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Le clan Drahi reprend la main sur Altice, mais la défiance demeure

Le clan Drahi reprend la main sur Altice, mais la défiance demeure

Crédit photo © Reuters

par Gwénaëlle Barzic et Sophie Sassard

PARIS/LONDRES (Reuters) - Patrick Drahi a repris les rênes de son groupe de télécoms, de câble et de médias Altice en remerciant son directeur général Michel Combes et en plaçant des fidèles aux postes-clefs, sans parvenir pour l'instant à stopper la défiance des marchés.

L'action de la holding basée à Amsterdam a perdu un tiers de sa valeur depuis l'annonce voici une semaine de résultats trimestriels jugés décevants.

Vendredi, le titre cédait de nouveau 2,81% à 10,36 euros juste avant la clôture de la Bourse de Paris.

Ancien d'Alcatel, France Télécom et Vodafone, Michel Combes, 55 ans, avait été recruté il y a deux ans pour redresser l'opérateur français SFR en difficultés.

Sous sa houlette, l'opérateur s'est engagé dans une boulimie d'achats dans les contenus, acquérant à prix d'or des droits sportifs prestigieux, des séries et des médias alors que ses clients fuyaient en masse un réseau à la qualité dégradée et un service client jugé insatisfaisant, soulignent plusieurs banquiers et analystes.

"Il y a cette impression générale qu'il a mis la charrue avant les boeufs", estime un banquier proche d'Altice.

Selon plusieurs sources, Michel Combes a également pâti de sa difficulté à trouver sa place dans l'organisation d'Altice et de ses difficultés à s'entendre avec plusieurs hauts gradés du groupe, pour certains compagnons d'aventure de longue date de Patrick Drahi.

Le fondateur et actionnaire de contrôle d'Altice, qui n'occupait plus de rôle de premier plan dans l'organigramme de sa holding, prend la présidence du conseil avec l'objectif de superviser la stratégie et son exécution, en particulier en France où se concentrent les difficultés.

Michel Combes est par ailleurs remplacé par le bras droit de Patrick Drahi, Dexter Goei, qui dirigeait jusque-là les activités d'Altice aux Etats-Unis tandis que d'autres fidèles comme Armando Pereira et Jérémie Bonnin sont désignés à des postes-clefs.

Le nouvel organigramme, censé clarifier la répartition des rôles au sein du groupe, suscite cependant des interrogations.

"Les changements organisationnels sont censés aligner les intérêts des actionnaires avec ceux des dirigeants du groupe et tenter de restaurer la confiance des investisseurs mais nous ne sommes pas convaincus que cela soit le cas car nous estimons que la nouvelle gouvernance apporte plus de questions que de réponses", estiment les analystes de Bryan Garnier.

"LA FIN DU RÊVE"

"La concentration de la nouvelle gouvernance autour de gradés historiques d'Altice pourraient laisser penser que le groupe éprouve des difficultés à faire venir et à retenir de hauts dirigeants du secteur", ajoutent-ils dans une note.

Pour un connaisseur du groupe, la réaction du titre vendredi montre que la défiance des marchés s'étend au-delà du cas particulier de Michel Combes.

"La vie de l'entreprise ce n'est pas seulement avoir la bonne stratégie, il faut aussi l'exécuter et revenir aux fondamentaux : la marque, le service client, la qualité de service. C'est cela qui joue à long terme", souligne cette source.

Les difficultés d'Altice en Europe ont ravivé les interrogations sur une stratégie basée sur des acquisitions à marche forcée financée par de la dette et les réductions de coûts à coups de serpe dans un contexte de remontée inéluctable des taux d'intérêt.

"C'est un peu la fin du rêve: ils ne peuvent plus faire rêver avec le câble américain, le M&A en France, la course aux médias. Maintenant il va falloir montrer des résultats concrets sur SFR", souligne le banquier cité précédemment.

La chute du titre en Bourse a automatiquement fait remonter le ratio du groupe de dette nette/equity, de 2,2 à la fin du premier semestre à 4,2 selon les calculs de Bryan Garnier, ce qui pourrait durcir les conditions de financement du M&A et de refinancement de la dette.

Altice, dont 85% de la dette est à taux fixe, n'a toutefois pas d'échéance majeure avant 2022.

Il a jusqu'ici, avec une grande facilité, refinancé pour 36 milliards d'euros de dette sur les 18 mois derniers mois, profitant de l'appétence pour les hauts rendements dans un contexte de taux bas.

S'il a prouvé ses talents d'orfèvre financier et sa capacité à tailler dans les coûts, Patrick Drahi, dont l'attention s'était concentrée sur les Etats-Unis ces derniers trimestres, va devoir désormais montrer qu'il peut aussi faire revenir les abonnés en France, sans fusible à évincer en cas de contreperformance.

(Edité par Jean-Michel Bélot)


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