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France: Le marché auto se stabilise, le CO2 ne baisse pas

France: Le marché auto se stabilise, le CO2 ne baisse pas
Crédit photo © Reuters

par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - Après un début d'année en fanfare, le marché automobile français a marqué une pause en mai, sans enrayer la remontée préoccupante de ses émissions de CO2 à trois ans du prochain tour de vis réglementaire européen.

Les immatriculations de voitures neuves en France ont augmenté de 0,2% le mois dernier en données brutes par rapport à mai 2017, selon des chiffres définitifs publiés vendredi par le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA). En avril, le marché avait bondi de 9%, donnant une hausse cumulée de 4,4% sur quatre mois.

Avec les chiffres de mai, les immatriculations ressortent désormais en progression de 3,5% sur les cinq premiers mois de l'année.

"On reste sur un rythme de croissance soutenu si on retire l'effet calendaire", commente Flavien Neuvy, directeur de l'Observatoire Cetelem de l'automobile.

Mai 2018 ayant compté un jour ouvrable de moins que mai 2017, la hausse du marché en données corrigées des jours ouvrables ressort en effet à 5,4%.

"Les automobilistes sont aussi en train aussi de redécouvrir que l'essence consomme davantage que le diesel, surtout pour un gros véhicule. On le voit encore en mai, l'objectif de 95 grammes de CO2 en 2021 semble hors de portée, sauf explosion des ventes de véhicules électriques", ajoute-t-il.

Avec la disgrâce du diesel, les constructeurs automobiles savent qu'ils ne pourront atteindre les objectifs européens sans électrification massive de leurs modèles. Le mois dernier en France, la percée des voitures électriques et hybrides rechargeables est encore restée timide, avec respectivement une part de marché sur cinq mois de 1,2% et 0,6%.

"On voit tous aujourd'hui que l'atteinte des objectifs de réduction, donc le 95 grammes, est devenu un vrai défi pour tous", souligne Virginie de Chassey, directrice des Affaires publiques de PSA. "Non pas que nous ayons ralenti nos efforts, mais la réduction accélérée du mix diesel et le retard prévisible de développement du réseau de recharge électrique nous met tous en risque."

LES SUV ET L'ESSENCE AUGMENTENT LES ÉMISSIONS DE CO2

Carlos Tavares, président du directoire de PSA, occupe actuellement la présidence tournante de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (Acea). Il appelle depuis plusieurs mois à une accélération du déploiement des bornes électriques pour que les futurs véhicules électrifiés disposent de l'infrastructure adéquate.

Le mois dernier, la part du diesel en France est restée à 40%, un plus bas touché en mars et en avril. En mai 2017, ces motorisations représentaient encore près de 55% des immatriculations de voitures neuves.

La bascule vers l'essence, mais aussi l'engouement actuel pour les SUV surélevés et donc moins aérodynamiques - 36% des ventes sur cinq mois contre 30% un an plus tôt - entraîne depuis de longs mois une dégradation du bilan CO2 du marché automobile français, comme européen: 112 grammes en mai dans l'Hexagone, comme en avril, contre 110 grammes début 2018 et 109 grammes début 2017.

Alors que le bilan CO2 ne cessait jusqu'ici de s'améliorer - l'objectif européen pour 2015 était de 130 grammes par kilomètre - la tendance a commencé à se dégrader l'an dernier.

Si les marques automobiles n'atteignent pas en moyenne 95 grammes dans trois ans, elles s'exposent à des amendes très lourdes, et le sujet sera abordé au prochain conseil européen sur l'Environnement, le 25 juin.

"Les constructeurs ne reviendront pas en arrière, ils ont tous investi", ajoute Virginie de Chassey. "Ce qu’on dit, c’est que si en 2021 on devait payer des pénalités au moment où on aurait un besoin d’investissement dans la transition énergétique, au bout du bout ce serait contre-productif en terme de bilan global."

Les constructeurs européens négocient actuellement la réglementation pour 2025 et 2030 - plus contraignante encore - mais la question de la performance du secteur sur l'année charnière de 2021, pourtant déjà négocié, pourrait aussi venir sur la table.

"PSA n'est pas en train de dire qu’il ne sera pas à son rendez-vous de 2021. Dans la perspective de la future réglementation 2025-2030, on dit que le point de départ est déjà devenu un défi", poursuit Virginie de Chassey.

PSA a affiché l'an dernier une performance de 108 grammes, meilleure que la moyenne européenne de 118,6 grammes. Mais le succès, par exemple, du SUV 3008 - troisième voiture la plus vendue en France en mai derrière les petites Clio et Peugeot 208 - a déjà alourdi d'environ un gramme le bilan CO2 de la marque au lion

(Avec Nicolas Delame, édité par Benoît Van Overstraeten)


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