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L'élection de Pavageau à la tête de FO annonce un durcissement

L'élection de Pavageau à la tête de FO annonce un durcissement
Crédit photo © Reuters

par Caroline Pailliez

LILLE (Reuters) - Soutenu par une base qui réclame une direction plus offensive, Pascal Pavageau, 49 ans, a été élu sans surprise vendredi secrétaire général de Force ouvrière (FO), symbolisant un durcissement de la position du troisième syndicat de France.

Il a été élu à 96,8% des voix des membres du Comité confédéral national (CCN) lors du 24e congrès confédéral de FO à Lille, avec pour mandat de mener une mobilisation interprofessionnelle avec les autres syndicats pour combattre la politique sociale d'Emmanuel Macron.

Cette résolution constrate avec la ligne du secrétaire général sortant, Jean-Claude Mailly, 65 ans, dont le rapport d'activité a été voté jeudi à une très faible majorité (50,54%).

Les militants de Force ouvrière lui reprochent d'avoir tardé à se mobiliser contre les ordonnances de réforme du Code du Travail adoptées en septembre. Face à ce désaveu, il a décidé de ne pas assister à la dernière journée du congrès vendredi, lui qui était resté 14 ans à le tête du syndicat.

"Je suis redevenu libre! Discours du nouveau secrétaire général de FO : hypocrisie et duplicité. Respect aux militants réformistes", écrit le numéro un sortant sur Twitter à la fin du discours de son successeur, ce que ce dernier a "regretté".

Fan de hard rock, Pascal Pavageau, un ingénieur des travaux publics élu au bureau confédéral en 2009, aura pour premier défi d'unifier sa base déchirée entre tenants d'une ligne dure et d'une ligne plus souple.

DES ACTIONS À VENIR

"Mes chers camarades, si l'indépendance est souvent un combat, l'unité est toujours une réalité à Force ouvrière", a-t-il déclaré dans son discours. "Nous sommes unis par des valeurs de tout temps au service de l'ensemble des travailleurs".

Mais, comme le veulent ses militants, il s'est montré d'emblée plus combatif que Jean-Claude Mailly. Parlant d'Emmanuel Macron comme d'un "Jupiter" qui "passe en force" et qui ne "supporte pas les contrepoids", Pascal Pavageau estime que le temps de l'action est arrivé.

"On entend un message qui, finalement, est de nous dire on va déprotéger, on va casser les droits collectifs", a-t-il dit. "A tous ceux qui veulent attaquer nos valeurs, nous disons vous ne passerez pas (...) Nous allons résister, nous allons revendiquer, nous allons reconquérir de nouveaux droits".

Dans sa ligne de mire: le projet de loi sur l'assurance chômage, la formation professionnelle et l'apprentissage, qui a été présenté au conseil des ministres vendredi, ou encore la future réforme sur les retraites.

"Tout ça, ce sont des sujets majeurs, sur lesquels, encore une fois, ils répondent tous de la même philosophie, c'est-à-dire individualiser pour mieux régner. Il y a une logique du chacun pour soi", a-t-il dit dans les couloirs du congrès.

Il précise qu'il contactera les secrétaires généraux des autres centrales dès la semaine prochaine "qu'ils soient moustachus ou pas" pour "voir les points de convergence" et "regarder à un moment donné une logique d'unité d'action".

Il envisage des pétitions, des actions juridiques, des discussions avec les parlementaires, et des grèves si nécessaire.

"Est-ce qu'à un moment donné, les différents conflits (...) sectoriels ou catégoriels se regroupent ou s'assemblent parce qu'ils se rendent compte que, finalement, il y a des points communs? (...) je pense que c'est le cas aujourd'hui", avait-il déclaré à l'Association des journalistes de l'information sociale, une semaine avant le congrès.

LES MILITANTS EN ATTENTE

Il cite en exemple "la non-répartition de la richesse produite", "la baisse du pouvoir d'achat" ou encore "l'individualisation des droits".

"Ce n'est pas forcement ce que perçoivent tous les salariés - public, privé, cheminots etc. - qui sont aujourd'hui dans l'action", a-t-il ajouté. "Mais de plus en plus commencent à mesurer cette dimension interprofessionnelle et globale du fait qu'il y a une vision en face qui concourt à leurs difficultés".

Les militants attendaient "une prise de position claire" du nouveau secrétaire général et de son équipe.

"A un moment donné, il va falloir une mobilisation d'ampleur pour que le gouvernement arrête d'attaquer nos droits", a déclaré vendredi Colette Laplanche, 63 ans, membre de la Fédération nationale de l'action sociale (FNAS-FO).

Pour d'autres, il doit rétablir la cohésion dans la centrale. "C'est difficile de dire que ce vote reflète l'unité de FO", a déclaré Alain Gautron, secrétaire général du syndicat national des cadres et organismes sociaux.

Ce dernier ne pense toutefois pas que les dissensions pousseront certains à quitter FO pour rejoindre d'autres syndicats, comme l'avait craint Jean-Claude Mailly, jeudi. "Quand on connaît une crise, il faut aussi prendre de la hauteur et laisser le secrétaire général imprimer sa marque".

"Pascal a toujours dit qu'il défendait les fondamentaux de FO: la négociation et l'action lorsque c'est nécessaire", a-t-il ajouté.

(Edité par Yves Clarisse)


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