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La suppression de l'Ena, serpent de mer en France

La suppression de l'Ena, serpent de mer en France
Crédit photo © Reuters

par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - La suppression de l'Ecole nationale d'administration, une des mesures envisagées selon certains médias par Emmanuel Macron en réponse à la crise des "Gilets jaunes", a été évoquée à plusieurs reprises ces dernières décennies - sans jamais aboutir.

Créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par le général de Gaulle, cette école avait pour vocation initiale de démocratiser l’accès à la haute fonction publique et de professionnaliser la formation des hauts fonctionnaires.

Mais près de 75 ans après, l'école strasbourgeoise, qui accueille chaque année des milliers d'élèves et d'auditeurs, continue d'être accusée par ses détracteurs de contribuer à la reproduction des élites et de former des hauts fonctionnaires déconnectés des réalités du terrain.

Tout en refusant d'attaquer "une école de la République", Emmanuel Macron, issu de l'Ena, avait lui-même dénoncé en 2017 les épreuves du concours d'entrée, qui selon lui contribuait parfois à "creuser les inégalités".

En 2018, alors président, il avait renchéri lors d'un discours devant la Cour des comptes, en appelant à une modification des règles de sortie de l'école afin de "tenir compte des priorités gouvernementales".

Selon plusieurs médias, le chef de l'Etat envisagerait désormais d'aller plus loin et d'annoncer la suppression de l'école, une demande apparue dans les contributions au "grand débat" national organisé en réponse à la crise des "Gilets jaunes".

"Si nous voulons bâtir une société de l’égalité des chances et de l’excellence républicaine, il nous faut refonder les règles du recrutement, des carrières et de l’ouverture de la haute fonction publique", aurait déclaré, selon certains médias, Emmanuel Macron dans une allocution enregistrée lundi soir mais dont la diffusion a été reportée compte tenu de l'incendie à Notre-Dame.

"Je crois dans l’excellence républicaine et nous avons besoin d’une élite, de décideurs. Simplement, cette élite doit être à l’image de la société et être sélectionnée sur des bases exclusivement méritocratiques", a-t-il ajouté, selon le texte de son allocution dont des extraits ont été publiés par Le Figaro. "C'est pourquoi nous changerons la formation, la sélection, les carrières en supprimant l’Ena et plusieurs autres structures pour en rebâtir l’organisation profonde".

"POPULISME"

La potentielle suppression de l'Ena a été dénoncée notamment par le député Les Républicains (LR) Julien Aubert, diplômé comme Emmanuel Macron de la promotion Senghor en 2004.

"Qui fait du populisme ? L'énarque Emmanuel Macron prêt à sacrifier sa propre école pour gagner quelques points de popularité ? Ce serait lamentable. C’est la méthode du #RSI : ripolinage marketing", a fustigé l'élu sur son compte Twitter.

L'Elysée a fait savoir dans un communiqué qu'elle ne confirmait ni ne commentait les fuites dans la presse, précisant que le chef de l'Etat s'exprimerait "en temps voulu".

Avant Emmanuel Macron, plusieurs dirigeants politiques - de François Bayrou à Michel Rocard en passant par l'ancien président Jacques Chirac - ont appelé ces dernières années à la suppression de l'Ena.

En 2016, l'actuel ministre de l'Economie Bruno Le Maire, alors candidat à la primaire de la droite et du centre pour la présidentielle de 2017, avait estimé qu'il était "temps de supprimer l'Ena".

L'école "a rempli son office pendant des années, formé des fonctionnaires de grande qualité. Mais nous entrons dans un monde nouveau: celui des entrepreneurs, de la créativité, de l'innovation", avait-il fait valoir.

Selon une étude du Cevipof publiée en 2015 à l'occasion des 70 ans de l'école fondée par Michel Debré, le recrutement ne s'est pas démocratisé et n'a pas permis le brassage social espéré au moment de sa création. "La proportion d’élèves ayant un père exerçant une profession supérieure" est entre autres passée de 45% en 1950-1960 à 70% en 2014.

(Edité par Sophie Louet)


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