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La Corée du Nord procède à son troisième essai nucléaire

La Corée du Nord procède à son troisième essai nucléaire

par David Chance et Jack Kim

SEOUL (Reuters) - La Corée du Nord a procédé mardi au troisième essai nucléaire de son histoire, au mépris des résolutions de l'Onu, suscitant la réprobation de la communauté internationale, y compris de son allié chinois qui a convoqué l'ambassadeur nord-coréen à Pékin.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a prévu de se réunir en urgence à 09h00 (14h00 GMT), bien que la Corée du Nord fasse déjà partie des Etats les plus lourdement sanctionnés dans le monde et offre peu de prise à des sanctions économiques.

Le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a expliqué que ce troisième essai nucléaire était un acte d'autodéfense en réponse à l'hostilité des Etats-Unis et a laissé la porte ouverte à d'autres actions.

A Genève, un représentant de la Corée du Nord a déclaré devant la Conférence des Nations unies sur le désarmement que son pays ne se plierait jamais aux résolutions sur son programme nucléaire et que les perspectives de dénucléarisation de la péninsule coréenne étaient "sombres" compte tenu de la politique "hostile" des Etats-Unis.

Selon l'agence de presse officielle nord-coréenne KCNA, le test mené mardi avait "une plus grande puissance explosive" que les précédents essais de 2006 et 2009, considérés par les spécialistes comme de faible ampleur.

L'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires (CTBTO) évoque une puissance globalement deux fois supérieure à l'essai de 2009.

La Corée du Nord dit avoir utilisé "un engin nucléaire miniaturisé plus léger", ce qui indiquerait qu'elle a de nouveau utilisé du plutonium. Avant mardi, certains spécialistes pensaient qu'elle utiliserait de l'uranium enrichi pour tout autre test, afin de conserver ses stocks de plutonium, susceptibles d'être utilisés pour la fabrication d'une bombe.

Pour sa première année au pouvoir, le jeune dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, troisième de sa lignée à diriger l'Etat communiste, a désormais à son actif un essai nucléaire et deux lancements de fusées longue portée.

Son arrivée au pouvoir en décembre 2011 à la mort de son père Kim Jong-il avait suscité des espoirs de réformes et la fin de la primauté donnée à la politique du tout-défense.

CONDAMNATIONS

Barack Obama a condamné ce qu'il a appelé une "provocation" de nature à affecter la stabilité dans la région, et a qualifié le programme nucléaire nord-coréen de menace pour la sécurité des Etats-Unis et de la communauté internationale.

"Le danger constitué par les activités menaçantes de la Corée du Nord justifie une nouvelle action rapide et crédible de la part de la communauté internationale", a déclaré le président américain.

La Russie a elle aussi "résolument condamné" ce test, de même que le Royaume-Uni et l'Allemagne. Le président François Hollande et la Chine, par l'intermédiaire de son ministère des Affaires étrangères, ont fait de même.

Invitant toutes les parties au calme et à résoudre leurs différends par le dialogue, la Chine dit souhaiter parvenir à une solution via les négociations à six auxquelles elle participe avec les Etats-Unis, les deux Corées, le Japon et la Russie.

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a parlé de "menace grave pour la sécurité de notre pays". Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a évoqué une "violation claire et grave des résolutions du Conseil de sécurité".

La Corée du Sud, qui n'a pas signé de traité de paix avec le Nord après la guerre civile de 1950-1953, a précisé que l'activité sismique enregistrée sur le territoire nord-coréen correspondait à une explosion nucléaire de six à sept kilotonnes, légèrement plus importante que les deux précédentes.

Les agences de renseignement américaines, rassemblées sous la tutelle du Bureau du directeur du renseignement national, ont également estimé la puissance de l'explosion à plusieurs kilotonnes.

A titre de comparaison, la puissance de la bombe larguée à Hiroshima au Japon en 1945 était d'environ 20 kilotonnes.

"Il a été confirmé que l'essai nucléaire, qui a été conduit à un haut niveau d'une manière parfaitement sûre en utilisant un engin nucléaire miniaturisé plus léger et doté d'une plus grande puissance explosive que précédemment, n'a pas eu d'impact négatif sur l'environnement écologique immédiat", écrit KCNA.

CYCLE SANS FIN

Le but ultime de la Corée du Nord, estiment les Etats-Unis, est de fabriquer un missile balistique intercontinental à tête nucléaire capable de toucher les Etats-Unis.

Mais, malgré ses trois essais nucléaires et ses tests de fusée longue portée, Pyongyang n'est pas considérée comme à même pour l'instant de fabriquer un engin qui puisse atteindre les Etats-Unis. La Corée du Nord affirme que son programme n'a d'autre objectif que d'envoyer des satellites dans l'espace.

Selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, les Nord-Coréens ont informé lundi Pékin et Washington de leur intention de procéder à un essai nucléaire.

Ce nouvel essai survient à un moment de transition politique en Chine, en Corée du Sud et au Japon et alors que Barack Obama vient d'entamer son second mandat.

Les résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité des Nations unies, votées respectivement en 2006 et en 2009, ont interdit à la Corée du Nord de développer une technologie nucléaire et balistique.

Malgré ces interdictions, les autorités nord-coréennes ont procédé le 12 décembre dernier à un tir de fusée, le deuxième d'un engin à longue portée au cours de l'année 2012.

La Corée du Nord, où un tiers des enfants seraient sous-alimentés, semble être prise dans un cycle sans fin de sanctions-provocations.

"Plus la Corée du Nord tire de missiles, lance de satellites ou mène d'essais nucléaires, plus le Conseil de sécurité imposera de nouvelles sanctions plus sévères", estime Shen Dingli, professeur à l'université Fudan de Shanghai. "C'est sans fin, c'est un cercle vicieux."

Avec les rédactions de Tokyo, des Nations unies, de Pékin et Vienne, Pierre Sérisier et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse


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