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L'euro et l'intégration, vrais enjeux du dossier italien, disent des ministres

L'euro et l'intégration, vrais enjeux du dossier italien, disent des ministres
Crédit photo © Reuters

par Francesco Guarascio et Jan Strupczewski

BRUXELLES (Reuters) - L'existence même de l'euro et l'approfondissement de l'intégration économique par les 19 pays qui l'ont adopté sont les véritables enjeux du conflit entre la Commission européenne (CE) et le gouvernement italien sur le projet de budget de Rome, ont déclaré lundi plusieurs hauts responsables de la zone euro.

Les ministres des Finances de la région devaient débattre dans l'après-midi du rejet sans précédent par la CE du projet initial soumis par l'Italie le mois dernier, mais aucune décision sur le sujet n'était attendue.

Le projet de budget 2019 élaboré à Rome enfreint les règles européennes car il prévoit une forte augmentation du déficit structurel (le déficit calculé en excluant l'impact du cycle économique) alors qu'il devrait le réduire.

"Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est notre monnaie commune", a déclaré le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, à son arrivée à la réunion de l'Eurogroupe, avant d'ajouter qu'il partageait le jugement de la CE selon lequel le projet de budget italien viole les règles communes.

"L'euro est l'un des acquis politiques les plus importants et les plus précieux de la construction européenne au cours des dernières années", a-t-il ajouté.

Le gouvernement italien a jusqu'au 13 novembre pour adresser à Bruxelles une nouvelle version de son budget. Mais les dirigeants de la coalition qui réunit la Ligue (extrême droite) et le Mouvement 5 Etoiles (autoproclamé "antisystème") ont exclu à plusieurs reprises toute concession à la Commission en soulignant la nécessité d'augmenter la dépense publique pour soutenir la croissance.

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, a déclaré lundi que la Commission attendrait jusqu'au 13 novembre avant de prendre une décision sur l'ouverture éventuelle d'une procédure disciplinaire contre l'Italie pour non-respect des règles budgétaires.

L'ITALIE RAPPELÉE À SES RESPONSABILITÉS

L'exécutif communautaire doit publier le 21 novembre son opinion sur le projet de budget de chacun des pays de la zone euro, Italie comprise. Et si Rome n'a pas amendé son projet pour le mettre en conformité avec les règles de l'UE, la Commission peut lancer une procédure disciplinaire susceptible d'aboutir à une amende correspondant à 0,2% du PIB annuel.

Le ministre irlandais des Finances, Paschal Donohoe, a déclaré que la crise de la dette dans la zone euro, durant laquelle son pays a particulièrement souffert, avait souligné la dépendance de chacun des pays de la zone euro à la stabilité des autres, ajoutant que les règles communes visaient à assurer cette stabilité.

"Quand on partage une monnaie avec de nombreux autres pays, chacun a des responsabilités envers les autres et ces responsabilités sont notamment liées aux règles que la Commission européenne est chargée d'appliquer", a-t-il dit.

Pour prévenir une nouvelle crise, les pays de la zone euro sont censés accroître l'intégration de leurs économies, notamment par le biais d'un dispositif commun de garantie des dépôts bancaires, d'un budget de la zone euro, de règles communes de restructuration des dettes et d'un renforcement du fonds de résolution bancaire de la région.

Pour le ministre slovaque Peter Kazimir, "l'attitude de l'Italie met en danger nos projets".

"Gardez à l'esprit que certains sont opposés à une intégration accrue et que ce camp peut profiter de l'attitude de l'Italie pour saper notre stratégie", a-t-il ajouté dans un message publié sur Twitter.

Bruxelles craint que l'Italie, dont la dette publique représente déjà plus de 130% du PIB, déclenche une crise de grande ampleur en s'engageant dans une stratégie de creusement du déficit budgétaire, d'autant que les nouvelles dépenses prévues par le projet de budget initial visent davantage à soutenir la consommation qu'à encourager l'investissement.

La politique budgétaire du gouvernement dirigé par Giuseppe Conte et le différend avec Bruxelles ont favorisé ces derniers mois la hausse des rendements de la dette italienne, ce qui ne fait qu'accroître les risques auxquels s'expose Rome.

(Marc Angrand et Myriam Rivet pour le service français, édité par Tangi Salaün)


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