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L'homosexualité dépénalisée en Inde

L'homosexualité dépénalisée en Inde
Crédit photo © Reuters

NEW DELHI (Reuters) - L'homosexualité a été dépénalisée jeudi en Inde où la Cour suprême, à l'unanimité de ses cinq juges, a annulé une loi, la "section 377", qui remontait à l'époque coloniale.

Cette décision a été célébrée en Inde et dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est où l'homosexualité reste réprimée.

Sujet tabou dans beaucoup de milieux dans une Inde socialement conservatrice, l'homosexualité était redevenue un délit en 2013, quatre ans après une première dépénalisation.

"Une relation sexuelle consentie entre deux adultes - homosexuels, hétérosexuels, lesbiennes - ne peut être contraire à la Constitution", a déclaré le président de la Cour suprême, Dipak Misra.

Jusqu'à présent, l'homosexualité était passible d'une peine allant jusqu'à dix ans de prison.

Des partisans de l'abrogation s'étaient rassemblés devant le siège de la Cour suprême et ont bruyamment fêté la décision des juges, en s'embrassant et en agitant des drapeaux aux couleurs de l'arc-en-ciel.

D'autres brandissaient des banderoles, "Gay et fier de l'être", "je suis ce que je suis" .

"Nous ne sommes plus des criminels mais il faudra du temps pour que les mentalités changent, vingt ou trente ans peut-être", a déclaré un des manifestants. "La route sera longue pour changer vraiment les mentalités", a dit un autre, évoquant notamment les discriminations au travail.

Instaurée par la puissance coloniale britannique il y a plus d'un siècle et demi, la "section 377" interdisait "tout commerce charnel contraire à l'ordre naturel avec un homme, une femme ou un animal".

Le parti au pouvoir BJP (Bharatiya Janata Party) a déclaré qu'il respecterait la décision de la Cour suprême mais l'un de ses dirigeants a critiqué la décision des cinq juges.

"Ce jugement risque d'avoir des conséquences, comme une augmentation des cas de VIH", a dit le député BJP Subramanian Swamy.

Shashi Tharoor, du Parti du Congrès (opposition), a estimé que "le gouvernement n'a pas à s'occuper de ce qui se passe dans une chambre entre des adultes consentants" et s'est réjoui de la décision de la Cour.

Cette décision n'est toutefois qu'une première étape, préviennent les défenseurs de la communauté homosexuelle qui soulignent que beaucoup de travail reste faire pour qu'elle soit acceptée pleinement par la société indienne.

"La donne a changé. C'est un point de départ (...)", a commenté Suresh Ramdas qui préside le groupe de soutien aux salariés appartenant à la communauté LGBT au sein de la société américaine Hewlett-Packard en Inde.

La prochaine étape consiste selon lui à changer les attitudes à l'égard des gays.

"La loi a été abolie, mais cela doit avoir une traduction sur le terrain, permettre un changement d'état d'esprit et d'opinion au sein de la population", a-t-il déclaré à la Fondation Thomson Reuters.

Si aucune statistique ne permet actuellement de quantifier le nombre d'homosexuels vivant en Inde, le gouvernement estime qu'ils sont environ 2,5 millions sur la foi de déclaration volontaire effectuées auprès du ministère de la Santé.

Selon les organisations de défense des droits des homosexuels, ils seraient en réalité beaucoup plus nombreux, beaucoup d'entre eux préférant taire leurs préférences dans une société à l'homosexualité, comme les relations sexuelles hors-mariage, est mal vue.

(Alasdair Pal et Blassy Jose, avec Suchrita Mohanty et Malini Menon; Eric Faye, Guy Kerivel et Nicolas Delame pour le service français)


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