L'Ukraine frappée par une vaste attaque informatique, la Russie déploie des troupes

L'Ukraine frappée par une vaste attaque informatique, la Russie déploie des troupes

(Actualisé tout du long)

par Pavel Polityuk et Tom Balmforth

KIEV, 14 janvier (Reuters) - L'Ukraine a été frappée par une attaque informatique d'ampleur qui a émis des messages sur les principaux sites gouvernementaux avertissant les citoyens "d'avoir peur et de s'attendre au pire", alors même que la Russie, qui a massé plus de 100.000 soldats près de la frontière, a dévoilé vendredi à la télévision des images d'un nouveau déploiement de troupes.

Cette attaque survient après plusieurs jours de discussions entre Moscou et les puissances occidentales qui n'ont abouti sur aucune avancée permettant de lever les craintes d'une éventuelle nouvelle invasion de l'Ukraine par la Russie.

Moscou a déclaré jeudi que ses efforts en vue de convaincre l'Occident d'empêcher l'expansion de l'Otan vers l'Est, via notamment une intégration de l'Ukraine, l'avaient menée à une impasse et a menacé de mener des actions militaires sans en préciser la nature.

Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dit vendredi que la Russie espérait que les discussions sur la sécurité avec les États-Unis reprendraient mais a prévenu que cela dépendrait de la réponse de Washington aux propositions de Moscou.

"Nous n'accepterons pas de façon catégorique l'apparition de l'Otan juste à nos frontières, surtout compte tenu de la ligne de conduite actuelle des dirigeants ukrainiens", a-t-il déclaré.

Interrogé quant aux actions militaires envisagées, Sergueï Lavrov a indiqué qu'il s'agissait de déployer du matériel militaire.

"Lorsque nous prenons des décisions avec du matériel militaire, nous comprenons ce que nous voulons dire et ce à quoi nous nous préparons", a-t-il dit.

Des images du ministère russe de la Défense diffusées par l'agence de presse RIA ont montré des véhicules blindés et d'autres matériels militaires chargés sur des trains dans l'extrême Est de la Russie. Moscou a indiqué qu'il s'agissait d'un exercice d'inspection pour s'entraîner à se déployer sur une longue distance.

"Il s'agit probablement d'une couverture pour les unités qui se déplacent vers l'Ukraine", a estimé Rob Lee, analyste militaire et membre de l'Institut de recherche en politique étrangère basé aux États-Unis. "S'ATTENDRE AU PIRE"

Les responsables ukrainiens ont lancé une enquête sur la cyberattaque, qui a touché selon eux quelque 70 sites internet du gouvernement dont celui du ministère des Affaires étrangères, le Cabinet des ministres et le Conseil de sécurité et de défense.

S'ils n'ont pas accusé directement la Russie d'être derrière cette attaque, ils ont clairement indiqué qu'ils suspectaient Moscou. La Russie n'a pas fait de commentaires mais avait démenti par le passé être à l'origine d'attaques similaires.

"Ukrainiens ! Toutes vos données personnelles ont été téléchargées sur le réseau public. Toutes les données de l'ordinateur sont détruites, il est impossible de les restaurer", a indiqué un message visible sur les sites gouvernementaux piratés, rédigé en ukrainien, russe et polonais.

"Toutes les informations vous concernant sont devenues publiques, prenez peur et attendez-vous au pire. Ceci vaut pour votre passé, votre présent et votre futur".

Le gouvernement ukrainien a indiqué avoir remis en état les sites affectés par la cyberattaque et a assuré qu'aucune donnée personnelle n'avait été volée.

L'Otan a réagi vendredi en annonçant qu'elle signerait dans les jours à venir un nouvel accord avec Kiev sur une coopération plus étroite en matière de cyberdéfense, qui permettra notamment de donner accès à l'Ukraine au système de l'alliance concernant le partage d'informations sur les logiciels malveillants.

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a déclaré dans un communiqué que les experts en cybersécurité de l'organisation travaillaient avec les autorités ukrainiennes pour répondre à l'attaque informatique, à la fois à distance depuis le siège de Bruxelles et sur le terrain en Ukraine.

La cyberattaque a également été condamnée par le Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères Josep Borrell.

"Je ne peux blâmer personne car je n'ai aucune preuve, mais nous pouvons imaginer", a-t-il déclaré.

(Avec la contribution de Matthias Williams à Kiev, Anton Kolodyazhnyy, Tom Balmforth et Andrew Osborn à Moscou, Sabine Siebold et John Irish à Brest; Rédigé par Mark Trevelyan et Peter Graff, Blandine Hénault pour la version française, édité par Nicolas Delame et Sophie Louet)

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