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L'intime conviction d'un juge au procès de Pierre Bodein

L'intime conviction d'un juge au procès de Pierre Bodein

STRASBOURG (Reuters) - La collègue d'une juge ayant instruit le dossier des trois meurtres imputés à Pierre Bodein et qui a exprimé des doutes sur l'implication des ses 18 co-accusés, s'est dite, à l'inverse, sûre de leur culpabilité.

"Cette intime conviction, je l'ai ouvertement exprimée. Je l'ai notée sur procès verbal", a déclaré Lydia Pflug mardi devant la cour d'assises du Bas-Rhin.

Lydia Pflug, qui a signé seule l'ordonnance de mise en accusation, comparaissait non comme témoin mais en vertu du pouvoir discrétionnaire du président qui souhaitait contrebalancer le témoignage de sa collègue, dessaisie à la fin de l'instruction et citée par la défense.

"J'ai prononcé de nombreux non-lieux contre mon intime conviction" a précisé la juge qui est aujourd'hui vice-présidente de l'instruction à la cour d'appel de Colmar.

Cette conviction lui est venue un an après les faits, commis en juin 2004. Les deux juges venaient d'obtenir le premier et seul élément matériel permettant d'impliquer les membres de ce clan de vanniers, des nomades sédentarisés, dans le meurtre et le viol de Jeanne-Marie, une fillette de 10 ans.

Seuls leurs aveux contradictoires, dont certains s'étaient révélés mensongers, ainsi que des témoignages d'enfants, les accusaient jusqu'alors.

Il s'agissait d'un élément pileux retrouvé sur une couette de la maison d'Artolsheim où vivait une partie de la famille, dont l'ADN mitochondrial, moins fiable que l'ADN nucléaire, était "compatible" avec celui de Jeanne-Marie.

Lydia Pflug a reconnu que sa conviction ne reposait que sur des indices parmi lesquels les aveux, répétés longtemps après le début de l'instruction alors même que l'implication de Pierre Bodein comme principal auteur des faits était devenue évidente.

"La famille des Fuhrmann-Remetter a de manière chronique l'habitude de transformer la réalité, elle fonctionne de manière fermée, ses membres ont l'habitude de s'alcooliser à outrance, ils sont influençables, impressionnables", a-t-elle dit.

Expliquer les aveux par la "bêtise" lui semble peu probable quand ces aveux sont "répétés à des dizaines de reprises par 17 personnes sur 20, l'un des accusés n'ayant jamais avoué, deux autres membres du clan ayant bénéficié d'un non lieu.

"Pourquoi dire qu'on a participé ou assisté à de tels faits si on est innocent, alors qu'on est assisté par un avocat, sans la pression de la garde à vue", s'est-elle interrogée ?

Le fait que, des trois victimes, Jeanne-Marie ait été la seule retrouvée entièrement déshabillée et ne portant aucun signe d'auto-défense plaide également selon elle pour la commission de ce premier crime par plusieurs co-auteurs.

La déposition de la juge a donné lieu à des passes d'armes acides avec les avocats dont certains l'ont accusée d'avoir exercé un chantage au droit de visite sur les mis en examen.

"On croyait avoir devant soi un juge d'instruction et on voit un avocat général", a dit Me Marc Vialle, l'avocat de Pierre Bodein aussitôt réprimandé par le président Bernard Meyer.


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