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La crise italienne et les doutes sur l'euro font trembler les investisseurs

La crise italienne et les doutes sur l'euro font trembler les investisseurs
Crédit photo © Reuters

par Blandine Henault

PARIS (Reuters) - Les Bourses européennes ont de nouveau terminé en nette baisse mardi, chahutées par le risque politique italien qui relance les craintes sur la solidité de la zone euro.

À Paris, le CAC 40 a terminé en repli de 1,29% à 5.438,06 points pour accuser une cinquième séance consécutive de baisse. Le Footsie britannique a cédé 1,26% et le Dax allemand a abandonné 1,53%.

L'indice EuroStoxx 50 s'est replié de 1,56%, le FTSEurofirst 300 de 1,31% et le Stoxx 600 de 1,37%.

La Bourse de Milan a perdu jusqu'à plus de 3% en cours de séance avant de réduire ses pertes pour clôturer en baisse de 2,65%.

Le président italien, Sergio Mattarella, a nommé lundi l'économiste Carlo Cottarelli, un ancien du Fonds monétaire international (FMI), à la tête d'un gouvernement de transition chargé de préparer le budget 2019 et d'organiser des élections législatives anticipées.

Le scrutin, qui aura lieu à l'automne ou au début de l'an prochain, est la conséquence du refus du président Sergio Mattarella d'accepter l'eurosceptique Paolo Savona comme ministre de l'Economie d'un gouvernement de coalition entre le Mouvement 5 Etoiles (M5S), anti-système, et la Ligue d'extrême droite.

Les investisseurs redoutent désormais que les nouvelles élections qui s'annoncent ne se transforment en référendum sur l'appartenance de l'Italie, troisième économie de la zone euro, à l'union monétaire.

"Si les deux partis [M5S et La Ligue, NDLR] font campagne en proposant de laisser la porte ouverte à une sortie de l'Italie de la zone euro, puis remportent les élections ensuite, Sergio Mattarella devra alors s'incliner. Dans quelques mois, l'Italie sera donc peut-être en mesure de couler la zone euro, même si la sortie de l'euro ne sera évidemment pas simple du tout à mettre en œuvre", observe Tangi Le Liboux, analyste marchés chez Aurel BGC.

LES TAUX ITALIENS S'ENVOLENT

Le rendement des obligations d'Etat italiennes à deux ans s'est envolé à 2,702%, son plus haut niveau depuis 2012. Les taux longs ont suivi le mouvement, le dix ans grimpant jusqu'à 3,216%.

L'écart de rendement ("spread") entre les titres à dix ans italiens et allemands s'est élargi de 290 points de base, après un pic à plus de 300, pour atteindre son plus haut niveau depuis 2013.

Sur le marché des changes, l'euro est retombé sous la barre de 1,16 dollar; à 1,1554 en fin de journée, il évolue à son plus bas niveau depuis juillet dernier.

Les doutes sur la construction européenne ont alimenté aussi des dégagements sur les autres pays d'Europe du Sud, Espagne et Portugal. D'autant que le gouvernement espagnol est lui aussi confronté à une crise politique après une affaire de corruption impliquant le Parti populaire du président du gouvernement, Mariano Rajoy, désormais menacé de censure.

La Bourse de Madrid a chuté de 2,49% et l'indice PSI 20 de Lisbonne a perdu 2,61%.

La tension a été palpable aussi sur le marché obligataire, les rendements du 10 ans espagnol et portugais ayant grimpé d'une dizaine de points de base.

"La hausse des rendements des obligations espagnoles, portugaises et grecques semblent exagérée. Le risque d'une contagion importante et durable de l'Italie aux autres pays de la périphérie de la zone euro devrait être faible", estime Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

"La zone euro a les outils pour contrecarrer une contagion sévère aux pays qui se conforment aux règles de l'euro. Si la crise est finalement contenue à l'Italie, les dommages pour les autres pays européens et leur marché actions devrait rester plus limités que ce que les investisseurs semblent croire pour le moment".

LES VALEURS BANCAIRES CHUTENT

L'aversion au risque et le regain de volatilité a favorisé un retour vers les actifs refuge: le 10 ans allemand et le rendement des Treasuries de même échéance sont retombés respectivement à 0,261% et 2,826%.

L'or (+0,41%), le yen et le franc suisse ont également été recherchés.

Le net repli des taux américains a poussé les valeurs financières américaines à la baisse - l'indice S&P du compartiment financier recule de 3,06% - ce qui pèse sur l'ensemble de la cote à Wall Street.

Le Dow Jones perd ainsi 1,59% à la clôture des marchés en Europe, le Standard & Poor's 500 recule de 1,23% et le Nasdaq Composite cède 0,76%.

En Europe, les banques italiennes ont dégringolé et entraîné dans leur sillage leurs rivales espagnoles et portugaises. Banco Comercial Português a chuté de 8,11%, Banco BMP a lâché 6,73% et Banco de Sabadell a perdu 6,81%.

L'indice Eurostoxx 50 des banques de la zone euro a reculé de 4,43%.

A Paris, Crédit Agricole (-3,29%), BNP Paribas (-4,46%), Axa (-3,41%) et Société générale (-2,86%) ont accusé les plus forts replis du CAC 40. Au sein du SBF 120, Amundi a perdu 4,06%.

Seules les valeurs exposées à l'euro, comme Safran (+0,75%) et Airbus (+0,12%), et celles liées aux cours du pétrole, comme Total (+0,49%) et TechnipFMC (+2,02%), ont surnagé au sein du CAC 40.

L'indice Stoxx du pétrole et gaz est l'unique secteur à avoir fini dans le vert à la faveur d'un bref rebond du prix du baril de Brent, pénalisé en début de semaine par des craintes liée à une sortie progressive de l'accord de réduction de la production de l'Opep.

(Édité par Wilfrid Exbrayat)


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