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L'Italie sur la voie d'élections anticipées

L'Italie sur la voie d'élections anticipées
Crédit photo © Reuters

par Steve Scherer et Alberto Sisto

ROME (Reuters) - Le président italien Sergio Mattarella a nommé lundi l'économiste Carlo Cottarelli, un ancien du Fonds monétaire international (FMI), à la tête d'un gouvernement de transition chargé de préparer le budget 2019 et d'organiser des élections législatives anticipées.

Ces élections, a précisé le nouveau président du Conseil, se tiendront à l'automne ou au début de l'an prochain.

"En l'absence de la confiance (du Parlement), le gouvernement démissionnera immédiatement et sa fonction principale sera la gestion des affaires courantes jusqu'à la tenue des élections après le mois d'août", a dit Carlo Cottarelli.

"En tant qu'économiste, je constate une montée des tensions ces derniers jours sur les marchés financiers. Toutefois, l'économie italienne continue de croître et nous contrôlons les comptes publics. Je peux vous assurer qu'un gouvernement sous ma direction assurera une gestion prudente des comptes publics", a-t-il ajouté.

L'Italie connaît depuis dimanche une nouvelle crise politique. Le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, anti-système) et la Ligue (extrême droite) ont abandonné leur projet de former un gouvernement après le refus du président Sergio Mattarella d'avaliser leur choix de l'économiste eurosceptique Paolo Savona, 81 ans, comme ministre de l'Economie.

L'idée que l'Italie ne sera pas dirigée par un gouvernement hostile à l'euro a fait monter les marchés lundi matin. Mais ils ont ensuite reperdu du terrain, réalisant qu'il ne s'agissait-là que d'une solution à court terme.

RASSURER L'EUROPE

Les parlementaires italiens ont en majorité déclaré qu'ils ne voteraient pas la confiance au gouvernement intérimaire qui risque donc d'expédier les affaires courantes en attendant la tenue de nouvelles élections.

Dans ce cas, le M5S envisage de s'allier avec la Ligue, a-t-on appris lundi auprès du mouvement anti-système. Les deux partis avaient fait campagne chacun de leur côté pour les élections législatives du 4 mars dernier (la Ligue étant alliée à Forza Italia), avant de se rapprocher pour tenter de former un gouvernement.

Le secrétaire fédéral de la Ligue, Matteo Salvini, a déclaré pour sa part que son parti s'interrogeait sur le maintien de l'alliance avec le M5S dans la perspective de nouvelles élections.

Il espère toutefois qu'un gouvernement sera formé d'ici octobre pour adopter le budget et éviter une hausse de la TVA.

Luigi Di Maio, chef de file du M5S, a appelé lundi ses militants à manifester pacifiquement dans toutes les villes du pays et un rassemblement est prévu à Rome le 2 juin, jour de la Fête de la République italienne.

"N'abandonnons pas maintenant, nous ne devons pas céder à l'arrogance des institutions qui ont décidé d'empêcher les gens de prendre des décisions pour leur propre pays", a-t-il déclaré lors d'une allocution retransmise en direct sur Facebook.

Carlo Cottarelli, économiste diplômé de l'université de Sienne et de la London School of Economics, dirige depuis l'an dernier l'Observatoire des comptes publics, rattaché à l'Université catholique de Milan.

Dans une allocution télévisée, Sergio Mattarella a expliqué qu'il avait rejeté la candidature de Paolo Savona parce que celui-ci avait menacé de sortir l'Italie de la zone euro.

"L'incertitude en ce qui concerne notre position a alarmé les investisseurs et les épargnants, tant en Italie qu'à l'étranger", a déclaré le président Mattarella. "L'adhésion à l'euro est un choix fondamental. Si nous voulons en discuter, alors, nous devons le faire de façon sérieuse."

DI MAIO POUR LA DESTITUTION DU PRÉSIDENT MATTARELLA

Sergio Mattarella a été aussitôt accusé par certains dirigeants du M5S et de la Ligue d'avoir trahi la Constitution et de répondre aux ordres des puissances européennes.

Luigi Di Maio a demandé sa destitution mais Matteo Salvini a rejeté cet appel.

"Nous devons garder la tête froide (...) Certaines choses ne peuvent pas se faire sous le coup de la colère (...) Je ne veux pas parler de destitution", a déclaré Matteo Salvini dans une interview accordée à Radio Capital.

Il a toutefois exprimé sa colère.

"S'il n'y a pas le feu vert de Berlin, Paris ou Bruxelles, un gouvernement ne peut pas être formé en Italie. C'est de la folie. Je demande au peuple italien de rester à nos côtés, parce que je veux ramener la démocratie dans ce pays", a déclaré le numéro un de la Ligue.

Dans une interview lundi à la radio, Matteo Salvini a dit qu'il rechercherait le soutien parlementaire du M5S pour modifier la législation électorale.

Le système à la proportionnelle en vigueur n'a pas permis de former une majorité claire lors des élections du 4 mars et, à en croire les sondages, la situation pourrait rester la même en cas de nouvelles élections.

(Avec Crispian Balmer, Giuseppe Fonte, Massimiliano di Giorgio, Giselda Vagnoni, Stefano Bernabei, Stephen Jewkes, Valentina Za et Giulia Segreti; Henri-Pierre André, Danielle Rouquié, Guy Kerivel et Arthur Connan pour le service français, édité par Tangi Salaün)


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