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Cannes: la femme mise à l'honneur

Cannes: la femme mise à l'honneur

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - Les dés sont jetés: les 22 films en lice pour la Palme d'or du 60e Festival de Cannes ont été projetés et il revient à présent au jury présidé par le cinéaste britannique Stephen Frears de décerner dimanche soir le trophée tant convoité et les différentes distinctions et accessits.

Les goûts de la presse n'ont pas varié. Qu'elle soit française ou internationale, elle donne toujours, pour la Palme d'or, les frères Joel et Ethan Coen avec "No Country for Old Men" ou encore le cinéaste roumain Cristian Mungiu avec "4 mois, 3 semaines et 2 jours".

Tout juste, la presse française fait-elle une place d'outsider à "Alexandra", le long métrage du russe Alexandre Sokourov qui, comme les frères Coen, connaît la Croisette sur le bout des doigts.

Comme à l'accoutumée, les paris sont souvent vains et le jury aime surprendre son monde. Il est de toute manière maître de ses choix et, si lutte d'influence il y a, elle ne se déploie qu'en son sein.

Les réalisateurs de la compétition officielle auront réservé à la femme une place de choix et les personnages masculins, par comparaison, auront souvent été en demi-teinte, si ce n'est même totalement en dehors du coup ou carrément falots.

"On se fait fidèlement et involontairement l'écho de l'air du temps mais il n'y a pas de volonté délibérée de faire un festival de femmes", a déclaré vendredi à ce sujet à Reuters le délégué artistique Thierry Frémaux. "Mais ce que le festival donne à voir, c'est aussi une image du courage féminin", a-t-il ajouté.

INSTINCTS MEURTRIERS

En outre trois des 22 cinéastes en compétition sont des femmes, l'Iranienne Marjane Satrapi, co-réalisatrice de "Persepolis" avec le dessinateur de bandes dessinées français Vincent Paronnaud, la japonaise Naomi Kawase ("La forêt de Mogari") et la française Catherine Breillat ("Une vieille maîtresse").

Cette mise en avant des femmes a débuté dès l'ouverture avec Wong Kar Wai qui, dans "My Blueberry Nights " centrait son histoire autour de Norah Jones.

On enchaînait directement avec Mungiu qui dressait un admirable portrait de femme, prête à tout pour aider l'une de ses consoeurs face à une population masculine plutôt méprisable.

Pareillement, les deux cinéastes coréens Kim Ki-duk et Lee Chang-dong donnent à leurs actrices principales des rôles complexes dans des situations peu banales.

Curieusement, les deux protagonistes féminines sont confrontées toute deux à un homme en prison: la première ("Souffle") éprouve une passion soudaine pour le prisonnier, tandis que la seconde ("Secret Sunshine") se voit frustrée de sa tentative de pardonner à l'assassin de son enfant.

Dans "Le bannissement", du Russe Alexeï Zviaguintsev, la femme est plutôt victime expiatoire, tandis que des deux personnages principaux - des exilés - d' "Import Export ", de l'Autrichien Ulrich Seidl, le féminin est celui qui est fort, tandis que le masculin est totalement paumé.

Et que dire du trio féminin infernal de Quentin Tarantino ("Boulevard de la Mort") qui vient réduire à néant les instincts meurtriers d'un mâle dérangé.

L'Allemand Fatih Akin ("De l'autre côté") mélange des portraits croisés de générations de femmes entre l'Allemagne et la Turquie, dont deux seront victimes d'accidents stupides mais bel et bien provoqués par l'homme, tandis que la cantatrice Galina Vichnevskaia campe un mémorable portrait de grand-mère d'acier dans "Alexandra".

Enfin, c'est grâce à une jeune femme qu'un vieil homme vient purger son deuil dans "La forêt de Mogari".

COMME UN COMPLIMENT

Un autre trait caractéristique de cette sélection est le mélange des genres. Ainsi, un dessin animé était à nouveau en compétition ("Persepolis") mais surtout, des cinéastes eux-mêmes n'hésitaient pas à accorder parfois un traitement presque documentaire à leur fiction.

C'était le cas, dans une moindre mesure, de "Zodiac", de David Fincher, reconstitution minutieuse du parcours d'un serial killer. C'était particulièrement flagrant dans "Import Export", Seidl étant à la base un documentariste, et dans "Lumière silencieuse", histoire narrée par le Mexicain Carlos Reygadas et sise en une communauté mennonite.

"On pourrait presque dire que Cannes entretient la confusion des genres et je prends cela comme un compliment parce que le cinéma s'est de toute façon construit à partir d'un mélange des genres et c'est important d'entretenir cela car c'est fertile", a expliqué Frémaux.


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