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Escalade de la violence en Egypte, Morsi défie l'armée

Escalade de la violence en Egypte, Morsi défie l'armée
Crédit photo © Reuters

par Yasmine Saleh et Asma Alsharif

LE CAIRE (Reuters) - L'Egypte a connu une nuit de violences alors que le président Mohamed Morsi, défiant l'armée, a affirmé tard mardi soir que nul n'avait le droit de se substituer à l'ordre légitime et qu'il n'avait d'autre choix que de poursuivre la tâche qui lui a été confiée démocratiquement.

A quelques heures de l'expiration de l'ultimatum lancé par les généraux aux responsables politiques, cet après-midi à 17h00 (15h00 GMT), et tandis que l'armée se dit prête à verser son sang pour défendre le peuple égyptien, des affrontements entre pro- et anti-Morsi ont dégénéré au Caire.

Seize personnes au moins ont été tuées et 200 autres blessées sur le campus de l'Université du Caire, où s'étaient rassemblés des milliers de manifestants islamistes soutenant le chef de l'Etat, issu des Frères musulmans.

Plus tôt dans la soirée, dans le quartier de Gizeh, les affrontements entre partisans et adversaires de Morsi ont fait sept morts et des dizaines de blessés.

Des affrontements ont également eu lieu à Alexandrie et dans la ville de Kaliouba, au nord de la capitale. A Alexandrie, des militaires sont intervenus pour séparer les deux camps.

Rappelant qu'il était le premier président librement élu de l'histoire du pays, Mohamed Morsi, au pouvoir depuis le 30 juin 2012, a estimé que tout écart vis-à-vis de la voie démocratique entraînerait l'Egypte sur une pente dangereuse.

"Ne vous laissez pas berner, ne tombez pas dans ce piège, ne vous laissez pas voler votre révolution", a-t-il ajouté à l'adresse de ses partisans.

Trois heures plus tard, dans un communiqué intitulé "les dernières heures", le Conseil suprême des forces armées égyptiennes (CSFA) s'est dit prêt à verser son sang pour "défendre l'Egypte et son peuple des terroristes, des radicaux ou des fous".

Le Front de salut national (FSN), principal bloc de l'opposition libérale, laïque et de gauche, a estimé pour sa part que Morsi avait lancé un "appel public à la guerre civile" tandis que le mouvement Tamarud (rébellion), à l'origine de la mobilisation monstre de dimanche, réclamait que Morsi soit arrêté par la Garde républicaine et déféré devant un tribunal.

SUSPENSION DES INSTITUTIONS ?

Trois jours après les manifestations monstres organisées dimanche à travers tout le pays contre Morsi, l'Egypte est de nouveau à un tournant.

L'armée, qui a lancé lundi un ultimatum de 48 heures aux responsables politiques du pays pour sortir de la crise, serait prête en cas d'échec de son initiative à suspendre la constitution et dissoudre le parlement, a-t-on appris mardi de sources militaires.

Selon ces sources, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) envisage d'écarter Morsi du pouvoir et de confier la direction du pays à un "conseil intérimaire" jusqu'à la rédaction d'une nouvelle constitution et l'organisation d'une élection présidentielle anticipée, ont ajouté les sources.

Ce possible nouveau chapitre de la transition, ajoute-t-on, ne ressemblerait en rien aux dix-sept mois chaotiques pendant lesquels le Conseil suprême des forces armées a dirigé l'Egypte de la chute d'Hosni Moubarak en février 2011 à l'investiture de Mohamed Morsi en juin 2012.

Ces sources n'ont en revanche pas voulu dire comment l'armée entendait s'y prendre si Mohamed Morsi, de plus en plus isolé après la démission de six ministres, dont le chef de la diplomatie, refuse de s'effacer pacifiquement du pouvoir.

Or, au cours de son allocution, qui a duré un peu plus de trois quarts d'heure, et dans un message diffusé un peu plus tôt dans la soirée via Twitter, le chef de l'Etat a martelé qu'il incarnait la légitimité issue des urnes et a invité "les forces armées à retirer leur mise en garde".

Le patriarche Tawadros II, primat de l'Eglise copte orthodoxe qui représente 10% des 84 millions d'Egyptiens, a apporté son soutien au mouvement Tamarud ainsi qu'"au peuple, à l'armée et à la jeunesse, ce trio qui fait la grandeur de l'Egypte".

Al Azhar, la principale autorité religieuse sunnite, a demandé de son côté à ce que la volonté du peuple prévale pacifiquement.

Réagissant aux craintes de nouveaux affrontements entre les deux camps, qui inquiètent les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël, des sources militaires ont indiqué à Reuters qu'une force d'intervention rapide était prête à investir les rues du Caire et des autres grandes villes pour mettre fin aux violences.

Avec Alexander Dziadosz, Shaimaa Fayed, Maggie Fick, Alastair Macdonald, Shadia Nasralla, Tom Perry, Paul Taylor et Patrick Werr; Tangi Salaün, Guy Kerivel et Henri-Pierre André pour le service français


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