Israël libère deux otages à Rafah, où des bombardements font 67 morts

Israël libère deux otages à Rafah, où des bombardements font 67 morts
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Israël libère deux otages à Rafah, où des bombardements font 67 morts
Crédit photo © Reuters

par Nidal al-Mughrabi et Emily Rose

DOHA/JERUSALEM (Reuters) - Israël a déclaré lundi matin avoir libéré deux otages israélo-argentins lors d'une opération des forces spéciales menée en parallèle à des frappes aériennes dans la ville de Rafah, à la pointe sud de la bande de Gaza, où au moins 67 Palestiniens ont été tués et des dizaines d'autres blessés dans les bombardements selon les autorités sanitaires locales.

Les deux otages - Fernando Simon Marman, 60 ans, et Louis Hare, 70 ans - avaient été enlevés par le Hamas dans le kibboutz de Nir Yitzhak lors de l'attaque menée par le groupe palestinien le 7 octobre, a indiqué l'armée israélienne. Ils sont en bonne santé et ont été transportés dans un hôpital situé dans le centre d'Israël, a précisé Tsahal dans un communiqué.

"C'était une opération très complexe", a déclaré un porte-parole de l'armée israélienne. "Nous avons travaillé sur cette opération pendant longtemps. Nous attendions les bonnes conditions", a ajouté Richard Hecht.

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Les deux otages étaient détenus au deuxième étage d'un bâtiment dans lequel les forces spéciales israéliennes sont parvenues à pénétrer. D'intenses échanges de tirs ont eu lieu avec les bâtiments voisins, a-t-il indiqué.

Une photo transmise aux médias montre les deux otages à l'hôpital, assis sur un canapé avec des membres de leur famille.

Le gouvernement argentin a remercié Israël pour la libération des deux hommes, qui, a-t-il précisé, avaient également la nationalité argentine.

Idan Bejerano, gendre de l'otage libéré Louis Hare, a déclaré que les deux prisonniers dormaient lorsque, "en l'espace d'une minute", des forces spéciales sont entrées dans le bâtiment.

Ils sont soignés à l'hôpital israélien de Sheba, a déclaré le directeur de l'établissement, Arnon Afek.

Une frappe aérienne a été menée pour permettre d'extraire le commando de la zone, a dit le porte-parole de Tsahal.

Le ministère palestinien de la Santé a précisé que 67 personnes avaient été tuées et que ce chiffre pourrait augmenter car des opérations de sauvetage étaient en cours. Une photo prise sur place montre une vaste zone de décombres où les bâtiments ont été détruits.

Plus tôt dans la nuit de dimanche à lundi, l'armée israélienne avait annoncé avoir mené une "série de frappes" dans le sud de la bande de Gaza, sans donner davantage de précisions.

Selon des habitants, contactés par Reuters via une application de messagerie, des avions, chars d'assaut et navires israéliens ont pris part à l'offensive lancée contre Rafah. Deux mosquées et plusieurs maisons ont été bombardées au cours de plus d'une heure de frappes, ont-ils dit.

Les bombardements ont créé des mouvements de panique, ont déclaré des habitants, alors que de nombreuses personnes étaient endormies.

"Ce fut la pire nuit depuis notre arrivée à Rafah le mois dernier. La mort était si proche que des obus et des missiles sont tombés à 200 mètres de notre camp de tentes", a déclaré Emad, un homme d'affaires de Gaza, père de six enfants, à Reuters par l'intermédiaire d'une application de messagerie.

"Tout le monde a dit qu'il s'agissait d'une attaque terrestre surprise. Ma famille et moi avons fait nos dernières prières", a déclaré Emad.

Certains ont dit craindre le lancement d'une opération terrestre de l'armée israélienne à Rafah, ville frontalière de l'Egypte considérée comme l'ultime refuge pour les civils déplacés par les combats depuis plus de quatre mois dans la bande de Gaza.

Environ un million de Palestiniens, sur les 2,3 millions d'habitants de l'enclave, se trouvent à Rafah, qui est aussi le principal axe d'acheminement de l'aide alimentaire depuis le début du siège lancé par Israël en réponse à l'attaque du Hamas qui a fait 1.200 morts.

USA, FRANCE ET EGYPTE ONT EXPRIMÉ DIMANCHE LEURS PRÉOCCUPATIONS

Le président américain Joe Biden a exhorté dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à garantir la sécurité des civils palestiniens avant d'entamer toute opération militaire à Rafah.

La France a mis en garde dimanche contre le risque de catastrophe humanitaire majeure à Rafah.

Un avertissement similaire a été lancé par l'Egypte, dont le ministère des Affaires étrangères a appelé dimanche à ne pas mener d'assaut contre Rafah, au risque de "conséquences désastreuses".

Un haut représentant du Hamas, cité par Al-Aqsa, la chaîne de télévision du mouvement palestinien, a prévenu dimanche que toute offensive terrestre d'Israël à Rafah torpillerait les négociations indirectes entre les deux camps sur les libération des otages.

Benjamin Netanyahu, qui a rejeté la semaine dernière le projet de cessez-le-feu transmis par le Hamas dans le cadre des pourparlers chapeautés par le Qatar, a demandé la mise en oeuvre d'un plan d'attaque pour éradiquer les bataillons du Hamas à Rafah et libérer les 132 otages encore détenus à Gaza.

Une partie des 250 otages enlevés par le Hamas le 7 octobre ont été libérés depuis lors, principalement dans le cadre d'une pause d'une semaine dans les combats obtenue fin novembre grâce à la médiation de Doha.

Après avoir dans un premier temps focalisé ses bombardements et opérations dans le nord de la bande de Gaza, qu'il a dit avoir placé globalement sous contrôle, Israël a intensifié depuis début décembre son offensive dans le sud de l'enclave, principalement autour de la ville de Khan Younès.

Plus de 28.000 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza depuis le début de l'offensive israélienne, qui a par ailleurs ravagé des quartiers entiers de l'enclave, mis hors-service des hôpitaux et écoles, et provoqué une crise alimentaire.

(Reportage Emily Rose à Jérusalem, Nidal al-Mughrabi à Doha, avec les bureaux de Reuters; version française Jean Terzian et Diana Mandiá)

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