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L'Europe dément envisager une aide au Portugal

L'Europe dément envisager une aide au Portugal

par William James et Jan Strupczewski

LONDRES/BRUXELLES (Reuters) - Un regain des craintes concernant les finances du Portugal a contraint les Européens à monter à nouveau au créneau lundi pour démentir des rumeurs d'aide imminente à Lisbonne.

Selon des traders, la Banque centrale européenne s'est aussi portée au secours de Lisbonne en achetant de la dette souveraine portugaise à cinq et dix ans.

La nervosité des investisseurs est accrue par plusieurs émissions d'emprunts d'Etat prévues cette semaine au Portugal, en Italie et en Espagne.

Une source européenne a fait état dimanche d'une pression grandissante sur Lisbonne de la part de la France, de l'Allemagne et d'autres pays de la zone euro afin que le Portugal demande un appui financier à l'Union européenne et au Fonds monétaire international (FMI).

Berlin et Paris, ajoutait cette source, veulent ainsi s'assurer que la crise de la dette de la zone euro, qui a déjà contraint l'an dernier la Grèce et l'Irlande à avoir recours à une aide internationale, ne se propage pas à d'autres pays.

La source parlait d'un besoin de financement compris entre 50 et 100 milliards d'euros pour le Portugal.

Cette information a suscité toute une série de démentis, en premier lieu de la chancelière allemande Angela Merkel.

"Nous n'avons jamais poussé un pays à faire quelque chose et nous ne ferons pas cela non plus", a-t-elle déclaré à la presse lors d'une visite à Malte.

C'est aux Etats eux-mêmes de décider de demander ou pas une aide, a-t-elle ajouté.

Son ministre des Finances Wolfgang Schaüble a lui aussi indiqué que l'Allemagne n'obligeait personne à solliciter l'aide du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Il a ajouté que l'intérêt de Berlin était de défendre l'euro.

La Commission européenne a également apporté un démenti. "La possibilité que le Portugal ou un autre pays membre (ait recours au Fonds européen de stabilité financière) n'est pas envisagée à ce stade", a déclaré aux journalistes Amadeu Altafaj, un porte-parole.

LA BCE ACHÈTERAIT DIVERSES ÉCHÉANCES

Une porte-parole du ministère allemand des Finances a indiqué qu'une éventuelle aide de l'UE au Portugal n'était pas à l'ordre du jour de la réunion des ministres européens des Finances (conseil Ecofin) mardi prochain.

La ministre espagnole de l'Economie Elena Salgado a pour sa part estimé que Lisbonne n'avait pas besoin de solliciter une aide auprès de l'Union européenne car, a-t-elle dit, le pays honore ses engagements en matière de maîtrise des dépenses publiques.

L'indice boursier paneuropéen FTSEurofirst 300 a clôturé en baisse de 0,85% et l'euro évoluait autour de 1,2950 dollar après avoir touché un nouveau plus bas de quatre mois à 1,2860 dans la matinée.

L'indice vedette de la Bourse de Lisbonne a reculé de 1,6% tandis que le titre de la plus importante banque portugaise, Millenium BCP, a abandonné 3,15%.

Sur le marché obligataire, la prime exigée par les investisseurs pour détenir de la dette souveraine portugaise est un peu retombée après avoir fortement monté la semaine dernière. Selon des traders, la BCE achetait lundi de la dette portugaise sur le marché secondaire.

"Elle (la BCE) rachète des titres portugais à cinq et dix ans, quelle que soit l'offre en face", a déclaré un opérateur.

Selon un autre trader, la BCE achèterait aussi des obligations souveraines grecques et irlandaises.

De sources de l'UE, on déclarait que la banque centrale n'avait pas acheté de titres de dette souveraine espagnole.

LES ANALYSTES INQUIETS

Au total, la BCE a acquis pour près de 74 milliards d'euros d'emprunts souverains de la zone euro depuis le début de son programme d'intervention visant à stabiliser les marchés fin mai.

Le spread entre les obligations espagnoles et portugaises à dix ans et leur équivalent allemand a atteint un moment un plus haut depuis le 1er décembre, à respectivement 273 et 442.

"Si les spreads de marché continuent à monter, le Portugal a peu de chances d'échapper à un sauvetage", juge Laurence Boone, directrice de l'analyse financière chez Barclays Capital à Paris.

"La crise de la dette souveraine revient sur le devant de la scène (...) Il y a beaucoup d'inquiétudes chez les responsables politiques au sujet de cette crise, ce qui ne fait que renforcer les craintes des intervenants sur le marché", estime Niels From, analyste chez Nordea.

L'écart de rendement entre les titres de la dette italienne et belge d'un côté et les Bunds allemands de l'autre s'est aussi creusé pour atteindre leur plus haut depuis plus d'un mois.

S'agissant de la Belgique, le spread avec le Bund est remonté au-dessus de 141 points de base, se rapprochant de son plus haut depuis la création de l'euro touché fin novembre à 142 pdb.

L'inquiétude des investisseurs concernant la Belgique, l'un des pays les plus endettés de la zone euro, se concentre surtout sur la crise politique qui s'éternise dans le pays, sans gouvernement depuis les élections de juin.

Le roi Albert II a demandé au gouvernement chargé des affaires courantes, dirigé par le Premier ministre sortant Yves Leterme, d'élaborer un projet de budget pour 2011 encore plus strict que celui qui été défini avec l'Union européenne.

Avec Atul Prakash à Londres, Elisabete Tavares à Lisbonne, Benoit Van Overstraeten et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Dominique Rodriguez


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