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L'assaillant de Paris était fiché "S", trois proches en garde à vue

L'assaillant de Paris était fiché "S", trois proches en garde à vue

PARIS (Reuters) - L'homme qui a attaqué au couteau samedi soir cinq passants à Paris, tuant l'un d'eux avant d'être abattu par la police, était un Français d'origine tchétchène fiché "S" depuis 2016 et sans antécédents judiciaires, selon une source proche de l'enquête.

Ses parents ont été interpellés dimanche matin dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où ils résidaient dans un hôtel meublé, et placés en garde à vue, a-t-on précisé de source judiciaire.

Un ami de l'auteur de cette attaque revendiquée par le groupe Etat islamique a été placé en garde à vue dans l'après-midi à Strasbourg, a-t-on ajouté de même source. Il est né en 1997 comme l'assaillant, Khamzat A.

Strasbourg abrite une importante communauté tchétchène, notamment dans le quartier de l'Elsau. Selon Eric Elkouby, conseiller départemental socialiste du canton où est situé ce quartier populaire, 40 à 50 familles tchétchènes y résident.

"Je tire la sonnette d'alarme depuis 2008-2009. Il y a là un terreau pour certains jeunes radicalisés", a-t-il dit à Reuters, évoquant "un quartier délaissé qui connaît la plus forte progression de paupérisation".

Originaire de la république musulmane russe de Tchétchénie, Khamzat A. avait été naturalisé français en 2010 à la suite de sa mère, a dit le porte-parole du gouvernement au "Grand Jury" RTL-LCI-Le Figaro. Benjamin Griveaux a dit ignorer les raisons de son signalement dans les fichés "S", des personnes potentiellement menaçantes pour la "Sûreté de l'Etat". BFM TV fait état de "liens indirects avec une personne en Syrie".

La section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie compte tenu du mode opératoire de l'attaque et "sur la foi de témoignages faisant état du fait que l'agresseur a crié 'Allah Akbar'", a précisé le procureur de Paris, François Molins.

"JE VAIS VOUS TUER"

Les qualifications d'"association de malfaiteurs terroriste pour préparer la commission de crime d'atteinte aux personnes" et "d'assassinat et tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste" ont été retenues.

L'attaque, survenue peu avant 20h50 dans le secteur de la rue Monsigny, dans le IIe arrondissement de Paris, non loin du quartier touristique de l'Opéra, a fait un mort, un jeune homme de 29 ans qui a succombé à ses blessures, et quatre blessés, dont un ressortissant chinois et un Luxembourgeois, selon les représentations diplomatiques de ces deux pays.

Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a assuré dans la nuit de samedi à dimanche que les quatre blessés étaient "hors de danger". Il s'agit d'un homme de 34 ans qui avait été transporté en "urgence" à l'hôpital parisien Georges-Pompidou et d'une femme de 54 ans qui a aussi été grièvement blessée. Une femme de 26 ans et un homme de 31 ans l'ont été plus légèrement.

Selon des témoignages et une photo vue par Reuters, l'assaillant était vêtu de noir, brun et barbu. Prévenues par des appels téléphoniques, les forces de l'ordre sont intervenues rapidement rue Monsigny.

"Quand il a vu les deux policiers, il s’est rué sur eux et a crié 'Je vais vous tuer! Je vais vous tuer!'. Un collègue a voulu faire usage de son Taser mais il n’a pas fonctionné. L’autre collègue a alors tiré deux fois", a décrit Rocco Contento, secrétaire départemental Paris du syndicat Unité SGP Police, à Reuters.

Une note de police sur les faits dévoilée dimanche par Le Figaro précise que le Taser, un pistolet à impulsion électrique, s'est avéré inefficace et que le second policier a blessé "gravement" par balle l'agresseur "dans la région du coeur".

L'arme de l'agresseur était un couteau de cuisine "dont la lame mesurant 10 cm est cassée", indique la note.

"RUDIMENTAIRE"

"La menace est grave, diffuse, une menace endogène (...) avec les moyens les plus élémentaires possibles", a souligné Gérard Collomb lors d'une réunion dimanche à son ministère.

Le ministre a concédé qu'il était "compliqué de pouvoir prévenir" ce type d'attentats au mode opératoire "rudimentaire", comme ce fut le cas déjà à la gare Saint-Charles de Marseille en octobre 2017 où un homme avait poignardé à mort deux jeunes femmes avant d'être abattu par une patrouille de "Sentinelle".

"Il n'y a pas malheureusement de moyens d'empêcher ce type d'événement", a abondé Benjamin Griveaux, alors que l'opposition de droite reproche au gouvernement son inertie.

"Dans la guerre contre le terrorisme, les mots ne suffisent pas, il faut des actes", a réagi sur Twitter le président des Républicains, Laurent Wauquiez, qui plaide pour la rétention administrative des fichés 'S' les plus dangereux.

Marine Le Pen, présidente du Front national, a demandé sur Twitter "par quelle filière ce terroriste islamiste et sa famille sont-ils présents sur notre territoire". "À quoi peut bien servir cette fiche S si on ne s’en sert pas pour mettre ces bombes à retardement hors d’état de nuire sur le sol français", ajoute-t-elle.

"La fiche 'S' permet de faire un travail de police et un travail de renseignement importants", a répondu Benjamin Griveaux. "Ces 15 derniers mois, 22 attentats ont été déjoués notamment grâce au travail de nos services de renseignement qui est permis, facilité grâce à la tenue de fiches 'S'".

"Si vous les enfermez, vous ne pouvez pas remonter des filières, démanteler des opérations qui adviendraient demain", a-t-il expliqué, appelant la droite à "dépasser les effets de tribune".

(Sophie Louet avec Service France, Emmanuel Jarry et Gilbert Reilhac à Strasbourg)


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