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L'appétit chinois pour le chêne affame les scieries françaises

L'appétit chinois pour le chêne affame les scieries françaises

Crédit photo © Reuters

par Sybille de La Hamaide et Yawen Chen

PARIS/PEKIN (Reuters) - Les prix des grumes de chêne français ont bondi grâce à la demande chinoise, dopée par le goût de la nouvelle classe moyenne pour les parquets et les meubles de qualité, permettant aux exportateurs de l'Hexagone d'engranger des profits.

Mais la médaille a son revers puisque les 550 scieries de France, qui exploitent la troisième forêt de chênes du monde, risquent de devoir mettre la clé sous la porte faute de bois, qui part directement en Chine pour y être transformé.

"Le problème est que le chêne n'a jamais été aussi cher en France et nous, les transformateurs, n'en avons jamais eu aussi peu", dit Didier Chavot, directeur de la scierie Margaritelli Fontaines qui emploie 90 personnes en Bourgogne.

L'inquiétude de l'industrie française du chêne, qui emploie 26.000 personnes, y compris l'aval et l'amont, a même amené le ministre français de l'Agriculture à convoquer une réunion de crise en mars entre les toutes les parties. En vain.

"Les propriétaires de forêts poursuivent leur stratégie qui est de pousser les prix au plus haut mais ils doivent faire attention parce si les prix continuent d'augmenter, des marchés vont disparaître", estime Divier Chavot.

Nicolas Douzain-Didier, président de la Fédération nationale du bois (FNB), estime que certaines scieries françaises disposant de stocks importants constitués avant la crise pourront les utiliser mais ne seront pas en mesure de les reconstituer. Les plus petites unités risquent selon lui de devoir licencier.

"Les plus fragiles vont faire faillite, l'une après l'autre", explique-t-il.

Outre la demande croissante des "millenials", les jeunes générations, particulièrement en Chine, pour des produits de bonne qualité, les prix ont aussi beaucoup augmenté depuis que Pékin a interdit les abattages l'an dernier pour protéger ses forêts après des décennies de surexploitation.

MILLENIALS CHINOIS

Les importateurs chinois se sont alors tournés vers la France, où le chêne est de loin l'arbre le plus répandu.

Les exportations de grumes françaises vers la Chine ont augmenté de 35% l'an dernier et représentent 70% de toutes les exportations françaises de bois, selon les autorités.

La France est le deuxième fournisseur de chênes de la Chine, derrière les Etats-Unis mais devant la Russie.

Dans la ville de Foshan, un centre de commerces de meubles dans la province de Guangdong, les industriels évoquent le goût développé par la nouvelle classe moyenne jeune et prospère pour le chêne français et le design européen.

"Au moins 70% de nos clients qui achètent des parquets en chêne français sont des millenials nés dans les années 80 et 90", dit Chen Deyi, un concessionnaire du fabricant chinois de parquets Fudeli Flooring.

Quelque 50% des parquets chinois en bois sont maintenant faits de chêne, contre 10% au début des années 2000, explique-t-il. Les prix des grumes de chêne de 30 cm de diamètre ont doublé depuis 2009, alors que ceux de hêtre ou de pin ont chuté.

La Chine a importé l'an dernier 350.000 mètres cubes de chêne français, cinq fois plus qu'il y a dix ans.

En France, les scieries auraient eu besoin de 500.000 mètres cubes de plus qu'ils n'en ont obtenu pour satisfaire la demande pendant la saison 2017/18, selon la FNB.

"C'est seulement le début", estime Didier Chavot, selon qui le hiatus pourrait rapidement atteindre un million de mètres cubes. "Il faut regarder ce problème de très près."

RÉGULER LE MARCHE ?

Les scieries pointent du doigt les propriétaires privés et les négociants. Pour la première fois, il a vu son offre pour des grumes de la forêt de Fontaines, où la scierie Chavot est située, rejetée parce qu'elle était de 10% inférieure à celle d'un exportateur qui les a vendues en Asie.

Antoine d'Amecourt, président de l'association des propriétaires privés de France qui a participé à la réunion organisée par le ministère de l'Agriculture, se défend.

Les scieries "doivent vivre, mais nous aussi", dit-il. "Les propriétaires préfèreraient que le bois soit transformé en France mais ils doivent regénérer les forêts pour les prochaines générations et cela ne fait pas une grande différence s'il est tranformé en France, en Belgique ou en Chine."

Pour lui, la hausse des prix est une bonne chose après la chute de la fin de années 2000 due à une demande trop faible.

Les chênes sont coupés quand ils sont âgés de 100 à 150 ans mais certains ont 200 ans d'âge, selon Didier Chavot.

La France a tenté de réguler le marché en imposant un label européen sur les grumes provenant de forêts publiques, qui doivent être transformés dans l'Union.

Mais les scieries demandent que la mesure s'applique aussi aux forêts privées qui représentent 80% du total en France.

Nicolas Douzain-Didier, de la Fédération nationale du bois, estime que la hausse de 10% des prix des parquets de grande qualité vendus en France risque de faire fuir les acheteurs, alors que les prix élevés ne dissuadent pas les Chinois.

Une petite table d'appoint de chêne français vendue par le magasin "Le Louvre" de Hong-Kong, se vend ainsi 3.680 yuans, près de 500 euros.

(Version française Yves Clarisse)


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