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Coup d'envoi du dossier médical partagé après une longue attente

Coup d'envoi du dossier médical partagé après une longue attente
Crédit photo © Reuters

PARIS (Reuters) - La ministre de la Santé a donné mardi le coup d'envoi à la généralisation du Dossier médical partagé (DMP) permettant de centraliser les données d'un patient, un chantier lancé en 2004 qui a vocation à toucher 40 millions de personnes en quatre ans.

"Le Dossier médical partagé a été longtemps attendu, maintes fois annoncé, maintes fois repoussé. Il doit devenir demain une évidence pour tous les Français, un peu comme l’est devenue la carte Vitale", a déclaré Agnès Buzyn devant la presse.

"Il se présente notamment comme une réponse efficace à une anomalie constatée depuis très longtemps, qui est que les Français ne disposent pas de l’historique de leur dossier médical", a-t-elle ajouté. "Cette situation engendre (...) des pertes de temps, des pertes d'informations et parfois même des pertes de chances."

Comme le DMP proposé en 2004 par le ministre de la Santé de l'époque, Philippe Douste-Blazy, ce carnet de santé nouvelle génération vise à favoriser la coordination des soins entre les praticiens, en ville, comme à l'hôpital.

Il peut être ouvert et consulté par le patient sur internet ou sur une application, par un professionnel de santé, dans une pharmacie, ou bien dans un des centres d'accueil des Caisses primaires d'assurance maladie (CPAM).

Outre les informations apportées par les professionnels (synthèses médicales, comptes rendus d'hospitalisation, résultats d'analyses ou d'examens, etc.), il sera automatiquement alimenté par l'Assurance maladie à partir de l'historique des soins et des traitements remboursés dans les 24 derniers mois, précise le dossier de presse.

Le patient peut par ailleurs ajouter des renseignements utiles à son dossier médical (groupe sanguin, allergies, etc.).

Le DMP, qui n'est pas obligatoire, ne pourra être créé qu'après le consentement du patient, précise le ministère. Ce dernier choisit également les professionnels de santé qui auront le droit d'y accéder. Il peut aussi s'opposer à ce qu'une information y soit versée ou en masquer une autre, sauf pour son médecin traitant.

1,8 MILLION DE DMP OUVERTS

Seuls les professionnels et le patient auront accès au dossier. Les laboratoires pharmaceutiques, mutuelles, banques, assurances ne peuvent en aucun cas l'exiger.

Reste donc à convaincre les praticiens d'ouvrir ces carnets de santé numériques, eux qui, par le passé, avaient rechigné à développer le dispositif jugé alors fastidieux et peu adapté à leur pratique, a expliqué le directeur général de l'Assurance maladie, Nicolas Ravel.

Lorsque l'Assurance maladie a repris le dossier des mains de l'Etat pour développer l'outil en 2016, un peu plus de 500.000 DMP avaient été créés dans les douze années précédentes, selon le directeur général. La phase d'expérimentation mise en place sur deux ans a permis de porter ce chiffre à 1,8 million.

Les autorités entament maintenant une vaste campagne et s'assurent de la collaboration de tous les acteurs.

Les pharmaciens, par exemple, reçoivent depuis juillet 2018 une contribution d'un euro par DMP créé dans leur officine. Avec 22.000 officines en France, à raison d'une fréquentation moyenne de 150 à 200 patients par jour, le DMP a la possibilité de "monter en charge très rapidement", selon André Géara, pharmacien invité à titre de témoin lors du lancement.

Pour l'instant, 8.000 officines sont équipées en France pour ouvrir un dossier médical numérique.

Les médecins ne recevront pas de subvention additionnelle à l'ouverture d'un compte, précise-t-on à la direction de l'Assurance maladie. Ils bénéficient déjà d'une rémunération spécifique pour mettre à jour leurs logiciels de travail afin de les rendre compatibles avec les DMP.

Ils reçoivent par ailleurs dans leur "forfait patientèle" un montant pour élaborer les "volets de synthèse médicale", document contenant l'histoire médicale du patient. Il leur suffit donc d'ajouter ces synthèses dans le DMP en un clic, précise l'Assurance maladie.

Pour le président de la Fédération des médecins de France, Jean-Paul Hamon, "les logiciels des médecins sont loin d'être tous adaptés".

"Créer 40 millions de DMP, on peut le faire, mais si les dossiers restent vides, ça n'avancera pas les choses", dit-il à Reuters. "Il faut que ce soit plus ergonomique. Il faut améliorer les éditeurs de logiciel, sinon, ça ne marchera pas plus que les autres fois".

(Caroline Pailliez, édité par Yves Clarisse)


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