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Etats-Unis et Canada au bord de la crise diplomatique après le G7

Etats-Unis et Canada au bord de la crise diplomatique après le G7

Crédit photo © Reuters

par Roberta Rampton et Jean-Baptiste Vey

LA MALBAIE, Canada (Reuters) - Etats-Unis et Canada semblaient dimanche au bord de la crise diplomatique et commerciale, au lendemain d'un G7 assombri par la volte-face de Donald Trump, qui a demandé dans la nuit le retrait de sa signature au bas du communiqué commun difficilement négocié pendant deux jours, au Québec.

Lors de la conférence de presse de clôture du sommet, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a évoqué les mesures de rétorsion qu'Ottawa prendrait le mois prochain après l'instauration de droits de douane américains sur l'acier et d'aluminium en provenance du Canada, de l'Union européenne et du Mexique. "Nous, Canadiens, sommes polis, raisonnables, mais nous ne nous laisserons pas bousculer", a-t-il déclaré.

Le président américain avait déjà quitté la réunion pour rallier Singapour, où il doit rencontrer mardi le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, et le texte du communiqué commun avait été diffusé quand il a annoncé sur Twitter avoir demandé à ses représentants de ne pas l'entériner.

"Le Premier ministre Trudeau du Canada s'est montré docile et modéré pendant nos réunions au G7, tout cela pour donner une conférence de presse après mon départ dans laquelle il déclare que 'les droits de douane américains sont presque insultants' et qu'il ne 'se laissera pas bousculer'", s'est indigné Trump sur Twitter.

"Très malhonnête et faible (...) Nos tarifs douaniers sont en réponse à ses droits de douane de 270% sur les produits laitiers!", a-t-il poursuivi, annonçant que son administration réfléchissait à l'instauration de nouvelles taxes à l'importation sur les automobiles qui, selon lui, envahissent le marché américain.

Ses conseillers se sont ensuite montrés encore plus virulents. "Il nous a vraiment poignardés dans le dos en quelque sorte", a lancé Larry Kudlow, directeur du Conseil économique national, évoquant les propos de Justin Trudeau.

"Il y a une place spéciale en enfer pour les chefs qui s'engagent dans une diplomatie de mauvaise foi avec le président Donald J. Trump, puis tentent de le poignarder dans le dos au moment de son départ", a renchéri Peter Navarro, conseiller commercial de la Maison blanche.

"Le Canada ne mène pas sa diplomatie par des attaques ad hominem ... et nous nous abstenons particulièrement des attaques ad hominem quand elles viennent d'un proche allié", a rétorqué la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland.

"INCOHÉRENCE ET INCONSTANCE"

A Paris, la présidence française a fait savoir dimanche matin que la France et l'Europe maintenaient "leur soutien au communiqué final du G7, tout comme, nous l'espérons, l'ensemble des membres signataires".

"Nous avons passé deux jours à avoir un texte et des engagements. Nous nous y tenons", a-t-on déclaré à Reuters à l'Elysée. "Quiconque les quitterait montrerait son incohérence et son inconstance. La coopération internationale ne peut dépendre des colères et des petits mots. Soyons sérieux et dignes de nos peuples."

Position identique à Berlin, où le porte-parole d'Angela Merkel, Steffen Seibert, s'est contenté de réaffirmer le soutien L'Allemagne au communiqué conjoint.

"Ce n'est pas vraiment une surprise, nous l'avons vu avec l'accord sur le climat ou l'accord avec l'Iran", a quant à lui commenté Heiko Maas. "En quelques secondes, vous pouvez détruire la confiance en 280 caractères sur Twitter.".

Les dirigeants du G7 (Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne et Japon) s'étaient difficilement mis d'accord sur la nécessité d'un "commerce libre, équitable et mutuellement bénéfique" et sur l'importance de la lutte contre le protectionnisme, selon le communiqué commun publié samedi soir, malgré les dissensions.

"Nous nous efforçons de réduire les obstacles tarifaires, les obstacles non tarifaires et les subventions", peut-on y lire.

Le texte a été adopté après deux journées de controverses, entre le plaidoyer du président américain pour un retour de la Russie dans le G7 et, selon une source française, sa "longue diatribe" contre les partenaires commerciaux des Etats-Unis lors d'une discussion sur les droits de douane.

En se désolidarisant de cette déclaration, Donald Trump a affiché une fois de plus sa volonté de bousculer le statu quo, après avoir dénoncé l'accord de Paris sur le climat et celui de juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien.

Son revirement a laissé dans le flou ses homologues du G7 qui s'étaient démenés cette semaine pour tenter de trouver un semblant de consensus sur le commerce et d'autres questions essentielles.

Avant le tweet dévastateur de Donald Trump, Emmanuel Macron avait dit samedi que l'accord sur la question commerciale avait permis de stopper une escalade avec les Etats-Unis. L'accord sur la question commerciale a permis de stopper une escalade avec les Etats-Unis mais il appartient désormais à ces derniers d'agir en conséquence, a dit Emmanuel Macron samedi à l'issue du sommet.

D'importants différends persistent, a insisté le président français, notamment les droits de douane sur l'acier et l'aluminium exportés par certains alliés des Etats-Unis, dont les Européens, et la menace d'autres pénalités, notamment sur l'automobile européenne.

Sur ces deux points, "je ne sais pas vous dire quel sera le choix et les décisions de l'administration américaine", a dit Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse.

(avec Andrea Hopkins, David Ljunggren, Giselda Vagnoni, Jan Strupczewski et William James à La Malbaie, Jonathan Landay et David Lawder à Washington, Emmanuel Jarry et Dominique Vidalon à Paris et Andreas Rinke à Berlin; Danielle Rouquié, Jean Terzian, Henri-Pierre André et Jean-Philippe Lefief pour le service français)


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