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L'aéronautique contrainte de s'adapter aux tensions avec les USA

L'aéronautique contrainte de s'adapter aux tensions avec les USA
Crédit photo © Reuters

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Pour l'instant épargnés, les équipementiers aéronautiques sont contraints de s'organiser face aux tensions opposant les Etats-Unis à la Chine et à l'Union européenne concernant les échanges de matières premières, en particulier l'aluminium et l'acier, cruciaux pour la filière.

L'enjeu est de taille : une étude du cabinet Teal Group publiée mi-juillet évalue le secteur mondial de l'aérospatiale à 838 milliards de dollars, la France ayant la deuxième industrie derrière les Etats-Unis et devant la Chine, elle-même suivie du Royaume-Uni et de l'Allemagne.

Le PDG de Lisi, fabricant de composants pour les avions et leurs moteurs, a ainsi déclaré à Reuters qu'il commençait à subir les mesures de rétorsion européennes sur 25% de la valeur importée de matières premières américaines.

"Nous avons vu apparaître très récemment des taxes d’importation qui touchent l'aluminium et l'acier qui nous embêtent bien, dont les conséquences sont perceptibles pour le second semestre", a déclaré à Reuters Emmanuel Viellard.

"Nous avons donc décidé de faire homologuer des fournisseurs européens ou dans d’autres zones géographiques sur lesquelles nous ne sommes pas touchés par les taxes", a-t-il ajouté.

Après une montée des tensions, Donald Trump a annoncé mercredi dernier s'être entendu avec le chef de l'exécutif européen Jean-Claude Juncker pour que les deux blocs travaillent à l'abaissement des barrières commerciales, évitant pour l'instant le déclenchement d'une guerre commerciale.

Mais l'aluminium reste l'un des principaux points de friction entre les Etats-Unis et la Chine, premier producteur mondial de ce métal, à qui l'administration Trump réclame une réduction de la production.

La Chine représente plus de 55% de la production mondiale d'aluminium, estimée pour cette année à quelque 65 millions de tonnes selon une récente enquête de Reuters. La demande totale d'aluminium, très utilisé dans les transports et l'emballage, devrait progresser d'environ 5% en 2018 et en 2019.

Figeac Aero et le chinois Shandong Nanshan Aluminium ont ainsi officialisé mi-juillet la création d’une unité de production en coentreprise en Chine pour concevoir et produire des pièces en aluminium pour une large gamme d'applications aéronautiques, confirmant une annonce faite en mars.

"L’idée principale de la coopération avec Shandong Nanshan c’est de s’installer en Chine pour capter le marché chinois qui est en train de devenir important", a déclaré à Reuters Jean-Claude Maillard, PDG et fondateur du fournisseur-clé d'aérostructures.

APPROVISIONNEMENTS ET PRODUCTION RAPPROCHÉS

Dans un contexte de montées en cadence de production accélérées chez Airbus et Boeing, Figeac Aero dit ne pas ressentir d'impact des tensions commerciales avec les Etats-Unis, même si l'aluminium représente 80% des métaux qu'il utilise pour la production de ses pièces contre 15% pour le titane et 5% pour divers alliages métalliques.

Même en cas de très improbable blocage des importations d'aluminium aux Etats-Unis, Figeac Aero peut continuer à assurer la production de son usine américaine uniquement avec l'aluminium produit dans le pays, a souligné Jean-Claude Maillard.

Latécoère, lui, se fournit en général sur le continent où il réalise sa production pour en faciliter le transport et en réduire le coût, a souligné Yannick Assouad, directrice générale du groupe qui vend aux constructeurs des portes, des câblages et des équipements pour les cabines d'avions.

"Donc à ce stade, je ne vois pas pour Latécoère d’impacts sur la ‘supply chain’ telle qu’elle est organisée aujourd’hui", a-t-elle dit à Reuters.

La production d'aluminium au niveau mondial souffre de toute façon des surcapacités actuelles plutôt que d'un risque de pénurie, souligne de son côté Pascal Fabre, directeur général au sein du cabinet AlixPartners.

Les cours de l'aluminium ont accéléré leur baisse depuis deux mois sur des craintes de recul de la demande en raison des tensions commerciales et d'un ralentissement en Chine.

"Les nouvelles générations d'avions sont majoritairement en composite. Et le composite, c’est du carbone : il y en a et il y en aura", note de son côté Jérôme Bouchard, partenaire chez Oliver Wyman.

Les partenariats de très long terme signés pour leurs approvisionnements en matériaux, comme le titane, protègent la filière aéronautique, note aussi Pascal Fabre.

En 2016, le fournisseur américain d'aluminium Constellium avait ainsi prolongé son accord sur dix ans avec Airbus, d'une valeur de deux milliards de dollars, et le spécialiste américain de composites Hexcel avait étendu ses contrats pluriannuels avec l'avionneur européen, dont il attend 15 milliards de dollars de chiffre d'affaires.

Mais les matériaux comme le titane, essentiels pour les trains d’atterrissage ou les attache-moteurs entre autres, sont relativement rares, chers et utilisés par d’autres industries, pointe Jérôme Bouchard.

"Cela va générer des tensions, c’est évident. Mais aujourd’hui je ne vois pas de fournisseur s’intégrer verticalement pour posséder en direct de ce type de matières premières", dit-il.

(Edité par Dominique Rodriguez)


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