Djokovic de retour sur un court de tennis, son sort reste en suspens

Djokovic de retour sur un court de tennis, son sort reste en suspens
Djokovic de retour sur un court de tennis, son sort reste en suspens
Crédit photo © Reuters

par Sonali Paul et Ian Ransom

MELBOURNE (Reuters) - Novak Djokovic a retrouvé le chemin des cours d'entraînement lundi à Melbourne, peu après avoir été libéré, sur décision de justice, du centre de rétention dans lequel il se trouvait depuis jeudi pour être entré en Australie sans être vacciné contre le COVID-19, une décision qualifiée de "plus grande victoire de sa vie" par sa famille.

Le joueur serbe, numéro un mondial de tennis, qui a avancé une contamination par le coronavirus SARS-CoV-2 le 16 décembre comme explication au fait de ne pas avoir un statut vaccinal en règle, a exprimé sur Twitter son espoir de participer à l'Open d'Australie, qui s'ouvre le 17 janvier et où il vise un 21e titre en Grand Chelem, ce qui établirait un record permettant de dépasser Roger Federer et Rafael Nadal.

"Je suis heureux et reconnaissant que le juge ait rejeté mon annulation de visa. Malgré tout ce qui s'est passé, je veux rester et essayer de disputer l'Open d'Australie. Je reste concentré sur (cet objectif)", a-t-il dit.

Photographié dans la Rod Laver Arena de Melbourne quelques heures après cette décision de justice en sa faveur, Novak Djokovic n'est pas pour autant assuré de pouvoir participer au tournoi, le ministre australien de l'Immigration, Alex Hawke, envisageant désormais d'annuler son visa, a déclaré un porte-parole du ministre.

En vertu de la législation australienne, l'annulation du visa du joueur reste une prérogative du ministre, a souligné le porte-parole. "Le ministre examine actuellement le sujet et la procédure se poursuit", a-t-il dit.

Le juge Anthony Kelly a estimé que la décision prise auparavant par le gouvernement d'annuler le visa du tennisman serbe était "déraisonnable" et ordonné la libération du numéro un mondial dans un délai de 30 minutes ainsi que la restitution de son passeport.

Il a jugé que les autorités australiennes n'avaient pas laissé suffisamment de temps à Novak Djokovic pour discuter avec les organisateurs de l'Open d'Australie et avec ses avocats et leur fournir une réponse complète après avoir été informé du projet d'annulation de son visa.

"LA PLUS GRANDE VICTOIRE DE SA VIE"

"C'est la plus grande victoire de sa vie", a réagi son père pendant une conférence de presse à Belgrade, tandis que la mère du joueur serbe accusait les autorités australiennes d'avoir "torturé un innocent".

La conférence de presse a brutalement pris fin quand un journaliste a demandé à la famille pourquoi, s'il se savait positif au COVID-19 le 16 décembre, comme semble le montrer un résultat de test PCR produit devant la justice australienne, Novak Djokovic avait participé les jours suivants à des événements publics sans masque ni mesures de distanciation sociale.

A Melbourne, le juge Anthony Kelly ne s'est pas prononcé sur la question de la validité ou non de l'exemption de vaccin contre le COVID-19 dont Novak Djokovic a dit bénéficier en raison d'une contamination par le coronavirus SARS-CoV-2 survenue dans les six mois précédents.

Le gouvernement australien a contesté cette dérogation médicale à la double vaccination requise pour entrer sur le territoire, en soulignant que les ressortissants étrangers n'étaient en aucun cas assurés de pouvoir entrer en Australie.

D'après le juge Anthony Kelly, Novak Djokovic avait pourtant réclamé et obtenu cette exemption vaccinale après avoir été contaminé le mois dernier par le coronavirus responsable du COVID-19 et avait présenté les preuves correspondantes avant d'atterrir à Melbourne mercredi soir.

"Qu'aurait-il pu faire de plus ?", a observé le juge.

L'exemption vaccinale du joueur serbe - désormais parfois surnommé "Novax" - a été très mal accueillie en Australie, en particulier à Melbourne, la ville la plus longuement confinée au monde, en durée cumulée, face à la pandémie de COVID-19.

POLÉMIQUES EN AUSTRALIE

Plus de 90% de la population adulte australienne a reçu deux injections de vaccin contre le COVID-19 et le nombre cumulé de contaminations depuis le début de l'épidémie a franchi lundi le seuil d'un million en Australie, dont plus de la moitié ont été enregistrées la semaine dernière.

Frappée comme de nombreux pays par une nouvelle vague épidémique alimentée par le variant Omicron, l'Australie est confrontée à une flambée des hospitalisations, avec un système de dépistage totalement débordé et des tensions sur les chaînes d'approvisionnement.

La controverse, qui a attisé les tensions diplomatiques entre Canberra et Belgrade, a également agité la sphère politique locale.

L'ancien Premier ministre travailliste Kevin Rudd a accusé la coalition gouvernementale de centre-droit dirigée par Scott Morrison d'être à l'origine de cet imbroglio.

"C'est de l'incompétence totale ! S'ils ne voulaient vraiment pas de lui, pourquoi diable lui avoir accordé un visa?", a déclaré Kevin Rudd en accusant le gouvernement d'avoir orchestré cette polémique comme "une énorme stratégie de diversion" face à l'impossibilité pour les Australiens de se faire tester.

Le juge Anthony Kelly s'est également montré sévère envers le gouvernement fédéral australien. Il a accédé à la demande des avocats de Novak Djokovic, qui ont plaidé que "sa réputation personnelle et professionnelle, de même que ses intérêts économiques, étaient susceptibles d'être directement affectés" par l'annulation de son visa, d'imposer aux autorités de régler les frais de procédures avancés par le joueur.

Le magistrat a également prévenu qu'une révocation du visa de Novak Djokovic par le gouvernement, qui interdirait au joueur de 34 ans d'accéder au territoire australien pendant trois ans, risquait d'attiser les tensions plutôt que de les apaiser.

(Reportage Sonali Paul et Ian Ransom, avec Zoran Milosavljevic à Belgrade, version française Myriam Rivet, Matthieu Protard et Tangi Salaün, édité par Blandine Hénault)

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