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Le Brésil, rarement autant divisé, élit son président

Le Brésil, rarement autant divisé, élit son président
Crédit photo © Reuters

par Anthony Boadle

BRASILIA (Reuters) - Les Brésiliens sont appelés dimanche aux urnes pour une élection présidentielle qui a rarement autant divisé le pays et pourrait aboutir à l'élection d'un député d'extrême droite nostalgique de la dictature militaire, que les derniers sondages parus samedi soir donnent nettement favori du premier tour du scrutin.

Jair Bolsonaro, décrit par certains comme le "Donald Trump tropical", a accru ces dernières semaines son avance dans les intentions de vote sur son principal rival, Fernando Haddad, déclaré candidat du Parti des travailleurs (PT, gauche) le mois dernier en remplacement de l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, inéligible.

Ancien officier âgé de 63 ans, Bolsonaro a convaincu de nombreux Brésiliens de voter pour lui en raison de positions très dures contre l'insécurité et une carrière exempte d'accusations de corruption, alors que le PT est impliqué dans l'un des plus vastes scandales de corruption mis au jour.

Mais il fait aussi office de repoussoir pour une grande partie de l'électorat en raison de propos jugés homophobes ou misogynes.

Des Brésiliens s'inquiètent aussi de l'impact sur la démocratie qu'aurait l'élection de Bolsonaro, qui n'a cessé par le passé de confier sa nostalgie pour l'époque où le Brésil était sous l'emprise d'une dictature militaire (1964-1985). Nombreux sont ceux qui ne croient pas à la promesse de campagne faite par Bolsonaro de respecter les idéaux démocratiques.

UN BOND DANS LES SONDAGES

Selon un sondage Ibope diffusé samedi soir par la chaîne Globo, Jair Bolsonaro est crédité de 36% des intentions de vote pour le premier tour, soit un gain de quatre points par rapport au précédent sondage de l'institut, et Fernando Haddad de 22%, soit une perte d'un point.

Bolsonaro obtiendrait 36% des intentions de vote selon un autre sondage, réalisé par l'institut Datafolha, soit un gain d'un point par rapport à la précédente enquête d'opinion publiée en fin de semaine. Fernando Haddad reste crédité de 22% des voix.

D'après Datafolha, les deux candidats se trouveraient au coude-à-coude en cas de second tour, prévu le 28 octobre si aucun des candidats n'obtient la majorité au premier tour du scrutin.

Les bureaux de vote ouvrent à 11h00 GMT et fermeront à 20h00 GMT. Les sondages à la sortie des urnes devraient être connus à 22h00 GMT, et les premiers résultats annoncés peu après grâce au système de vote électronique.

Les 147 millions d'électeurs vont aussi désigner les 513 députés de la chambre basse du Congrès et voter pour renouveler les deux tiers des 81 sièges du Sénat.

Près des deux tiers des électeurs vivent dans le sud du pays, où se trouvent les deux plus grandes villes brésiliennes, Sao Paulo et Rio de Janeiro, qui penchent en faveur de Jair Bolsonaro. Un quart des électeurs résident dans des zones moins développées dans le nord-est du pays, bastion historique du PT.

Jair Bolsonaro s'est envolé pendant l'été dans les sondages en surfant sur la colère des Brésiliens contre la corruption de la classe politique et l'insécurité. Il a notamment promis d'assouplir la législation sur le contrôle des armes à feu afin que les Brésiliens puissent s'armer contre les criminels.

Cet ancien capitaine de l'armée est massivement soutenu par l'électorat évangéliste grâce à son hostilité à la légalisation de l'avortement, du mariage homosexuel ou de la consommation de stupéfiants.

"NOUS AVONS TOUT"

Dans une ultime intervention samedi soir via une vidéo diffusée en direct sur Facebook, Bolsonaro a appelé les Brésiliens à l'aider à nettoyer le système politique afin que le pays puisse exploiter ses ressources agricoles et minérales.

"Nous avons tout. Ce qu'il nous faut, ce sont des politiciens attachés à leur pays et non aux intérêts d'un parti", a-t-il dit depuis son domicile, où il se remet de plusieurs interventions chirurgicales après avoir été poignardé lors d'un meeting le 6 septembre dernier.

Jair Bolsonaro, dont le programme économique reste encore très flou, a promis de procéder à des privatisations afin de réduire le déficit budgétaire du pays.

Fernando Haddad, qui se décrit comme modéré, souhaite stimuler les investissements publics et abandonner toute privatisation.

L'ancien maire de Sao Paulo, qui était samedi dans l'Etat de Bahia, dans le nord-est du Brésil, coeur du soutien du PT où Bolsonaro a cependant progressé dans les sondages, a tenté de convaincre les indécis.

Il a critiqué Bolsonaro pour n'avoir pas pris part au débat télévisé organisé jeudi soir qui marquait la fin de la campagne électorale. Bolsonaro a expliqué respecter les consignes des médecins après l'attaque dont il a été victime.

Bolsonaro veut "gagner au premier tour du scrutin sans avoir à débattre et cela est mauvais pour la démocratie", a dit Haddad.

"Nous avons la faculté de vaincre le danger que représente Bolsonaro pour les acquis sociaux, le civisme, la solidarité et le respect mutuel", a-t-il ajouté.

(Jean Terzian pour le service français)


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