Irlande du Nord : Vers une majorité pour les nationalistes du Sinn Féin au Stormont

Irlande du Nord : Vers une majorité pour les nationalistes du Sinn Féin au Stormont

par Amanda Ferguson

BELFAST, 5 mai (Reuters) - Les Nord-Irlandais sont appelés aux urnes ce jeudi pour élire leurs représentants au Stormont, l'assemblée locale siégeant à Belfast où les nationalistes du Sinn Féin devraient obtenir une majorité selon les sondages.

Selon les derniers sondages, le Sinn Féin - ancienne aile politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) - est crédité en moyenne de 25% des intentions de vote, avec six points d'avance sur le Parti unioniste démocrate (DUP) pro-britannique, dont la popularité s'est effritée au cours des 18 derniers mois.

Le fait qu'un parti nationaliste devienne la première force politique de la province britannique constituerait une première historique qui mettrait à l'épreuve le partage des pouvoirs organisé par l'accord de paix de 1998, dit accord du Vendredi Saint, alors que les tractations entre Londres et Bruxelles au sujet des échanges commerciaux post-Brexit avec l'Irlande du Nord restent laborieuses. Conclu en avril 1998 avec la médiation de Bill Clinton, l'accord du Vendredi Saint a permis de mettre fin à trois décennies de violences en Irlande du Nord, au cours desquelles les affrontements entre nationalistes catholiques et loyalistes protestants ont fait quelque 3.600 morts.

Il prévoit un partage du pouvoir entre les nationalistes nord-irlandais du Sinn Féin et le DUP au sein d'un gouvernement semi-autonome, mais le DUP a prévenu qu'il refuserait de participer au gouvernement sans refonte complète du protocole nord-irlandais conclu entre le Royaume-Uni et l'Union européenne (UE) pour régir les échanges post-Brexit.

Ce protocole prévoit des contrôles sur certaines marchandises transitant entre la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord afin d'éviter le rétablissement d'une frontière physique entre cette province britannique et la République d'Irlande, membre de l'Union européenne.

Mais ces barrières commerciales ont provoqué des pénuries de biens dans certains supermarchés et l'arrêt des livraisons de plusieurs compagnies britanniques.

Les autorités britanniques et la Commission européenne tentent depuis des mois de débloquer les discussions autour de ce protocole, Londres jugeant désormais que les règles définies lors des discussions sur le Brexit sont inapplicables.

Selon un article publié mercredi dans The Times, le Premier ministre britannique Boris Johnson serait prêt à donner "une dernière chance" aux discussions avec l'UE sur le protocole nord-irlandais avant de mettre en oeuvre l'article 16, qui permet à chacune des parties de prendre des mesures unilatérales.

La colère des électeurs pro-britanniques à l'égard de ce protocole, qui à leurs yeux menace la place de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni, devrait alimenter une division des votes unionistes, avec un probable report de voix du DUP sur de plus petits partis comme le Traditional Unionist Voice (TUV).

La formation centriste non confessionnel Alliance, pourrait également bénéficier de la situation et faire une percée à l'occasion de ces élections.

Globalement, les résultats de ce scrutin, attendus vendredi dans la journée, devraient confirmer une majorité d'élus - notamment ceux du Sinn Féin - en faveur d'un maintien du protocole nord-irlandais.

Katy Hayward, professeure de sociologie politique à l'université Queen's de Belfast, juge que ce scrutin constitue un "moment décisif".

"Ce qui va se passer après l'élection constitue un vrai test sur l'engagement du gouvernement britannique et des unionistes à l'égard des arrangements définis dans l'accord du Vendredi Saint", a-t-elle déclaré.

"Quelle serait la réaction du gouvernement britannique si le Sinn Féin devenait le premier parti politique ? Est-ce qu'il sera attentif à respecter la lettre et l'esprit de l'accord du Vendredi Saint, ou le fera-t-il en se concentrant sur le protocole? Cela en dira long sur les perspectives de stabilité ici."

(Rédigé par Padraic Halpin, version française Myriam Rivet, édité par Sophie Louet)

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