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Darmanin inquiet d'un divorce entre la majorité et le peuple

Darmanin inquiet d'un divorce entre la majorité et le peuple
Crédit photo © Reuters

PARIS (Reuters) - Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin tire "le signal d'alarme" à l'intention de la majorité présidentielle pour l'acte II du quinquennat, soulignant que La République en marche doit prendre garde à ne pas devenir le parti des "bourgeois" et des "élites" sans "l'adhésion des classes populaires".

Dans un entretien paru jeudi dans Le Point, l'ex-maire de la ville ouvrière de Tourcoing (Nord), exclu des Républicains pour avoir rallié Emmanuel Macron en 2017, estime au vu des résultats des élections européennes que la majorité ne pourra remporter la présidentielle de 2022 "sans le peuple".

"Il ne faut pas qu'on soit seulement le gouvernement des services, des start-ups. (...) Nous devons montrer que pour nous, l'usine est aussi importante que le coworking", lance-t-il.

Les résultats des élections européennes du 26 mai, qui ont placé le Rassemblement national en tête devant LaRem, montrent un glissement sociologique du vote LaRem vers les bastions traditionnels de la droite.

"En 2017, Emmanuel Macron a fait 14% chez les ouvriers et seulement 11% aux élections européennes. Non seulement on ne parle pas à cet électorat, mais en plus on recule", s'inquiète Gérald Darmanin. "Nous ne pouvons pas être le mouvement des cadres et des chefs d'entreprise."

"Nous devons tirer le signal d'alarme : le clivage conservateurs/progressistes ne doit pas se transformer en un clivage patriciens/plébéiens, les bourgeois et les élites étant la majorité présidentielle, et le peuple étant le Rassemblement national."

"NOUS UTILISONS DES CONCEPTS COMPLIQUÉS"

Pour le ministre, qui assure qu'Emmanuel Macron porte "les valeurs des classes populaires", il "faut absolument casser" ce mouvement.

"D'abord et avant tout, pour préserver la cohésion nationale; deuxièmement parce qu'on ne peut pas réformer le pays sans avoir l'adhésion des classes populaires; et pour finir, parce qu'on ne gagne pas l'élection présidentielle sans le peuple", explique-t-il.

"Il faut que l'acte II du quinquennat parle aussi ou parle surtout au peuple dans ses profondeurs", poursuit-il.

"La majorité doit convaincre le cadre et la femme de ménage, le mec de banlieue et le bourgeois parisien, on doit retrouver l'esprit du rassemblement national au sens gaullien du terme. Pour l'instant, nous n'avons pas tout à fait réussi", juge Gérald Darmanin, en imputant une partie des responsabilités au gouvernement.

"C'est notre faute, nous ne parlons pas toujours très clairement, pas toujours français, nous utilisons des concepts compliqués", dit-il, tout saluant les mesures gouvernementales en faveur du pouvoir d'achat des plus modestes.

Le ministre des Comptes publics relève aussi "une petite trahison des élites" qui ne joueraient pas "le jeu de la nation" en dépit des "outils économiques" livrés par le gouvernement pour associer capital et travail.

"Il ne faut pas que ce retour des classes sociales perdure. Car s'il perdure, cela signifie la possibilité pour Marine Le Pen d'être présidente de la République", prévient-il.

(Sophie Louet, édité par Yves Clarisse)


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