'apparition du coronavirus a brutalement coupé cette voie de contournement. Avec un effet d'autant plus spectaculaire que l'épidémie a éclaté au moment du Nouvel an lunaire, période de consommation effrénée - l'an dernier, les Chinois ont dépensé 150 milliards de dollars pour ces fêtes.

"Cette période va être très difficile pour les marques de luxe qui devraient assister à une chute significative de leurs ventes sur leur trimestre à venir", indique Ben Cavender, directeur général du China Market Research Group à Shanghai.

Analyste chez Jefferies, Flavio Cereda a réduit de 5 à 1% son anticipation de croissance sur l'année du secteur, à changes constants. "Le manque à gagner est de l'ordre de 12 milliards d'euros et le risque est de faire de cette année une année blanche", écrit-il dans une note prédisant un effondrement de 35% des dépenses chinoises dans le luxe sur le premier trimestre 2020.

A l'échelle de la planète, les acheteurs chinois comptent pour plus d'un tiers des dépenses en produits de luxe. Ils effectuent pour l'essentiel leurs achats quand ils sont en déplacement à l'étranger.

Ces dix dernières années, c'est eux qui ont servi de moteur à la croissance échevelée du secteur. La firme de consultant Bain & Company leur attribue 90% de l'accroissement des ventes du secteurs l'an dernier, passées à 281 milliards d'euros.

(version française Henri-Pierre André, édité par Jean-Michel Bélot)


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