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La peur d'une récession fait décrocher Wall Street

La peur d'une récession fait décrocher Wall Street
Crédit photo © Reuters

par Wilfrid Exbrayat

PARIS (Reuters) - Wall Street a clôturé en très nette baisse mercredi, affolée par une inversion de la courbe des rendements obligataires qui fait craindre une récession en devenir, crainte alimentée en outre par de médiocres statistiques chinoises et allemandes.

Le rendement de l'emprunt à deux ans américain a dépassé celui du 10 ans pour la première fois depuis 2007, une signal classique de récession en devenir.

La dernière inversion de la courbe des taux aux Etats-Unis remontait à juin 2007, quand la crise des "subprime" commençait à prendre de l'ampleur.

Une inversion de la courbe a précédé chacune des récessions américaines des 50 dernières années, à une exception près.

"Ca pourrait être différent cette fois-ci", a dit Chuck Carlson (Horizon Investment Services). "Quand on a 15.000 milliards de dollars de dette publique à des rendements négatifs, c'est une tout autre histoire. Même si cela augure avec acuité d'une récession, cela ne veut pas dire qu'elle arrivera demain".

L'indice Dow Jones a perdu 800,49 points, soit 3,05%, 25.479,42 points, sa plus forte perte en points depuis octobre 2018 et sa plus forte perte en pourcentage de l'année.

Le S&P-500, plus large, a cédé 85,72 points (2,93%) à 2.840,60 points. Le Nasdaq Composite a reculé de 242,42 points (3,02%) à 7.773,94 points.

La production industrielle chinoise, en hausse de 4,8% sur un an en juillet, est à son plus bas niveau depuis 17 ans et les ventes au détail sont également ressorties inférieures au consensus.

En Allemagne, l'économie s'est comme attendu contractée de 0,1% au deuxième trimestre, entraînant un ralentissement de la croissance de la zone euro à 0,2%, deux fois moins qu'au premier trimestre.

Ce coup de tabac tranche avec la bonne tenue de Wall Street la veille, qui avait salué le fait que Washington avait décidé de repousser de septembre à décembre des droits de douane sur certains produits chinois importés.

La "saison" des résultats de sociétés du deuxième trimestre est près de s'achever. Sur les 454 sociétés de l'indice S&P-500 qui ont publié, 73,1% ont battu le consensus, selon des données de Refinitiv. Les analystes pensent que les bénéfices auront augmenté de 2,8% durant ce trimestre.

Le volume a été de 8,68 milliards de titres échangés contre 7,47 milliards en moyenne les 20 séances précédentes.

VALEURS

L'indice des bancaires, très sensible à l'évolution des taux, a chuté de 4,3%, tandis que l'indice S&P des financières a par contrecoup laissé 3,56%, deuxième plus forte pertes sectorielle de la journée derrière l'indice des valeurs de l'énergie (-4,12%).

Les 11 grands indices sectoriels S&P terminent tous dans le rouge.

Apple, qui la veille avait bien stimulé Wall Street par une hausse de 4%, a lâché près de 3%.

L'indice des semiconducteurs de Philadelphie a laissé un peu plus de 3%.

Le distributeur Macy's, qui a revu à la baisse ses objectifs annuels après avoir fait état de résultats inférieurs aux attentes au deuxième trimestre, une première en l'espace d'au moins deux ans, a dégringolé de plus de 13%.

Ses concurrents Kohl's, Target et Nordstrom ont perdu de 2,8% à 11%.

LES INDICATEURS DU JOUR

Les prix à l'importation aux Etats-Unis ont enregistré une hausse inattendue en juillet mais sans remettre en cause leur tendance de fond qui dénote toujours une modération des pressions inflationnistes importées.

LA SÉANCE EN EUROPE

Les Bourses européennes ont terminé en nette baisse mercredi et Wall Street suit le même chemin, les inquiétudes sur l'impact de la guerre commerciale sino-américaine reprenant le dessus avec la publication d'indicateurs décevants en Chine et en Allemagne.

Les signaux d'alarme viennent aussi du marché obligataire américain où la courbe des rendements à deux et 10 ans s'est brièvement inversée pour la première fois depuis 2007, signe que la première économie mondiale pourrait se diriger vers une récession.

À Paris, le CAC 40 a terminé en baisse de 2,08% à 5.251,3 points. Le Dax allemand a perdu 2,19% et le Footsie britannique 1,42%. L'indice EuroStoxx 50 a cédé 2,04%, le FTSEurofirst 300 1,62% et le Stoxx 600 1,68%.

TAUX

L'inversion de la courbe a vu le rendement à 10 ans tomber à 1,574%, au plus bas depuis septembre 2016.

Même rétrogradage pour le 30 ans, dont le rendement est tombé à un plus bas record de 2,015%.

La courbe s'est inversée jusqu'à un spread de -2,1 points de base mais ce signal classique d'une récession à l'horizon ne convainc pas tout le monde.

Gautam Khanna (Insight Investment) ne croit pas en tout cas que cela annonce une récession "imminente". "A la rigueur dans un an et demi", dit-il, observant que les statistiques économiques des Etats-Unis restent globalement positives.

Le rendement à 10 ans ressortait à 1,5792% contre 1,68% mardi soir, tandis que celui du 30 ans était à 2,0186% contre 2,137% mardi. Le deux ans s'affichait à 1,5791% contre 1,669% mardi.

CHANGES

L'inversion de la courbe des rendements a profité au yen qui gagnait 0,74% face au dollar, en deçà toutefois d'un pic d'un an et demi inscrit lundi.

L'indice du dollar, qui mesure les fluctuations du billet vert face à un panier de devises de référence, gagnait 0,20%.

Si l'inversion de la courbe crée quelques trépidations vis-à-vis de l'économie américaine, les fondamentaux des autres pays du G10 semblent bien pires et cette comparaison profite au dollar.

PETROLE

Les cours du pétrole ont terminé en forte baisse mercredi sur le Nymex, les craintes de voir la demande mondiale chutes ayant été alimentées par de mauvaises statistiques chinoises et européennes et par une hausse inattendue des stocks américains.

Les stocks de brut ont augmenté de 1,6 million de barils à 440,51 millions la semaine dernière. Les économistes attendaient en moyenne une décrue de 2,8 millions de barils.

A SUIVRE JEUDI 15 AOÛT :

Pluie d'indicateurs américains, dont les ventes au détail à 14h30 et la production industrielle à 15h15.

(Medha Singh et Arjun Panchadar, Stephen Culp, Gertrude Chavez-Dreyfuss, Kate Duguid; Wilfrid Exbrayat pour le service français)


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