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Hervé Morin presse le gouvernement de se préparer à un Brexit dur

Hervé Morin presse le gouvernement de se préparer à un Brexit dur
Crédit photo © Reuters

par Julie Carriat

PARIS (Reuters) - Les responsables régionaux du nord de la France se succèdent cette semaine pour sonner le tocsin sur la nécessité de se préparer à un Brexit "dur" sans accord, qui rétablirait une frontière de part et d'autre de la Manche où transitent chaque jour des milliers de tonnes de marchandises.

"Je demande que tout soit en place pour le pire", a déclaré le président de la région Normandie, Hervé Morin, lors d'une conférence de presse réunissant les ports normands et compagnies maritimes y opérant.

"Un Brexit sans accord (...) représente pour notre économie, et plus encore pour notre économie portuaire, une menace majeure si des mesures concrètes et à effet immédiat ne sont pas prises", estiment-ils dans une tribune commune.

Le Royaume-Uni représentait en 2017 le troisième excédent commercial de la France (4,1 milliards d'euros), des échanges qui transitent notamment par Dunkerque, Calais et le tunnel sous la Manche (Hauts-de-France) mais aussi en Normandie, par les ports du Havre, de Rouen, Cherbourg, Caen-Ouistreham ou Dieppe.

En cas de retour aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui serait la conséquence d'un "no deal", ces ports devront prélever droits de douane et taxe sur la valeur ajoutée sur les marchandises et mettre en place des contrôles vétérinaire et phytosanitaires systématiques sur les animaux vivants, produits carnés, de la pêche ou végétaux.

"Nous avons besoin que l'Etat nous accompagne", a souligné mercredi Hervé Morin, évoquant la création de postes d'inspection frontaliers ou de points d'entrée communautaire.

"RÉVEILLEZ-VOUS"

Mardi, à l'Assemblée, le député UDI du Nord Vincent Ledoux a interpellé le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian sur l'éventualité du "pire", citant notamment une note du préfet des Hauts-de-France Michel Lalande qui alertait le mois dernier sur la nécessité de se préparer à assurer un contrôle aux frontières et à traiter une "masse de flux très élevée".

"Chaque année 32 millions de personnes et plus de quatre millions de poids lourds transitent par les ports de Calais, Dunkerque et le tunnel sous la Manche", a souligné le député. "Deux minutes de contrôle supplémentaires, c'est 27 kilomètres de bouchons en plus. Le Brexit dans sa version dure nécessitera la mobilisation de 250 policiers supplémentaires."

Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a annoncé la semaine dernière la création d'un bureau de douane à Calais, assorti d'un renforcement total des effectifs pour atteindre 700 douaniers supplémentaires en 2020.

"Aujourd'hui le gouvernement, à la demande du Premier ministre, s'est préparé au no deal comme s'il n'y avait pas de période de transition et comme s'il n'y avait pas d'accord avec nos amis britanniques", a-t-il déclaré sur France Bleu à cette occasion, des propos qui n'ont pour l'heure pas suffi à apaiser les craintes en région.

À une semaine du Conseil européen des 17 et 18 octobre, le pessimisme semble avec légèrement reculé.

Londres et Bruxelles sont entrés dans un "tunnel de négociations" marqué notamment par une inflexion de l'UE sur le "plan de Chequers" de Theresa May. Mais, sur le plan de la politique intérieure britannique, Theresa May n'est pas assurée de réunir une majorité au Parlement pour endosser un éventuel accord de divorce.

"Réveillez-vous", a lancé samedi au gouvernement le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, dans un entretien à la Voix du Nord, appelant Emmanuel Macron et la Angela Merkel à tout faire "pour éviter la catastrophe".

CORRIDOR IRLANDE-EUROPE

Bien que la solidarité européenne oblige les gouvernements à s'abstenir de négociations directes avec Londres sur l'après-29 mars, Xavier Bertrand redoute que, faute de faire entendre leur voix, les ports français ne soient exclus des échanges avec le Royaume-Uni au profit des ports belges et hollandais.

Autre source d'inquiétude, le futur corridor Irlande-Europe post-Brexit présenté cet été par la Commission exclut pour l'heure les ports français, au profit d'une liaison directe entre Dublin ou Cork et Bruges, Anvers ou Rotterdam. La ministre des Transport Elisabeth Borne a demandé de réviser ce point.

"De toute évidence il y a eu un manquement de l'Etat français dans la défense de ses intérêts", a dit Hervé Morin, soulignant que les ports normands étaient les plus proches des côtes irlandaises, une fois exclu un passage par la Grande-Bretagne.

Outre le transport maritime de marchandises, celui des personnes commence à pâtir de l'incertitude des négociations.

"Nous avons déjà constaté une baisse de la demande l'été prochain pour nos passagers les plus fidèles, les familles qui font le voyage chaque année", a déclaré Nigel Wonnacott, de Britanny Ferries.

La compagnie française avait lancé la première liaison Roscoff-Plymouth lors de l'adhésion du Royaume-Uni à la communauté européenne, en 1973.

(Julie Carriat, avec Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse)


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